Colomba by Prosper Mérimée


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Page 65

Quelques mois apr�s le coup double qui plongea la commune de
Pietranera dans la consternation (comme dirent les journaux), un
jeune homme, le bras gauche en �charpe, sortit � cheval de Bastia
dans l'apr�s-midi, et se dirigea vers le village de Cardo, c�l�bre
par sa fontaine, qui, en �t�, fournit aux gens d�licats de la
ville une eau d�licieuse. Une jeune femme, d'une taille �lev�e et
d'une beaut� remarquable, l'accompagnait mont�e sur un petit
cheval noir dont un connaisseur e�t admir� la force et l'�l�gance,
mais qui malheureusement avait une oreille d�chiquet�e par un
accident bizarre. Dans le village, la jeune femme sauta lestement
� terre, et, apr�s avoir aid� son compagnon � descendre de sa
monture, d�tacha d'assez lourdes sacoches attach�es � l'ar�on de
sa selle. Les chevaux furent remis � la garde d'un paysan, et la
femme charg�e des sacoches qu'elle cachait sous son mezzaro, le
jeune homme portant un fusil double, prirent le chemin de la
montagne en suivant un sentier fort raide et qui ne semblait
conduire � aucune habitation. Arriv�s � un des gradins �lev�s du
mont Quercio, ils s'arr�t�rent, et tous les deux s'assirent sur
l'herbe. Ils paraissaient attendre quelqu'un, car ils tournaient
sans cesse les yeux vers la montagne, et la jeune femme consultait
souvent une jolie montre d'or, peut-�tre autant pour contempler un
bijou qu'elle semblait poss�der depuis peu de temps que pour
savoir si l'heure d'un rendez-vous �tait arriv�e. Leur attente ne
fut pas longue. Un chien sortit du maquis, et, au nom de Brusco
prononc� par la jeune femme, il s'empressa de venir les caresser.
Peu apr�s parurent deux hommes barbus, le fusil sous le bras, la
cartouchi�re � la ceinture, le pistolet au c�t�. Leurs habits
d�chir�s et couverts de pi�ces contrastaient avec leurs armes
brillantes et d'une fabrique renomm�e du continent. Malgr�
l'in�galit� apparente de leur position, les quatre personnages de
cette sc�ne s'abord�rent famili�rement et comme de vieux amis.

�Eh bien, Ors' Anton', dit le plus �g� des bandits au jeune homme,
voil� votre affaire finie. Ordonnance de non-lieu. Mes
compliments. Je suis f�ch� que l'avocat ne soit plus dans l'�le
pour le voir enrager. Et votre bras?

-- Dans quinze jours, r�pondit le jeune homme, on me dit que je
pourrai quitter mon �charpe. -- Brando, mon brave, je vais partir
demain pour l'Italie, et j'ai voulu te dire adieu, ainsi qu'�
M. le cur�. C'est pourquoi je vous ai pri�s de venir.

-- Vous �tes bien press�, dit Brandolaccio: vous �tes acquitt�
d'hier et vous partez demain?

-- On a des affaires, dit gaiement la jeune femme. Messieurs, je
vous ai apport� � souper: mangez, et n'oubliez pas mon ami Brusco.

-- Vous g�tez Brusco, mademoiselle Colomba, mais il est
reconnaissant. Vous allez voir. Allons, Brusco, dit-il, �tendant
son fusil horizontalement, saute pour les Barricini.�

Le chien demeura immobile, se l�chant le museau et regardant son
ma�tre. �Saute pour les della Rebbia!� Et il sauta deux pieds plus
haut qu'il n'�tait n�cessaire.

��coutez, mes amis, dit Orso, vous faites un vilain m�tier; et
s'il ne vous arrive pas de terminer votre carri�re sur cette place
que nous voyons l�-bas[27], le mieux qui vous puisse advenir, c'est
de tomber dans un maquis sous la balle d'un gendarme.

-- Eh bien, dit Castriconi, c'est une mort comme une autre, et qui
vaut mieux que la fi�vre qui vous tue dans un lit, au milieu des
larmoiements plus ou moins sinc�res de vos h�ritiers. Quand on a,
comme nous, l'habitude du grand air, il n'y a rien de tel que de
mourir dans ses souliers, comme disent nos gens de village.

-- Je voudrais, poursuivit Orso, vous voir quitter ce pays... et
mener une vie plus tranquille. Par exemple, pourquoi n'iriez-vous
pas vous �tablir en Sardaigne, ainsi qu'ont fait plusieurs de vos
camarades? Je pourrais vous en faciliter les moyens.

-- En Sardaigne! s'�cria Brandolaccio. Istos Sardos! que le diable
les emporte avec leur patois. C'est trop mauvaise compagnie pour
nous.

-- Il n'y a pas de ressource en Sardaigne, ajouta le th�ologien.
Pour moi, je m�prise les Sardes. Pour donner la chasse aux
bandits, ils ont une milice � cheval; cela fait la critique � la
fois des bandits et du pays[28]. Fi de la Sardaigne! C'est une
chose qui m'�tonne, monsieur della Rebbia, que vous, qui �tes un
homme de go�t et de savoir, vous n'ayez pas adopt� notre vie du
maquis, en ayant go�t� comme vous avez fait.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 17th Jan 2026, 17:17