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Page 4
--Je n'y puis rien.
--Vous signez donc notre arr�t de mort?
Kutschkowski se jeta sur un fauteuil, le visage dans ses mains; sa
femme, � genoux devant Warwara, lui demandait gr�ce comme � un juge,
mais la digne fille de Gondola ne r�pondit que par une grande r�v�rence
de cour et sortit, impassible. Dehors, elle adressa, selon sa promesse,
quelques mots aux paysans pour les calmer, puis elle remonta dans le
tra�neau avec le gendarme.
Le lendemain, on sut que les propri�taires de Baranow, grands et petits,
avaient �t� tortur�s, puis mis � mort par les paysans.
--Ma foi! dit Warwara, je regrette d'avoir renvoy� leur tra�neau. A qui
maintenant va-t-il servir?
Apr�s l'exemple donn� par cette fille �nergique, nul ne refusa plus
de se soumettre aux pr�tentions de la famille Gondola. L'insurrection
�teinte, une nouvelle occasion de rapine ne tarda pas � se pr�senter.
Les paysans, qui avaient combattu au nom de l'empereur, refusaient
d�sormais de se soumettre au _robot_ exig� par les nobles rebelles. Le
gouvernement essaya d'avoir raison des r�sistances de ses amis par la
douceur d'abord, puis par la force. L'intelligent commissaire voyageait
d'un village � l'autre, vivant comme un prince chez les seigneurs ou
chez leurs mandataires, envoyant � sa femme des charrettes pleines de
provisions, et d�ployant � l'�gard des paysans, selon le plus ou moins
de g�n�rosit� du propri�taire, toute son �loquence, depuis la douce
r�primande jusqu'au b�ton.
Les paysans du baron Bromirski furent les premiers � reprendre leurs
travaux, et le baron n'oublia jamais le service que M. Gondola lui avait
rendu,--sans doute parce qu'il l'avait assez ch�rement pay�. Il resta
l'ami intime de la famille, promena les dames en voiture, leur donna
des f�tes champ�tres, et les accompagna l'hiver � Lemberg, o� il payait
leurs emplettes et se montrait chaque soir avec elles au th��tre. La
robe de Warwara ne pouvait l'effleurer sans qu'il tressaill�t; chaque
fois qu'il baisait la blanche main de cette belle personne, il poussait
un soupir qui en disait long.
--Bromirski est amoureux de toi, dit un jour la m�re � sa fille.
--Vous croyez m'apprendre une nouvelle?
--J'y ai d�j� m�rement r�fl�chi, continua la matrone; tu pourrais faire
pis que de le prendre pour amant.
--Vous voulez dire pour mari! r�pliqua la Panna Warwara.
Et l'�pouse du commissaire ouvrit de grands yeux.
II
Au mois de mars 1848, chaque courrier apportait de Vienne des nouvelles
inqui�tantes; le conducteur, en descendant de son si�ge, �tait aussit�t
entour� d'une foule �mue; enfin le chef-lieu polonais � son tour
entendit proclamer la Constitution et vit armer la garde nationale.
M. Gondola secouait toujours la t�te en assurant que cela finirait
mal:--Que deviendra un pauvre petit employ� comme moi, disait-il, quand
un Metternich lui-m�me...--Il achevait sa phrase en levant les yeux au
ciel. Certain soir, ou lui fit un charivari. Tandis que Warwara ouvrait
la fen�tre pour tirer la langue au peuple, le g�ant, son p�re, se glissa
sous un lit, affol� par la peur. Dans la nuit, on alla chercher le
m�decin; le lendemain, il mourut. Personne ne le suivit au cimeti�re,
sa femme except�e; Warwara pr�tendit n'en avoir pas la force; aucun des
coll�gues ni des amis du d�funt ne parut aux fun�railles ni chez la
veuve; elle fut vite, ainsi que sa fille, oubli�e, pour ne pas dire
�vit�e. En ces jours o� l'on vit p�lir tant d'�toiles, celle des Gondola
s'�teignit tout � fait. Le baron Bromirski lui-m�me fit le mort.
D'abord, les deux afflig�es le crurent � Lemberg; mais, � quelque
temps de l�, son carrosse ayant travers� la ville, madame Gondola
put constater qu'il d�tournait la t�te pour ne pas l'apercevoir � sa
fen�tre. Il fallut en finir avec le luxe; toutes les sources des gros
revenus �taient taries; il ne restait plus qu'une modique pension de
veuve. La m�re et la fille se r�sign�rent � de p�nibles r�formes, qui
n'�taient pas encore suffisantes, car, moins d'une ann�e apr�s, tous les
meubles �taient saisis dans le petit logement qu'elles habitaient au
fond d'un faubourg.
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