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Page 49
Me voil� donc parti pour le Bush lointain et les plaines
solitaires d'un district o� la colonisation en �tait � ses d�buts;
constamment expos� aux attaques des sauvages Indiens, constamment
occup� � surveiller les bergers presque aussi sauvages du gros et
du petit b�tail de mon nouveau patron, tant�t passant des jours
entiers � cheval, tant�t forc� de donner toute mon attention aux
d�tails d'un vaste �tablissement agricole, j'eus bient�t fait
�peau neuve.�
Mes pr�tentions fashionables se trouvaient mises � n�ant; ma vie
devint une r�alit� qui d�pendait de mes propres efforts. Ce fut
alors que mon coeur changea � son tour; ce fut alors que je
commen�ai � penser tendrement aux fr�res et aux soeurs que j'avais
laiss�s derri�re moi et tant n�glig�s aux jours de mon �go�sme.
Rarement l'occasion de leur faire parvenir mes lettres s'offrait
plus de deux fois l'an; mais la plume, qui me r�pugnait tant
jadis, devint ma grande ressource aux heures de loisir. Combien de
fois, assis dans ma hutte, j'ai pass� une partie de la nuit �
confier au papier mes pens�es, mes sentiments, mes regrets!
Cependant le feu allum� devant cette hutte et autour duquel
�taient �tendus mes hommes endormis, me faisait souvenir que je
n'�tais pas seul dans le grand d�sert pastoral qui se d�roulait �
plusieurs centaines de milles autour de moi. Puis soudain des sons
�tranges parlaient � mon esprit comme la voix de ces contr�es
�tranges o� j'�tais transplant�. C'�taient le hurlement du dingo,
esp�ce de chien-loup, r�dant autour de nos bergeries; l'aboiement
de d�fi des chiens vigilants; le cri des oiseaux nocturnes; les
chants sauvages des indig�nes ex�cutant sur les hauteurs
montagneuses leurs danses fantastiques, et jouant des drames o�
ils repr�sentaient le meurtre de l'homme blanc et le pillage de
ses troupeaux. Quand ces bruits parvenaient � mon oreille, mes
yeux se portaient instinctivement sur le r�telier auquel �taient
suspendues mes armes charg�es, et hors de la hutte, � l'endroit o�
le rebelle irlandais O'Donohue et l'ancien braconnier Giles Brown,
transform�s en sentinelles fid�les, se promenaient en long et en
large, le fusil sur l'�paule, pr�ts � mourir plut�t que de se
rendre. Dans ce vaste d�sert, tous les petits soucis de la vie des
cit�s, toutes les petites roueries de la sp�culation, tous les
petits moyens de garder les apparences, devenaient inutiles et
s'oubliaient bient�t. Non seulement je lus et relus le peu de
livres que je poss�dais, mais je les appris par coeur. Si, dans la
matin�e, je fatiguais les chevaux pour faire mes rondes, si je
maintenais la paix entre mes hommes par de rudes paroles et m�me
par des coups; assis � l'�cart, dans la soir�e, j'ouvrais la Bible
et je me laissais absorber tout entier dans les p�r�grinations
d'Abraham, les �preuves de Job ou les Psaumes de David; puis,
passant de la loi ancienne � la loi nouvelle, je suivais saint
Jean dans un d�sert qui n'�tait pas sans ressemblance avec celui
que j'avais sous les yeux; ou j'�coutais, loin des villes, �le
Sermon sur la montagne.� D'autres fois, lorsque je traversais �
pied les for�ts, j'y r�p�tais le dialogue des personnages de
Shakespeare ou, � l'aide d'une traduction de Pope, les discours
des h�ros d'Hom�re, que je pouvais souvent m'appliquer � moi-m�me;
car, dans ces r�gions solitaires, comme ces h�ros, j'�tais chef
guerrier et presque pr�tre. En effet, survenait-il une mort, je
lisais le service fun�bre. Ce fut ainsi que je refis mon
�ducation.
Aux heures o� je me rappelais mes amis n�glig�s, les occasions
perdues et les sc�nes riantes de mon comt� natal, j'aimais surtout
� me figurer que j'assistais encore aux f�tes de No�l dans ma
vieille Angleterre bien-aim�e.
Pendant notre �t� br�lant du mois de d�cembre, en Australie, quand
la grande rivi�re qui arrosait et bornait nos p�turages n'�tait
plus qu'une suite d'�tangs, en grande partie dess�ch�s, quand nos
troupeaux pantelaient autour de moi, � l'heure tranquille du soir;
quand les �toiles, brillant d'un �clat inconnu aux climats
septentrionaux, r�alisaient l'id�e de la nuit bienheureuse o�
l'�toile de Bethl�em apparut et guida les rois d'Orient dans leur
pieux p�lerinage, mes pens�es voyageaient � travers la mer. Je ne
sentais plus la chaleur �touffante; je n'entendais plus le cri des
oiseaux de nuit ni les hurlements du dingo. J'�tais au-del� des
mers, au milieu de ceux qui c�l�braient la No�l; je voyais les
joyeux visages de mes proches et de mes amis rayonner autour de la
table de No�l; on disait les gr�ces; on proposait un toast... un
toast aux absents; lorsqu'on pronon�ait mon nom, les plus gais
visages devenaient tristes. Alors je me r�veillais de mon r�ve; je
me retrouvais seul et je pleurais. Mais une vie d'action ne laisse
pas de temps pour les chagrins inutiles, bien qu'elle en laisse
assez pour les r�flexions et les projets d'avenir. Je r�solus
donc, apr�s beaucoup de visions semblables, qu'un temps viendrait
o� par une belle soir�e de No�l, l'Australien lui-m�me r�pondrait
au toast port�: �aux amis absents!�
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