Colomba by Prosper Mérimée


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Page 57

Miss Nevil lut la lettre, qui �tait �crite en anglais, sans doute
par surcro�t de pr�caution. Voici ce qu'elle contenait:

�Mademoiselle,

�Une malheureuse fatalit� m'a pouss�; j'ignore ce que diront mes
ennemis, quelles calomnies ils inventeront. Peu m'importe, si
vous, mademoiselle, vous n'y donnez point cr�ance. Depuis que je
vous ai vue, je m'�tais berc� de r�ves insens�s. Il a fallu cette
catastrophe pour me montrer ma folie; je suis raisonnable
maintenant. Je sais quel est l'avenir qui m'attend, et il me
trouvera r�sign�. Cette bague que vous m'avez donn�e et que je
croyais un talisman de bonheur, je n'ose la garder. Je crains,
miss Nevil, que vous n'ayez du regret d'avoir si mal plac� vos
dons, ou plut�t, je crains qu'elle ne me rappelle le temps o�
j'�tais fou. Colomba vous la remettra... Adieu, mademoiselle, vous
allez quitter la Corse, et je ne vous verrai plus: mais dites � ma
soeur que j'ai encore votre estime, et, je le dis avec assurance,
je la m�rite toujours.

�O. D. R.�

Miss Lydia s'�tait d�tourn�e pour lire cette lettre, et Colomba,
qui l'observait attentivement, lui remit la bague �gyptienne en
lui demandant du regard ce que cela signifiait. Mais miss Lydia
n'osait lever la t�te, et elle consid�rait tristement la bague,
qu'elle mettait � son doigt et qu'elle retirait alternativement.

�Ch�re miss Nevil, dit Colomba, ne puis-je savoir ce que vous dit
mon fr�re? Vous parle-t-il de son �tat?

-- Mais... dit miss Lydia en rougissant, il n'en parle pas... Sa
lettre est en anglais... Il me charge de dire � mon p�re... Il
esp�re que le pr�fet pourra arranger...�

Colomba, souriant avec malice, s'assit sur le lit, prit les deux
mains de miss Nevil, et la regardant avec ses yeux p�n�trants:

�Serez-vous bonne? lui dit-elle. N'est-ce pas que vous r�pondrez �
mon fr�re? Vous lui ferez tant de bien! Un moment l'id�e m'est
venue de vous r�veiller lorsque sa lettre est arriv�e, et puis je
n'ai pas os�.

-- Vous avez eu bien tort, dit miss Nevil, si un mot de moi
pouvait le...

-- Maintenant je ne puis lui envoyer de lettres. Le pr�fet est
arriv�, et Pietranera est pleine de ses estafiers. Plus tard nous
verrons. Ah! si vous connaissiez mon fr�re, miss Nevil, vous
l'aimeriez comme je l'aime... Il est si bon! si brave! songez donc
� ce qu'il a fait! Seul contre deux et bless�!�

Le pr�fet �tait de retour. Instruit par un expr�s de l'adjoint, il
�tait venu accompagn� de gendarmes et de voltigeurs, amenant de
plus procureur du roi, greffier et le reste pour instruire sur la
nouvelle et terrible catastrophe qui compliquait, ou si l'on veut
qui terminait les inimiti�s des familles de Pietranera. Peu apr�s
son arriv�e, il vit le colonel Nevil et sa fille, et ne leur cacha
pas qu'il craignait que l'affaire ne pr�t une mauvaise tournure.

�Vous savez, dit-il, que le combat n'a pas eu de t�moins; et la
r�putation d'adresse et de courage de ces deux malheureux jeunes
gens �tait si bien �tablie, que tout le monde se refuse � croire
que M. della Rebbia ait pu les tuer sans l'assistance des bandits
aupr�s desquels on le dit r�fugi�.

-- C'est impossible, s'�cria le colonel; Orso della Rebbia est un
gar�on plein d'honneur; je r�ponds de lui.

-- Je le crois, dit le pr�fet, mais le procureur du roi (ces
messieurs soup�onnent toujours) ne me para�t pas tr�s
favorablement dispos�. Il a entre les mains une pi�ce f�cheuse
pour votre ami. C'est une lettre mena�ante adress�e � Orlanduccio,
dans laquelle il lui donne un rendez-vous... et ce rendez-vous lui
para�t une embuscade.

-- Cet Orlanduccio, dit le colonel, a refus� de se battre comme un
galant homme.

-- Ce n'est pas l'usage ici. On s'embusque, on se tue par
derri�re, c'est la fa�on du pays. Il y a bien une d�position
favorable; c'est celle d'une enfant qui affirme avoir entendu
quatre d�tonations, dont les deux derni�res, plus fortes que les
autres, provenaient d'une arme de gros calibre comme le fusil de
M. della Rebbia. Malheureusement cette enfant est la ni�ce de l'un
des bandits que l'on soup�onne de complicit� et elle a sa le�on
faite.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 17th Jan 2026, 2:25