Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 48


XI -- LE RETOUR DE L'�MIGRANT

ou

NO�L APR�S QUINZE ANS D'ABSENCE.

Seize ans sont �coul�s depuis le jour o�, turbulent et m�content
jeune homme, je quittai l'Angleterre pour l'Australie. Pour la
premi�re fois j'�tudiai s�rieusement la g�ographie, quand je fis
pivoter un grand globe terrestre, afin d'y chercher l'Australie
m�ridionale, la colonie alors � la mode. Mes tuteurs, j'�tais
orphelin, furent charm�s de se d�barrasser d'un personnage si
tracassier; je me trouvai donc bient�t le fier possesseur d'un lot
de terre urbaine et d'un lot de terre rurale dans la colonie
mod�le de l'Australie m�ridionale.

Mon voyage fut assez agr�able sur un excellent navire, avec la
meilleure table tous les jours, et personne pour me dire:
�Charles, c'est assez de vin comme cela!� C'�tait dans des
circonstances bien diff�rentes que se trouvaient beaucoup de mes
compagnons d'�migration. Parmi eux des p�res et des m�res de
famille, avec leur enfants, avaient quitt� de confortables
demeures, de bons petits revenus, de jolies propri�t�s ou des
professions respectables, s�duits par les orateurs des meetings
publics ou par ces �blouissants prospectus qui d�crivent les
charmes de la vie coloniale dans une colonie mod�le.

J'appris � fumer, � boire du grog et � briser d'une balle de fusil
ou de pistolet une bouteille suspendue � un bout de vergue. Nous
avions � bord de tr�s aimables vauriens, des ex-cornettes, des ex-
lieutenants, des anciens employ�s du gouvernement, des avocats
sans cause, des m�decins sans malades, des fruits-secs d'Oxford,
la bourse aussi vide que la t�te pour la plupart, mais de bonne
mine et bien mis. Bon nombre avaient fum� dans de magnifiques
pipes d'�cume de mer, sabl� le champagne, le bourgogne et le vin
du Rhin, �chang� des coups d'�p�e ou de pistolet, galop� dans les
courses au clocher, et contract� des dettes dans toutes les
capitales de l'Europe. Ces fils de famille fum�rent mes cigares,
me permirent de leur payer du champagne, et m'enseign�rent,
moyennant quelques menus frais, l'art de jouer au whist, �
l'�cart� et � la mouche dans le style fashionable; ils m'apprirent
aussi � recevoir avec la hauteur convenable les avances des
passagers du second ordre.

� la fin des cent jours de notre travers�e, j'�tais
remarquablement chang�, mais valais-je mieux? L� �tait la
question: car mes nouveaux amis m'avaient inculqu� leurs grands
principes: regarder tout travail comme d�gradant, et les dettes
comme s�ant � merveille � un gentleman. Les id�es que je m'�tais
faites d'une colonie mod�le, avec tous les �l�ments de la
civilisation, telle qu'on nous la promettait � Londres, furent un
peu renvers�es quand j'aper�us en d�barquant, dans l'espace m�me
que devait envahir la mar�e haute et sur la plage sablonneuse, des
monceaux de meubles, un ou deux pianos, un grand nombre d'armoires
et de commodes, et, -- je m'en souviens surtout, -- un grand
coffre en ch�ne bard� de fer, � moiti� plein de sable, et vide du
reste. La cause de cet abandon de mobilier me fut clairement
expliqu�e par la demande qu'on me fit de dix livres sterlings pour
transporter mes bagages �, la ville d'Ad�la�de, distante de sept
milles du port, sur un chariot attel� de boeufs. Notez que lesdits
bagages ne formaient pas la moiti� du chargement. La ville m�me
d'Ad�la�de, si magnifique en aquarelle dans les salons de la
Soci�t� d'�migration � Londres, n'�tait � cette �poque qu'un amas
pittoresque, si l'on veut, mais � coup s�r tr�s peu confortable,
de tentes en toile, de huttes en boue, et de cottages en bois, un
peu plus grands que le chenil d'un chien de Terre-neuve, mais dont
la location co�tait aussi cher que celle d'un manoir rural dans
n'importe quel comt� d'Angleterre.

Mon intention n'est pas de raconter ici la rapide d�cadence de la
colonie mod�le et des colons de l'Australie m�ridionale, ni
l'�l�vation et le progr�s des mines de cuivre. Je ne restai pas
assez longtemps � Ad�la�de pour �tre t�moin de ces doux
�v�nements. Dans le premier sauve-qui-peut g�n�ral, j'acceptai
l'offre d'un homme qui, sous une rude enveloppe, avait de grandes
qualit�s, une esp�ce de diamant brut, un colon de la vieille
colonie, qui avait travers� tout le pays pour venir vendre aux
Ad�la�diens un lot de b�tes � cornes et de chevaux. Je fus
redevable de sa faveur � l'habilet� que j'avais d�ploy�e en
saignant un poulain de prix dans un moment critique. C'�tait l'une
des rares choses utiles que j'eusse apprises en Angleterre. Tandis
que mes fashionables compagnons, cruellement d�sappoint�s
s'enivraient jusqu'� se donner le delirium tremens, s'enr�laient
dans la police, acceptaient des emplois de bergers, piquaient
l'assiette de gens de rien, suppliaient les capitaines en partance
de les laisser regagner l'Angleterre sur le gaillard d'avant, il
m'offrit de m'emmener avec lui sur sa terre dans l'int�rieur, et
de faire de moi un homme. Tournant le dos � l'Australie
m�ridionale, j'abandonnai � la nature mon lot rural, situ� sur une
hauteur inaccessible, et je vendis mon lot urbain pour cinq
livres. Le travail, je commen�ai � m'en apercevoir, �tait le seul
moyen de se tirer d'affaire dans une colonie, plus encore
qu'ailleurs.

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Books | Photos | Paul Mutton | Fri 16th Jan 2026, 3:22