Colomba by Prosper Mérimée


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 54

Vers une heure, aucun des messagers envoy�s par Colomba n'�tant
encore revenu, elle rassembla tout son courage et for�a ses h�tes
� se mettre � table; mais, sauf le colonel, personne ne put
manger. Au moindre bruit sur la place, Colomba courait � la
fen�tre, puis revenait s'asseoir tristement, et, plus tristement
encore, s'effor�ait de continuer avec ses amis une conversation
insignifiante � laquelle personne ne pr�tait la moindre attention
et qu'interrompaient de longs intervalles de silence.

Tout d'un coup on entendit le galop d'un cheval.

�Ah! cette fois, c'est mon fr�re�, dit Colomba en se levant.

Mais � la vue de Chilina mont�e � califourchon sur le cheval
d'Orso:

�Mon fr�re est mort!� s'�cria-t-elle d'une voix d�chirante.

Le colonel laissa tomber son verre, miss Nevil poussa un cri, tous
coururent � la porte de la maison. Avant que Chilina p�t sauter �
bas de sa monture, elle �tait enlev�e comme une plume par Colomba
qui la serrait � l'�touffer. L'enfant comprit son terrible regard,
et sa premi�re parole fut celle du choeur d'Otello: �Il vit!�
Colomba cessa de l'�treindre, et Chilina tomba � terre aussi
lestement qu'une jeune chatte.

�Les autres?� demanda Colomba d'une voix rauque.

Chilina fit le signe de la croix avec l'index et le doigt du
milieu. Aussit�t une vive rougeur succ�da, sur la figure de
Colomba, � sa p�leur mortelle. Elle jeta un regard ardent sur la
maison des Barricini, et dit en souriant � ses h�tes:

�Rentrons prendre le caf�.�

L'Iris des bandits en avait long � raconter. Son patois, traduit
par Colomba en italien tel quel, puis en anglais par miss Nevil,
arracha plus d'une impr�cation au colonel, plus d'un soupir � miss
Lydia; mais Colomba �coutait d'un air impassible; seulement elle
tordait sa serviette damass�e de fa�on � la mettre en pi�ces. Elle
interrompit l'enfant cinq ou six fois pour se faire r�p�ter que
Brandolaccio disait que la blessure n'�tait pas dangereuse et
qu'il en avait vu bien d'autres. En terminant Chilina rapporta
qu'Orso demandait avec insistance du papier pour �crire, et qu'il
chargeait sa soeur de supplier une dame qui peut-�tre se
trouverait dans sa maison, de n'en point partir avant d'avoir re�u
une lettre de lui. �C'est, ajouta l'enfant, ce qui le tourmentait
le plus; et j'�tais d�j� en route quand il m'a rappel�e pour me
recommander cette commission. C'�tait la troisi�me fois qu'il me
la r�p�tait.� � cette injonction de son fr�re, Colomba sourit
l�g�rement et serra fortement la main de l'Anglaise, qui fondit en
larmes et ne jugea pas � propos de traduire � son p�re cette
partie de la narration.

�Oui, vous resterez avec moi, ma ch�re amie, s'�cria Colomba, en
embrassant miss Nevil, et vous nous aiderez.�

Puis, tirant d'une armoire quantit� de vieux linge, elle se mit �
le couper, pour faire des bandes et de la charpie. En voyant ses
yeux �tincelants, son teint anim�, cette alternative de
pr�occupation et de sang-froid, il e�t �t� difficile de dire si
elle �tait plus touch�e de la blessure de son fr�re qu'enchant�e
de la mort de ses ennemis. Tant�t elle versait du caf� au colonel
et lui vantait son talent � le pr�parer; tant�t, distribuant de
l'ouvrage � miss Nevil et � Chilina, elle les exhortait � coudre
les bandes et � les rouler; elle demandait pour la vingti�me fois
si la blessure d'Orso le faisait beaucoup souffrir.
Continuellement elle s'interrompait au milieu de son travail pour
dire au colonel:

�Deux hommes si adroits! si terribles!... Lui seul, bless�,
n'ayant qu'un bras... il les a abattus tous les deux. Quel
courage, colonel! N'est-ce pas un h�ros? Ah! miss Nevil, qu'on est
heureux de vivre dans un pays tranquille comme le v�tre!... Je
suis s�re que vous ne connaissiez pas encore mon fr�re!... Je
l'avais dit: l'�pervier d�ploiera ses ailes!... Vous vous trompiez
� son air doux... C'est qu'aupr�s de vous, miss Nevil... Ah! s'il
vous voyait travailler pour lui... Pauvre Orso!�

Miss Lydia ne travaillait gu�re et ne trouvait pas une parole. Son
p�re demandait pourquoi l'on ne se h�tait pas de porter plainte
devant un magistrat. Il parlait de l'enqu�te du coroner et de bien
d'autres choses �galement inconnues en Corse. Enfin il voulait
savoir si la maison de campagne de ce bon M. Brandolaccio, qui
avait donn� des secours au bless�, �tait fort �loign�e de
Pietranera, et s'il ne pourrait pas aller lui-m�me voir son ami.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 20:50