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Page 5
Ce voyageur ail�, comme il est gauche et veule!
Lui, nagu�re si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un br�le-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!
Le Po�te est semblable au prince des nu�es
Qui hante la temp�te et se rit de l'archer;
Exil� sur le sol au milieu des hu�es,
Ses ailes de g�ant l'emp�chent de marcher.
ELEVATION
Au-dessus des �tangs, au-dessus des vall�es,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par del� le soleil, par del� les �thers,
Par del� les confins des sph�res �toil�es,
Mon esprit, tu te meus avec agilit�,
Et, comme un bon nageur qui se p�me dans l'onde,
Tu sillonnes ga�ment l'immensit� profonde
Avec une indicible et m�le volupt�.
Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides,
Va te purifier dans l'air sup�rieur,
Et bois, comme une pure et divine liqueur,
Le feu clair qui remplit les espaces limpides.
Derri�re les ennuis et les vastes chagrins
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse,
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse
S'�lancer vers les champs lumineux et sereins!
Celui dont les pensers, comme des alouettes,
Vers les cieux le matin prennent un libre essor,
--Qui plane sur la vie et comprend sans effort
Le langage des fleurs et des choses muettes!
LES PHARES
Rubens, fleuve d'oubli, jardin de la paresse,
Oreiller de chair fra�che o� l'on ne peut aimer,
Mais o� la vie afflue et s'agite sans cesse,
Comme l'air dans le ciel et la mer dans la mer;
L�onard de Vinci, miroir profond et sombre,
O� des anges charmants, avec un doux souris
Tout charg� de myst�re, apparaissent � l'ombre
Des glaciers et des pins qui ferment leur pays;
Rembrandt, triste h�pital tout rempli de murmures,
Et d'un grand crucifix d�cor� seulement,
O� la pri�re en pleurs s'exhale des ordures,
Et d'un rayon d'hiver travers� brusquement;
Michel-Ange, lieu vague o� l'on voit des Hercules
Se m�ler � des Christ, et se lever tout droits
Des fant�mes puissants, qui dans les cr�puscules
D�chirent leur suaire en �tirant leurs doigts;
Col�res de boxeur, impudences de faune,
Toi qui sus ramasser la beaut� des goujats,
Grand coeur gonfl� d'orgueil, homme d�bile et jaune,
Puget, m�lancolique empereur des for�ats;
Watteau, ce carnaval o� bien des coeurs illustres,
Comme des papillons, errent en flamboyant,
D�cors frais et l�gers �clair�s par des lustres
Qui versent la folie � ce bal tournoyant;
Goya, cauchemar plein de choses inconnues,
De foetus qu'on fait cuire au milieu des sabbats,
De vieilles au miroir et d'enfants toutes nues,
Pour tenter les D�mons ajustant bien leurs bas;
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