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Page 55
Et Colomba r�pondait avec son calme accoutum� qu'Orso �tait dans
le maquis; qu'il avait un bandit pour le soigner; qu'il courrait
grand risque s'il se montrait avant qu'on se f�t assur� des
dispositions du pr�fet et des juges; enfin qu'elle ferait en sorte
qu'un chirurgien habile se rend�t en secret aupr�s de lui.
�Surtout, monsieur le colonel, souvenez-vous bien, disait-elle,
que vous avez entendu les quatre coups de fusil, et que vous
m'avez dit qu'Orso avait tir� le second.�
Le colonel ne comprenait rien � l'affaire, et sa fille ne faisait
que soupirer et s'essuyer les yeux.
Le jour �tait d�j� fort avanc� lorsqu'une triste procession entra
dans le village. On rapportait � l'avocat Barricini les cadavres
de ses enfants, chacun couch� en travers d'une mule que conduisait
un paysan. Une foule de clients et d'oisifs suivait le lugubre
cort�ge. Avec eux on voyait les gendarmes qui arrivent toujours
trop tard, et l'adjoint, qui levait les bras au ciel, r�p�tant
sans cesse: �Que dira monsieur le pr�fet!� Quelques femmes, entre
autres une nourrice d'Orlanduccio, s'arrachaient les cheveux et
poussaient des hurlements sauvages. Mais leur douleur bruyante
produisait moins d'impression que le d�sespoir muet d'un
personnage qui attirait tous les regards. C'�tait le malheureux
p�re, qui, allant d'un cadavre � l'autre, soulevait leurs t�tes
souill�es de terre, baisait leurs l�vres violettes, soutenait
leurs membres d�j� roidis, comme pour leur �viter les cahots de la
route. Parfois on le voyait ouvrir la bouche pour parler, mais il
n'en sortait pas un cri, pas une parole. Toujours les yeux fix�s
sur les cadavres, il se heurtait contre les pierres, contre les
arbres, contre tous les obstacles qu'il rencontrait.
Les lamentations des femmes, les impr�cations des hommes
redoubl�rent lorsqu'on se trouva en vue de la maison d'Orso.
Quelques bergers rebbianistes ayant os� faire entendre une
acclamation de triomphe, l'indignation de leurs adversaires ne put
se contenir. �Vengeance! vengeance!� cri�rent quelques voix. On
lan�a des pierres, et deux coups de fusil dirig�s contre les
fen�tres de la salle o� se trouvaient Colomba et ses h�tes
perc�rent les contrevents et firent voler des �clats de bois
jusque sur la table pr�s de laquelle les deux femmes �taient
assises. Miss Lydia poussa des cris affreux, le colonel saisit un
fusil, et Colomba, avant qu'il p�t la retenir, s'�lan�a vers la
porte de la maison et l'ouvrit avec imp�tuosit�. L�, debout sur le
seuil �lev�, les deux mains �tendues pour maudire ses ennemis:
�L�ches! s'�cria-t-elle, vous tirez sur des femmes, sur des
�trangers! �tes-vous Corses? �tes-vous hommes? Mis�rables qui ne
savez qu'assassiner par-derri�re, avancez! je vous d�fie. Je suis
seule; mon fr�re est loin. Tuez-moi, tuez mes h�tes; cela est
digne de vous... Vous n'osez, l�ches que vous �tes! vous savez que
nous nous vengeons. Allez, allez pleurer comme des femmes, et
remerciez-nous de ne pas vous demander plus de sang!�
Il y avait dans la voix et dans l'attitude de Colomba quelque
chose d'imposant et de terrible; � sa vue, la foule recula
�pouvant�e, comme � l'apparition de ces malfaisantes dont on
raconte en Corse plus d'une histoire effrayante dans les veill�es
d'hiver. L'adjoint, les gendarmes et un certain nombre de femmes
profit�rent de ce mouvement pour se jeter entre les deux partis;
car les bergers rebbianistes pr�paraient d�j� leurs armes, et l'on
put craindre un moment qu'une lutte g�n�rale ne s'engage�t sur la
place. Mais les deux factions �taient priv�es de leurs chefs, et
les Corses, disciplin�s dans leurs fureurs, en viennent rarement
aux mains dans l'absence des principaux auteurs de leurs guerres
intestines. D'ailleurs, Colomba, rendue prudente par le succ�s,
contint sa petite garnison:
�Laissez pleurer ces pauvres gens, disait-elle; laissez ce
vieillard emporter sa chair. � quoi bon tuer ce vieux renard qui
n'a plus de dents pour mordre? -- Giudice Barricini! souviens-toi
du deux ao�t! Souviens-toi du portefeuille sanglant o� tu as �crit
de ta main de faussaire! Mon p�re y avait inscrit ta dette; tes
fils l'ont pay�e. Je te donne quittance, vieux Barricini!�.
Colomba, les bras crois�s, le sourire du m�pris sur les l�vres,
vit porter les cadavres dans la maison de ses ennemis, puis la
foule se dissiper lentement. Elle referma sa porte, et rentrant
dans la salle � manger dit au colonel:
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