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Page 50
Ce temps est, en effet, venu, l'ann�e m�me qui a termin� le
dernier demi-si�cle. Un travail s�rieux, une sage �conomie
m'avaient fait prosp�rer. Le riche district, dont j'avais �t� l'un
des premiers pionniers, s'�tait colonis� et pacifi� sur toute
l'�tendue qu'embrasse la rivi�re. Les sauvages Myals s'�taient
laiss� apprivoiser, avaient renonc� � leur ind�pendance et
s'offraient eux-m�mes pour garder nos troupeaux. Des milliers de
b�tes � laine sur les collines et de b�tes � cornes dans les
riches prairies m'appartenaient; la hutte d'�corce s'�tait chang�e
en un cottage entour� de balcons comme les chalets suisses.
Int�rieurement les livres et les tableaux ne formaient pas une
insignifiante part du mobilier. J'avais des voisins � la distance
d'une promenade � cheval; et de douces voix d'enfants r�veillaient
souvent l'�cho du rivage.
Alors je me dis � moi-m�me: �maintenant je puis retourner... non
pour ne plus revenir, car la terre que j'ai conquise sur le d�sert
sera ma demeure pour le reste de ma vie; mais je retournerai pour
serrer les mains qui depuis tant d'ann�es d�sirent serrer les
miennes; pour s�cher les larmes que des soeurs ch�ries r�pandent,
quand elles pensent � moi, le banni volontaire; pour prendre sur
mes genoux ces pauvres petites � qui l'on apprend � prier pour
leur oncle dans un lointain pays au-del� de la vaste et profonde
mer.� Peut-�tre avais-je aussi l'arri�re-pens�e de d�cider quelque
visage de la vieille Angleterre, quelque vrai coeur anglais, �
partager ma demeure pastorale.
Je retournai donc, et je foulai de nouveau le sol de la m�re-
patrie. La, folle attente du jeune homme avait �t� d��ue; mais
j'avais r�alis� de meilleures esp�rances. Si je ne revenais pas
charg� de tr�sors; pour rivaliser avec les objets de ma juv�nile
et jalouse vanit�, je revenais reconnaissant, satisfait de moi-
m�me, ind�pendant, pour revoir une fois encore mon pays natal et
retourner me fixer sur la terre de mon adoption.
On �tait au milieu de l'hiver, quand je d�barquai � un petit port
de l'extr�mit� occidentale de l'Angleterre, car mon impatience me
fit profiter, durant un calme dans le canal d'Irlande, du premier
bateau de p�cheur qui nous accosta.
Plus nous approchions, plus croissait mon impatience d'�tre �
terre. Je voulus absolument me mettre � l'une des rames, et, �
peine le bateau eut-il touch� le fond, que me jetant dans l'eau,
je gagnai � gu� le rivage. Oh! gens du grand monde � qui la vie
est si facile! il y a des plaisirs que vous ne go�terez jamais, et
parmi ces plaisirs-l�, l'enthousiasme, l'admiration profond�ment
sentie de l'habitant des plaines pastorales, quand il se retrouve
sur le sol paternel, au milieu des jardins de l'Angleterre.
Oui, jardin est le seul mot qui exprime bien l'aspect de notre
Angleterre, surtout dans l'ouest o� le myrte conserve sa feuille
verte et lustr�e, tout l'hiver, et o� les routes, pr�s de toutes
les villes, sont bord�es de charmants cottages. Je trouvais, �
chaque mille, un nouvel objet d'admiration; j'admirais surtout le
coloris frais et sain des gens du peuple. Les robustes jeunes
filles, au teint pourtant si d�licat, revenant en grand nombre du
march� le panier � la main, n'�taient pas la moins attrayante des
surprises, pour un homme habitu�, depuis longtemps, � vivre dans
une contr�e o� l'arriv�e d'un joli visage blanc et rose �tait un
�v�nement.
L'approche de la premi�re grande ville me fut signal�e par des
indices moins agr�ables, et m�me tr�s p�nibles. Des mendiants,
couverts de haillons, se tenaient sur mon passage et invoquaient
la charit� du voyageur; d'autres personnes d'un ext�rieur non
moins digne de piti�, ne mendiaient pas, mais semblaient si
ext�nu�es, si souffreteuses que mon coeur saignait. Il n'y eut
aucune des mains tendues vers moi qui ne re�t mon aum�ne. Je
donnais �galement � celles qui n'osaient la r�clamer, au grand
�tonnement du cocher, qui s'�tonna bien davantage quand je lui dis
que je venais d'un pays o� il n'y avait d'autres pauvres que les
ivrognes et les fain�ants.
� mon entr�e dans une grande ville, le tumulte, le tourbillon des
passants � pied, � cheval, en v�hicules de toutes sortes,
m'�tourdit. J'eus une esp�ce de cauchemar. Les signes ext�rieurs
de la richesse, les conforts de la civilisation, allant au-devant
de tous les besoins imaginables, avaient un air tout � fait
�trange pour moi qui sortais d'un pays o� le travail valide �tait
constamment requis; o� on n'h�sitait pas � entreprendre le plus
long voyage, � travers des d�serts non fray�s, avec une couverture
et un pot d'�tain, pour tout �quipement et tout appareil
culinaire.
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