Le legs de Caïn by Leopold Ritter von Sacher-Masoch


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Page 74

�--Si tu t'adressais � ta soeur! me dit Urbanowitch.

�Ce fut la supr�me humiliation. Et qui donc m'avait spoli�, sinon cette
bonne soeur?

�J'avais une tante, vieille fille qui chaque �t� venait s'�tablir chez
nous, o� elle �tait entour�e de soins, dorlot�e dans ses maladies avec
une tendresse filiale; pour No�l, nous ne manquions jamais de lui
envoyer un chariot de provisions. A peine remerciait-elle. Certaines
gens sont ainsi. Les bienfaits les g�nent; ils craignent d'�tre forc�s
� la reconnaissance et se prouvent bien vite � eux-m�mes qu'ils ont
toujours la libert� de vous faire du mal.

�--Vi�ra m'a racont� que tu avais un amant, dit cette tante v�n�rable �
ma femme; je ne te le reproche pas, petite; tu as un mari si ennuyeux!

�Or, Vi�ra ne lui donna pas, dans toute sa vie, un pain d'�pice; mais
l'hiver elle �tait toujours chez elle, lui baisant les mains, la
caressant, l'appelant ch�re petite tante, parlant de cette vieille
avare, jadis galante, comme d'un noble coeur et d'une pr�tresse des
moeurs. Aussi, apr�s la mort de notre tante, h�rita-t-elle, en �change
de toutes ses jolies paroles, de soixante mille florins, tandis que moi,
qui avais prodigu� les dons, je ne re�us pas un kreutzer.

�Gadomski fut le dernier de mes amis dans lequel j'eus confiance. A
chaque nouveau d�boire, il me consolait, mais d'une �trange fa�on:

�--Ah! mon Dieu! disait-il, ne te plains pas des d�go�ts que t'apporte
la vie. Alexandre a beau conqu�rir le monde, il ne poss�de rien... Et
un fakir qui je�ne dans le d�sert ne manque de rien... Qu'est-ce que la
vie? Si tout te souriait, tu t'y attacherais trop... Tu la maudis, tant
mieux!... Songe que tu en auras bient�t fini avec elle et que tu ne
reviendras plus au monde. Que cette perspective te donne du courage.

�C'est assez dire que Gadomski �tait un philosophe. Nous avions
autrefois �tudi� ensemble; d�s lors il s'occupait d'une oeuvre colossale
qui devait bouleverser le monde et il s'en allait au hasard, sombre et
absorb� comme un brigand, son pistolet au poing; mais il manquait au
pauvre brigand la poudre et le plomb pour charger ce pistolet, qui ne
partait jamais par cons�quent. Une fois, Gadomski m'�crivit:

�--Si j'�tais d�livr� au moins une ann�e de tous mes soucis,
j'ach�verais mon oeuvre, bien que les hommes que je m�prise ne m�ritent
pas qu'on leur rende un si grand service.�

�Je lui offris l'hospitalit�. Il arriva en affectant la mine d'un
Socrate; il lui fallut deux jours pour d�baller ses livres, un autre
pour plier son papier, une quatri�me journ�e pour tailler sa plume;
bref, il finit par ne rien �crire. En revanche, il se montra de
prime-saut fort insolent avec Luba. Il faisait peu de cas des femmes.
Lorsque la mienne se m�la une premi�re fois � notre entretien:

�--La femme, dit-il, doit se taire quand les hommes parlent.

�Il traversa le salon, o� elle se trouvait avec d'autres dames, sans
�ter son bonnet, et soutint pendant le d�ner que les femmes �taient des
animaux subalternes.

�L�-dessus Luba se leva d'un bond, et s'adressant � moi:

�--M. Gadomski comprendra qu'un animal de ma sorte ne puisse plus avoir
l'honneur de le recevoir, dit-elle en se retirant dans sa chambre.

�Mais mon philosophe �tait d�cid� � rester malgr� ce cong� en r�gle.

�--Tu m'as attir� chez toi, disait-il en rongeant une cuisse de canard;
j'ai �t� dupe de ma confiance, tu me dois une indemnit�.

�Il me fallut avant de le mettre � la porte lui compter cent florins;
encore monta-t-il dans ma voiture, qui allait le reconduire jusqu'�
Kolomea, en m'appelant poule mouill�e.

�Mes domestiques n'�taient pas meilleurs que mes amis; les vieux �taient
morts, les nouveaux ne valaient pas la corde � laquelle on aurait d�
les pendre. Ma bont�, ma douceur � leur �gard ne me rapportaient
qu'ingratitude.

�Il n'�tait pas jusqu'� mon chien, un petit chien que je g�tais au point
d'impatienter Luba, qui ne r�pond�t � mes bienfaits par des trahisons.
Il profitait de toutes les occasions pour m'�chapper, pr�f�rant le pain
bis du premier venu aux bouch�es d�licates dont je le nourrissais. On
vante la fid�lit� du chien, et on ajoute que de tous les animaux c'est
lui qui ressemble le plus � l'homme; or, je vous le demande, s'il
ressemble � l'homme, comment le chien peut-il �tre fid�le?

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Books | Photos | Paul Mutton | Mon 19th Jan 2026, 2:26