Colomba by Prosper Mérimée


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Page 50

-- Oui, Ors' Anton', j'�tais couch�e dans la foug�re quand il a
pass�. Il regardait de tous les c�t�s avec sa lunette.

-- De quel c�t� allait-il?

-- Il descendait par l�, du c�t� o� vous allez.

-- Merci.

-- Ors' Anton', ne feriez-vous pas bien d'attendre mon oncle? Il
ne peut tarder, et avec lui vous seriez en s�ret�.

-- N'aie pas peur, Chili, je n'ai pas besoin de ton oncle.

-- Si vous vouliez, j'irais devant vous.

-- Merci, merci.�

Et Orso, poussant son cheval, se dirigea rapidement du c�t� que la
petite fille lui avait indiqu�.

Son premier mouvement avait �t� un aveugle transport de fureur, et
il s'�tait dit que la fortune lui offrait une excellente occasion
de corriger ce l�che qui mutilait un cheval pour se venger d'un
soufflet. Puis, tout en avan�ant, l'esp�ce de promesse qu'il avait
faite au pr�fet, et surtout la crainte de manquer la visite de
miss Nevil, changeaient ses dispositions et lui faisaient presque
d�sirer de ne pas rencontrer Orlanduccio. Bient�t le souvenir de
son p�re, l'insulte faite � son cheval, les menaces des Barricini
rallumaient sa col�re et l'excitaient � chercher son ennemi pour
le provoquer et l'obliger � se battre. Ainsi agit� par des
r�solutions contraires, il continuait de marcher en avant, mais,
maintenant, avec pr�caution, examinant les buissons et les haies,
et quelquefois m�me s'arr�tant pour �couter les bruits vagues
qu'on entend dans la campagne. Dix minutes apr�s avoir quitt� la
petite Chilina (il �tait alors environ neuf heures du matin), il
se trouva au bord d'un coteau extr�mement rapide. Le chemin, ou
plut�t le sentier � peine trac� qu'il suivait, traversait un
maquis r�cemment br�l�. En ce lieu la terre �tait charg�e de
cendres blanch�tres, et �� et l� des arbrisseaux et quelques gros
arbres noircis par le feu et enti�rement d�pouill�s de leurs
feuilles se tenaient debout, bien qu'ils eussent cess� de vivre.
En voyant un maquis br�l�, on se croit transport� dans un site du
Nord au milieu de l'hiver, et le contraste de l'aridit� des lieux
que la flamme a parcourus avec la v�g�tation luxuriante d'alentour
les fait para�tre encore plus tristes et d�sol�s. Mais dans ce
paysage Orso ne voyait en ce moment qu'une chose, importante il
est vrai, dans sa position: la terre �tant nue ne pouvait cacher
une embuscade, et celui qui peut craindre � chaque instant de voir
sortir d'un fourr� un canon de fusil dirig� contre sa poitrine,
regarde comme une esp�ce d'oasis un terrain uni o� rien n'arr�te
la vue. Au maquis br�l� succ�daient plusieurs champs en culture,
enclos, selon l'usage du pays, de murs en pierres s�ches � hauteur
d'appui. Le sentier passait entre ces enclos, o� d'�normes
ch�taigniers, plant�s confus�ment, pr�sentaient de loin
l'apparence d'un bois touffu.

Oblig� par la roideur de la pente � mettre pied � terre, Orso, qui
avait laiss� la bride sur le cou de son cheval, descendait
rapidement en glissant sur la cendre; et il n'�tait gu�re qu'�
vingt-cinq pas d'un de ces enclos en pierre � droite du chemin,
lorsqu'il aper�ut, pr�cis�ment en face de lui, d'abord un canon de
fusil, puis une t�te d�passant la cr�te du mur. Le fusil
s'abaissa, et il reconnut Orlanduccio pr�t � faire feu. Orso fut
prompt � se mettre en d�fense, et tous les deux, se couchant en
joue, se regard�rent quelques secondes avec cette �motion
poignante que le plus brave �prouve au moment de donner ou de
recevoir la mort.

�Mis�rable l�che!� s'�cria Orso...

Il parlait encore quand il vit la flamme du fusil d'Orlanduccio,
et presque en m�me temps, un second coup partit � sa gauche, de
l'autre c�t� du sentier, tir� par un homme qu'il n'avait point
aper�u, et qui l'ajustait post� derri�re un autre mur. Les deux
balles l'atteignirent: l'une, celle d'Orlanduccio, lui traversa le
bras gauche, qu'il lui pr�sentait en le couchant en joue; l'autre
le frappa � la poitrine, d�chira son habit, mais, rencontrant
heureusement la lame de son stylet, s'aplatit dessus et ne lui fit
qu'une contusion l�g�re. Le bras gauche d'Orso tomba immobile le
long de sa cuisse, et le canon de son fusil s'abaissa un instant;
mais il le releva aussit�t, et dirigeant son arme de sa seule main
droite, il fit feu sur Orlanduccio. La t�te de son ennemi, qu'il
ne d�couvrait que jusqu'aux yeux, disparut derri�re le mur. Orso,
se tournant � sa gauche, l�cha son second coup sur un homme
entour� de fum�e qu'il apercevait � peine. � son tour, cette
figure disparut. Les quatre coups de fusil s'�taient succ�d� avec
une rapidit� incroyable, et jamais soldats exerc�s ne mirent moins
d'intervalle dans un feu de file. Apr�s le dernier coup d'Orso,
tout rentra dans le silence. La fum�e sortie de son arme montait
lentement vers le ciel; aucun mouvement derri�re le mur, pas le
plus l�ger bruit. Sans la douleur qu'il ressentait au bras, il
aurait pu croire que ces hommes sur qui il venait de tirer �taient
des fant�mes de son imagination.

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 13:25