Colomba by Prosper Mérimée


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 61

-- Et pourquoi craigniez-vous de la rencontrer, Orso? demanda
Colomba.

-- Je vous avais d�sob�i, miss Nevil... et je n'aurais pas os�
vous voir en ce moment.

-- Savez-vous, miss Lydia, que vous faites faire � mon fr�re tout
ce que vous voulez? dit Colomba en riant. Je vous emp�cherai de le
voir.

-- J'esp�re, dit miss Nevil, que cette malheureuse affaire va
s'�claircir, et que bient�t vous n'aurez plus rien � craindre...
Je serai bien contente si, lorsque nous partirons, je sais qu'on
vous a rendu justice et qu'on a reconnu votre loyaut� comme votre
bravoure.

-- Vous partez, miss Nevil! Ne dites pas encore ce mot-l�.

-- Que voulez-vous... mon p�re ne peut pas chasser toujours... Il
veut partir.� Orso laissa retomber sa main qui touchait celle de
miss Lydia, et il y eut un moment de silence.

�Bah! reprit Colomba, nous ne vous laisserons pas partir si vite.
Nous avons encore bien des choses � vous montrer � Pietranera...
D'ailleurs, vous m'avez promis de faire mon portrait, et vous
n'avez pas encore commenc�... Et puis je vous ai promis de vous
faire une serenata en soixante et quinze couplets... Et puis...
Mais qu'a donc Brusco � grogner?... Voil� Brandolaccio qui court
apr�s lui... Voyons ce que c'est.�

Aussit�t elle se leva, et posant sans c�r�monie la t�te d'Orso sur
les genoux de miss Nevil, elle courut aupr�s des bandits.

Un peu �tonn�e de se trouver ainsi soutenant un beau jeune homme,
en t�te � t�te avec lui au milieu d'un maquis, miss Nevil ne
savait trop que faire, car, en se retirant brusquement, elle
craignait de faire mal au bless�. Mais Orso quitta lui-m�me le
doux appui que sa soeur venait de lui donner, et, se soulevant sur
son bras droit:

�Ainsi, vous partez bient�t, miss Lydia? Je n'avais jamais pens�
que vous dussiez prolonger votre s�jour dans ce malheureux
pays..., et pourtant..., depuis que vous �tes venue ici, je
souffre cent fois plus en songeant qu'il faut vous dire adieu...
Je suis un pauvre lieutenant... sans avenir..., proscrit
maintenant... Quel moment, miss Lydia, pour vous dire que je vous
aime... mais c'est sans doute la seule fois que je pourrai vous le
dire, et il me semble que je suis moins malheureux, maintenant que
j'ai soulag� mon coeur.�

Miss Lydia d�tourna la t�te, comme si l'obscurit� ne suffisait pas
pour cacher sa rougeur:

�Monsieur della Rebbia, dit-elle d'une voix tremblante, serais-je
venue en ce lieu si...�

Et, tout en parlant, elle mettait dans la main d'Orso le talisman
�gyptien. Puis, faisant un effort violent pour reprendre le ton de
plaisanterie qui lui �tait habituel:

�C'est bien mal � vous, monsieur Orso, de parler ainsi... Au
milieu du maquis, entour�e de vos bandits, vous savez bien que je
n'oserais jamais me f�cher contre vous.�

Orso fit un mouvement pour baiser la main qui lui rendait le
talisman; et comme miss Lydia la retirait un peu vite, il perdit
l'�quilibre et tomba sur son bras bless�. Il ne put retenir un
g�missement douloureux.

�Vous vous �tes fait mal, mon ami? s'�cria-t-elle, en le
soulevant; c'est ma faute! pardonnez-moi...�

Ils se parl�rent encore quelque temps � voix basse, et fort
rapproch�s l'un de l'autre. Colomba, qui accourait pr�cipitamment,
les trouva pr�cis�ment dans la position o� elle les avait laiss�s.

�Les voltigeurs! s'�cria-t-elle. Orso, essayez de vous lever et de
marcher, je vous aiderai.

-- Laissez-moi, dit Orso. Dis aux bandits de se sauver...; qu'on
me prenne, peu m'importe; mais emm�ne miss Lydia: au nom de Dieu,
qu'on ne la voie pas ici!

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Sat 17th Jan 2026, 9:52