Colomba by Prosper Mérimée


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Page 66

-- Mais, dit Orso en souriant, lorsque j'avais l'avantage d'�tre
votre commensal, je n'�tais pas trop en �tat d'appr�cier les
charmes de votre position, et les c�tes me font mal encore quand
je me rappelle la course que je fis une belle nuit, mis en travers
comme un paquet sur un cheval sans selle que conduisait mon ami
Brandolaccio.

-- Et le plaisir d'�chapper � la poursuite, reprit Castriconi, le
comptez-vous pour rien? Comment pouvez-vous �tre insensible au
charme d'une libert� absolue sous un beau climat comme le n�tre?
Avec ce porte-respect (il montrait son fusil), on est roi partout,
aussi loin qu'il peut porter la balle. On commande, on redresse
les torts... C'est un divertissement tr�s moral, monsieur, et tr�s
agr�able, que nous ne nous refusons point. Quelle plus belle vie
que celle de chevalier errant, quand on est mieux arm� et plus
sens� que don Quichotte? Tenez, l'autre jour, j'ai su que l'oncle
de la petite Lilla Luigi, le vieux ladre qu'il est, ne voulait pas
lui donner une dot, je lui ai �crit, sans menaces, ce n'est pas ma
mani�re; eh bien, voil� un homme � l'instant convaincu; il l'a
mari�e. J'ai fait le bonheur de deux personnes. Croyez-moi,
monsieur Orso, rien n'est comparable � la vie de bandit. Bah! vous
deviendriez peut-�tre des n�tres sans une certaine Anglaise que je
n'ai fait qu'entrevoir, mais dont ils parlent tous, � Bastia, avec
admiration.

-- Ma belle-soeur future n'aime pas le maquis, dit Colomba en
riant, elle y a eu trop peur.

-- Enfin, dit Orso, voulez-vous rester ici? Soit. Dites-moi si je
puis faire quelque chose pour vous.

-- Rien, dit Brandolaccio, que de nous conserver un petit
souvenir. Vous nous avez combl�s. Voil� Chilina qui a une dot, et
qui, pour bien s'�tablir, n'aura pas besoin que mon ami le cur�
�crive des lettres de menace. Nous savons que votre fermier nous
donnera du pain et de la poudre en nos n�cessit�s; ainsi, adieu.
J'esp�re vous revoir en Corse un de ces jours.

-- Dans un moment pressant, dit Orso, quelques pi�ces d'or font
grand bien. Maintenant que nous sommes de vieilles connaissances,
vous ne me refuserez pas cette petite cartouche qui peut vous
servir � vous en procurer d'autres.

-- Pas d'argent entre nous, lieutenant, dit Brandolaccio d'un ton
r�solu.

-- L'argent fait tout dans le monde, dit Castriconi; mais dans le
maquis on ne fait cas que d'un coeur brave et d'un fusil qui ne
rate pas.

-- Je ne voudrais pas vous quitter, reprit Orso, sans vous laisser
quelque souvenir. Voyons, que puis-je te laisser, Brando?�

Le bandit se gratta la t�te, et, jetant sur le fusil d'Orso un
regard oblique: �Dame, mon lieutenant... si j'osais... mais non,
vous y tenez trop.

-- Qu'est-ce que tu veux?

-- Rien... la chose n'est rien... Il faut encore la mani�re de
s'en servir. Je pense toujours � ce diable de coup double et d'une
seule main... Oh! cela ne se fait pas deux fois.

-- C'est ce fusil que tu veux?... Je te l'apportais; mais sers
t'en le moins que tu pourras.

-- Oh! je ne vous promets pas de m'en servir comme vous; mais,
soyez tranquille, quand un autre l'aura, vous pourrez bien dire
que Brando Savelli a pass� l'arme � gauche.

-- Et vous, Castriconi, que vous donnerai-je?

-- Puisque vous voulez absolument me laisser un souvenir mat�riel
de vous, je vous demanderai sans fa�on de m'envoyer un Horace du
plus petit format possible. Cela me distraira et m'emp�chera
d'oublier mon latin. Il y a une petite qui vend des cigares, �
Bastia, sur le port; donnez-le-lui, et elle me le remettra.

-- Vous aurez un Elz�vir, monsieur le savant; il y en a
pr�cis�ment un parmi les livres que je voulais emporter. -- Eh
bien! mes amis, il faut nous s�parer. Une poign�e de main. Si vous
pensez un jour � la Sardaigne, �crivez-moi; l'avocat N. vous
donnera mon adresse sur le continent.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 17th Jan 2026, 19:04