Colomba by Prosper Mérimée


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Page 56

�Je vous demande bien pardon pour mes compatriotes, monsieur. Je
n'aurais jamais cru que des Corses tirassent sur une maison o� il
y a des �trangers, et je suis honteuse pour mon pays.�

Le soir, miss Lydia s'�tant retir�e dans sa chambre, le colonel
l'y suivit, et lui demanda s'ils ne feraient pas bien de quitter
d�s le lendemain un village o� l'on �tait expos� � chaque instant
� recevoir une balle dans la t�te, et le plus t�t possible un pays
o� l'on ne voyait que meurtres et trahisons.

Miss Nevil fut quelque temps sans r�pondre, et il �tait �vident
que la proposition de son p�re ne lui causait pas un m�diocre
embarras. Enfin elle dit:

�Comment pourrions-nous quitter cette malheureuse jeune personne
dans un moment o� elle a tant besoin de consolation? Ne trouvez-
vous pas, mon p�re, que cela serait cruel � nous?

-- C'est pour vous que je parle, ma fille, dit le colonel; et si
je vous savais en s�ret� dans l'h�tel d'Ajaccio, je vous assure
que je serais f�ch� de quitter cette �le maudite sans avoir serr�
la main � ce brave della Rebbia.

-- Eh bien, mon p�re, attendons encore et, avant de partir,
assurons-nous bien que nous ne pouvons leur rendre aucun service!

-- Bon coeur! dit le colonel en baisant sa fille au front. J'aime
� te voir ainsi te sacrifier pour adoucir le malheur des autres.
Restons; on ne se repent jamais d'avoir fait une bonne action.�

Miss Lydia s'agitait dans son lit sans pouvoir dormir. Tant�t les
bruits vagues qu'elle entendait lui paraissaient les pr�paratifs
d'une attaque contre la maison; tant�t, rassur�e pour elle-m�me,
elle pensait au pauvre bless�, �tendu probablement � cette heure
sur la terre froide, sans autre secours que ceux qu'il pouvait
attendre de la charit� d'un bandit. Elle se le repr�sentait
couvert de sang, se d�battant dans des souffrances horribles; et
ce qu'il y a de singulier, c'est que, toutes les fois que l'image
d'Orso se pr�sentait � son esprit, il lui apparaissait toujours
tel qu'elle l'avait vu au moment de son d�part, pressant sur ses
l�vres le talisman qu'elle lui avait donn�... Puis elle songeait �
sa bravoure. Elle se disait que le danger terrible auquel il
venait d'�chapper, c'�tait � cause d'elle, pour la voir un peu
plus t�t, qu'il s'y �tait expos�. Peu s'en fallait qu'elle ne se
persuad�t que c'�tait pour la d�fendre qu'Orso s'�tait fait casser
le bras. Elle se reprochait sa blessure, mais elle l'en admirait
davantage; et si le fameux coup double n'avait pas, � ses yeux,
autant de m�rite qu'� ceux de Brandolaccio et de Colomba, elle
trouvait cependant que peu de h�ros de roman auraient montr�
autant d'intr�pidit�, autant de sang-froid dans un aussi grand
p�ril.

La chambre qu'elle occupait �tait celle de Colomba. Au-dessus
d'une esp�ce de prie-Dieu en ch�ne, � c�t� d'une palme b�nite,
�tait suspendu � la muraille un portrait en miniature d'Orso en
uniforme de sous-lieutenant. Miss Nevil d�tacha ce portrait, le
consid�ra longtemps et le posa enfin aupr�s de son lit, au lieu de
le remettre � sa place. Elle ne s'endormit qu'� la pointe du jour,
et le soleil �tait d�j� fort �lev� au-dessus de l'horizon
lorsqu'elle s'�veilla. Devant son lit elle aper�ut Colomba, qui
attendait immobile le moment o� elle ouvrirait les yeux.

�Eh bien, mademoiselle, n'�tes-vous pas bien mal dans notre pauvre
maison? lui dit Colomba. Je crains que vous n'ayez gu�re dormi.

-- Avez-vous de ses nouvelles, ma ch�re amie?� dit miss Nevil en
se levant sur son s�ant. Elle aper�ut le portrait d'Orso, et se
h�ta de jeter un mouchoir pour le cacher. �Oui, j'ai des
nouvelles�, dit Colomba en souriant.

Et, prenant le portrait: �Le trouvez-vous ressemblant? Il est
mieux que cela.

-- Mon Dieu!... dit miss Nevil toute honteuse, j'ai d�tach�... par
distraction... ce portrait... J'ai le d�faut de toucher � tout...
et de ne ranger rien... Comment est votre fr�re?

-- Assez bien. Giocanto est venu ici ce matin avant quatre heures.
Il m'apportait une lettre... pour vous, miss Lydia; Orso ne m'a
pas �crit, � moi. Il y a bien sur l'adresse: � Colomba; mais plus
bas: Pour miss N... Les soeurs ne sont point jalouses. Giocanto
dit qu'il a bien souffert pour �crire. Giocanto, qui a une main
superbe, lui avait offert d'�crire sous sa dict�e. Il n'a pas
voulu. Il �crivait avec un crayon, couch� sur le dos. Brandolaccio
tenait le papier. � chaque instant mon fr�re voulait se lever, et
alors, au moindre mouvement, c'�taient dans son bras des douleurs
atroces, c'�tait piti�, disait Giocanto. Voici sa lettre.�

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 17th Jan 2026, 0:42