Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 51

Je consultai le ma�tre de l'auberge pour lui demander si je
pourrais gagner en deux jours le Yorkshire, car il me tardait
d'�tre avec mes amis. �Si vous couchez ici ce soir,� me r�pondit-
il, �vous pourrez arriver � temps demain, par le chemin de fer,
pour prendre votre part de la f�te de No�l...� Jamais je ne me
serais imagin� cela, et je ne me faisais qu'une id�e bien vague de
ce que pouvait �tre un chemin de fer.

Arriv�, le lendemain matin, au d�barcad�re, juste � temps pour
prendre place dans le train de d�part, je fus un peu d�concert�
quand, au bruit strident d'un sifflet, la locomotive se mit en
mouvement et nous nous sent�mes emport�s comme dans un tourbillon.
J'avais honte de ma peur, et pourtant bien des gens dans ce convoi
auraient recul� durant un voyage de mer comme celui que je venais
de faire et trouv� peut-�tre plus effrayant encore un des
solitaires voyages � cheval dans le Bush de l'Australie, qui me
semblaient � moi tout naturels. J'atteignis sans accident la
station voisine d'York. L� je devais prendre un moyen de transport
particulier pour atteindre, par une route de traverse, la maison
o� l'un de mes fr�res faisait valoir une ferme de quelques
centaines d'acres de ses propres terres, et r�unissait, je le
savais, � l'�poque de la No�l, le plus grand nombre possible des
membres de la famille.

La petite auberge, dans laquelle j'�tais descendu, me fournit un
cabriolet conduit par un postillon, visiblement tomb� en
d�cadence. Quand je voulus le questionner, je retrouvai dans mon
nouveau compagnon une ancienne connaissance. Cependant je ne lui
r�v�lai pas tout d'abord qui j'�tais. Mon a�n� de quelques ann�es
seulement, mais aigri par la perte de son m�tier, menac� de la
mis�re, n'ayant plus qu'une sant� ruin�e, le pauvre postillon
envisageait la vie d'un tout autre point de vue que tous ceux avec
qui j'avais li� conversation. Sur toute ma route � travers
l'Angleterre, l'�tat de prosp�rit� visible des voyageurs de
premi�re classe m'avait frapp�. Pour lui, au contraire, il avait
tout perdu, son emploi et sa gloire; il �tait oblig� �de faire
tout, de porter tout,� au lieu de son ancien costume si pimpant,
de son ancien m�tier si agr�able! Adieu la veste �carlate, adieu
le joyeux galop, les g�n�reux pourboires des voyageurs, les bons
d�ners des h�tels o� s'arr�taient les chaises de poste! Dans son
humour noir, l'infortun� avait � raconter vingt histoires plus
tristes que la sienne et dont les h�ros �taient d'anciens ma�tres
de postes r�duits � entrer au d�p�t de mendicit�, des cochers
mendiant leur pain avec la main qui conduisait nagu�re quatre
chevaux � longues guides, des fermiers descendus au m�tier de
laboureurs salari�s: ces r�cits se terminaient par une lamentation
sur la destin�e de ceux qui n'�taient pas assez forts pour suivre
la course du progr�s en Angleterre. Je commen�ai alors �
reconna�tre moi-m�me qu'il pouvait y avoir deux faces � ce
s�duisant tableau qu'on admire � travers les glaces d'un wagon de
premi�re classe.

Les jouissances du luxe, les douceurs de la vie que procurent les
taxes et les droits pay�s pour les barri�res, valent bien ce
qu'elles co�tent pour ceux qui peuvent les payer. Mais ceux qui ne
le peuvent pas, feront mieux de chercher fortune aux colonies.
Pensant et parlant ainsi, � mesure que j'approchais de l'endroit
o� je devais appara�tre � l'improviste devant une r�union de mes
parents, je sentais mon premier enthousiasme s'�vanouir. Mon coeur
avait d'abord �t� rempli d'une joie expansive par la fi�re
conscience d'avoir �t� l'artisan de ma fortune, et par la beaut�
des sc�nes de l'hiver, car l'hiver couvrant de ses blanches
stalactites les arbres et le feuillage, avait une �blouissante
beaut� pour des yeux accoutum�s, comme les miens, � la perp�tuelle
et brune verdure de l'Australie semi-tropicale. Je r�pondais
gaiement au �bonsoir, monsieur,� des paysans qui passaient � c�t�
de nous, et les vigoureuses bouff�es de ma pipe favorite m�laient
leurs nuages � ceux qu'exhalait notre h�te en sueur. Mais les
tristes histoires que le postillon se plaisait � raconter avaient
refroidi beaucoup ma bonne humeur. Je laissai ma pipe s'�puiser et
s'�teindre; mon menton retomba tristement sur ma poitrine. Puis
tout-�-coup je lui demandai s'il connaissait les Barnards? �Oh!
oui, il les connaissait tous. M. John avait eu une chance toute
particuli�re, car le chemin de fer passait � travers une de ses
fermes. Il avait men� un monsieur et sa dame aux noces de miss
Marguerite et conduit une voiture de deuil � l'enterrement de miss
Marie. La jument du cabriolet avait appartenu � M. John; et �a
avait �t� autrefois un fameux cheval de chasse. M. Robert l'avait
trait� lui-m�me pour des rhumatismes.� Je lui demandai s'il ne
connaissait pas d'autres membres de la famille. Oh! si fait, je
connais, c'est-�-dire, je connaissais aussi M. Charles; mais
celui-l�, est parti pour les pays �trangers. Les uns disent qu'il
y est mort, qu'il s'est fait tuer, pendre... ou quelque chose
d'approchant; d'autres assurent qu'il a fait fortune. C'�tait un
fameux gaillard, celui-l�. Bien des fois il s'est mis en campagne
avec quelqu'un de ma connaissance toute particuli�re pour tendre
des pi�ges aux li�vres ou enfumer des faisans. Je porte encore au
front la marque d'un coup que je re�us en tombant le jour o� celui
que je veux dire mit un bouchon de gen�ts �pineux dans la queue
d'un cheval que je dressais. C'�tait un dr�le de corps, sur mon
�me! Il ne restait gu�re de bon sentiment dans le coeur du pauvre
diable de postillon. La perte de son emploi, la mis�re, la
boisson, avaient terriblement chang� le beau et vigoureux gaillard
qui paraissait avoir � peine dix ans de plus que moi, � l'�poque
de mon d�part d'Angleterre. �Eh quoi! Joe,� lui dis-je en me
tournant tout � fait vers lui, vous ne semblez pas vous souvenir
de moi. Je suis Charles Barnard. �Bon Dieu, monsieur!� me
r�pondit-il d'un ton pleureur et servile: �Je vous en demande bien
pardon, Vous �tes devenu un homme si important! J'�tais toujours
s�r que vous iriez loin. Ainsi donc vous allez d�ner avec M. John!
Ah ��, monsieur, j'esp�re qu'en faveur de la vieille connaissance,
vous n'oublierez pas ma tirelire de No�l?� Je me sentis repouss�
par ces paroles; j'aurais voulu �tre d�j� de retour eu Australie.
Mon esprit commen�ait � concevoir des craintes sur la sagesse de
ma visite impr�vue � ma famille.

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 8:40