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Page 34
Un �clair de joie brilla sur le front de sa soeur.
�Oui, poursuivit Orso, ces mis�rables ont de l'honneur � leur
mani�re. C'est un pr�jug� cruel et non une basse cupidit� qui les
a jet�s dans la vie qu'ils m�nent.�
Il y eut un moment de silence.
�Mon fr�re, dit Colomba en lui versant du caf�, vous savez peut-
�tre que Charles-Baptiste Pietri est mort la nuit pass�e? Oui, il
est mort de la fi�vre des marais.
-- Qui est ce Pietri?
-- C'est un homme de ce bourg, mari de Madeleine qui a re�u le
portefeuille de notre p�re mourant. Sa veuve est venue me prier de
para�tre � sa veill�e et d'y chanter quelque chose. Il convient
que vous veniez aussi. Ce sont nos voisins, et c'est une politesse
dont on ne peut se dispenser dans un petit endroit comme le n�tre.
-- Au diable ta veill�e, Colomba! Je n'aime point � voir ma soeur
se donner ainsi en spectacle au public.
-- Orso, r�pondit Colomba, chacun honore ses morts � sa mani�re.
La ballata nous vient de nos a�eux, et nous devons la respecter
comme un usage antique. Madeleine n'a pas le don, et la vieille
Fiordispina, qui est la meilleure voc�ratrice du pays, est malade.
Il faut bien quelqu'un pour la ballata.
-- Crois-tu que Charles-Baptiste ne trouvera pas son chemin dans
l'autre monde si l'on ne chante de mauvais vers sur sa bi�re? Va �
la veill�e si tu veux, Colomba; j'irai avec toi, si tu crois que
je le doive, mais n'improvise pas, cela est inconvenant � ton �ge,
et... je t'en prie, ma soeur.
-- Mon fr�re, j'ai promis. C'est la coutume ici, vous le savez,
et, je vous le r�p�te, il n'y a que moi pour improviser.
-- Sotte coutume!
-- Je souffre beaucoup de chanter ainsi. Cela me rappelle tous nos
malheurs. Demain j'en serai malade; mais il le faut. Permettez-le-
moi, mon fr�re. Souvenez-vous qu'� Ajaccio vous m'avez dit
d'improviser pour amuser cette demoiselle anglaise qui se moque de
nos vieux usages. Ne pourrai-je donc improviser aujourd'hui pour
de pauvres gens qui m'en sauront gr�, et que cela aidera �
supporter leur chagrin?
-- Allons, fais comme tu voudras. Je gage que tu as d�j� compos�
ta ballata, et tu ne veux pas la perdre.
-- Non, je ne pourrais pas composer cela d'avance, mon fr�re. Je
me mets devant le mort, et je pense � ceux qui restent. Les larmes
me viennent aux yeux et alors je chante ce qui me vient �
l'esprit.�
Tout cela �tait dit avec une simplicit� telle qu'il �tait
impossible de supposer le moindre amour-propre po�tique chez la
signorina Colomba. Orso se laissa fl�chir et se rendit avec sa
soeur � la maison de Pietri. Le mort �tait couch� sur une table,
la figure d�couverte, dans la plus grande pi�ce de la maison.
Portes et fen�tres �taient ouvertes, et plusieurs cierges
br�laient autour de la table. � la t�te du mort se tenait sa
veuve, et derri�re elle un grand nombre de femmes occupaient tout
un c�t� de la chambre; de l'autre �taient rang�s les hommes,
debout, t�te nue, l'oeil fix� sur le cadavre, observant un profond
silence. Chaque nouveau visiteur s'approchait de la table,
embrassait le mort[18], faisait un signe de t�te � sa veuve et �
son fils, puis prenait place dans le cercle sans prof�rer une
parole. De temps en temps, n�anmoins, un des assistants rompait le
silence solennel pour adresser quelques mots au d�funt. �Pourquoi
as-tu quitt� ta bonne femme? disait une comm�re. N'avait-elle pas
bien soin de toi? Que te manquait-il? Pourquoi ne pas attendre un
mois encore, ta bru t'aurait donn� un fils?�
Un grand jeune homme, fils de Pietri, serrant la main froide de
son p�re, s'�cria: �Oh! pourquoi n'es-tu pas mort de la
malemort?[19] Nous t'aurions veng�!�
Ce furent les premi�res paroles qu'Orso entendit en entrant. � sa
vue le cercle s'ouvrit, et un faible murmure de curiosit� annon�a
l'attente de l'assembl�e excit�e par la pr�sence de la
voc�ratrice. Colomba embrassa la veuve, prit une de ses mains et
demeura quelques minutes recueillie et les yeux baiss�s. Puis elle
rejeta son mezzaro en arri�re, regarda fixement le mort, et,
pench�e sur ce cadavre, presque aussi p�le que lui, elle commen�a
de la sorte:
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