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Page 47
� la fin, son oreille saisit ces paroles consolantes:
�Une m�re m�me peut oublier, mais moi, je n'oublierai point, dit
le Seigneur.� Et la grande et po�tique langue indienne sortant �
flots harmonieux de la bouche du jeune pr�dicateur, tandis que son
imagination essayait de peindre cet amour auquel le Sauveur divin
comparait celui qu'il �prouvait pour ses �lus, le plus d�vou� des
amours terrestres, l'amour d'une m�re.
Il racontait une histoire grav�e dans sa m�moire et si semblable �
celle de L�na, que L�na ferma les yeux de peur de dissiper en le
regardant un bienheureux songe. Car tandis que son oreille
savourait les sons de cette voix, une folle esp�rance s'�levait ou
s'abaissait avec elle dans son coeur: �Et moi aussi j'avais une
m�re, dit-il en finissant. Pl�t au ciel que je connusse sa
destin�e! J'ignore si elle vit � l'heure o� je parle, mais ce que
je sais bien c'est que, souffrante encore en cette vall�e de
larmes ou en paix dans le ciel, elle n'a point oubli� Claude
d'Estrelle!� En entendant ce nom, L�na ne poussa aucun cri, mais
sa t�te s'affaissa un peu plus sur sa poitrine. Son existence fut
un instant suspendue et c'�tait une gr�ce de Dieu, car l'�motion
l'e�t tu�e: ni les paroles du ministre, ni les pri�res, ni les
hymnes, ni le bruit des pas ne purent la tirer de sa longue extase
et quand elle reprit ses sens, elle se trouva appuy�e sur le bras
de son fils; elle vit son grand oeil noir fix� sur elle et
rayonnant de tendresse; elle �tait sous le charme de ce regard,
elle e�t voulu toujours rester ainsi. Son coeur se trouvait sans
force contre l'exc�s du bonheur. Tout ce qu'elle put dire fut de
r�p�ter les derni�res paroles du jeune ministre: �Non, elle n'a
pas oubli� Claude d'Estrelle!� Alors, ses mains tremblantes
cherch�rent � �carter les cheveux du front de son fils, pour mieux
contempler son visage. Tout en lui rappelait celui qui n'�tait
plus. La vie du jeune homme, consacr�e � la nature et � Dieu, lui
avait donn� de vives perceptions. Son coeur �tait trop plein pour
qu'il p�t parler; mais il serrait sa m�re dans ses bras en versant
de d�licieuses larmes. Les femmes sanglotaient � ce spectacle et
les hommes d'une �corce plus rude ne se sentaient pas moins
attendris; les Indiens m�mes des for�ts voisines pleuraient comme
des enfants, quand un vieillard, plein de sagesse et de
reconnaissance pour l'auteur de tous ces biens, calma toute cette
foule �mue par un seul mot: �Prions!�
Quelle douce soir�e apr�s tant d'infortunes! Claude et sa femme,
jeune et belle, s'empressaient autour de L�na avec une joie fi�re.
Le r�cit de ses malheurs pass�s faisait couler leurs larmes; ils
pansaient ses pieds meurtris; ils la faisaient asseoir entre eux
deux, et la jeune femme pressait ce front hal�, empreint de tant
de souffrances contre ses cheveux blonds soyeux ou ses joues
�clatantes de fra�cheur; Claude ne pouvait non plus se lasser de
baiser ce pauvre front. Jamais foyer domestique ne vit une plus
brillante, une plus heureuse nuit de No�l!
J'appris la fin de cette histoire, � mon retour dans le pays, en
partie par le fils de Claude et de L�na, en partie par une femme
qui ne pouvait prononcer le nom de sa m�re sans une profonde
amertume, sans une rougeur plus br�lante que la fi�vre, alors que
tous les faux amis et tous les gens � gages avaient fui loin
d'elle, et que l'homme qui l'avait �pous�e pour l'or de son oncle,
n'osait approcher d'un lit contagieux. Oh! combien elle regrettait
alors ce visage aimant qu'elle avait si durement repouss�! Cette
m�lodie si triste et si touchante, qui avait autrefois charm� le
sommeil dans son berceau, hantait son souvenir au milieu de ses
douleurs. J'allai chercher L�na, et L�na vint. Son amour �tait
l'amour v�ritable qui souffre en silence et n'oublie que le mal.
L�na pressait de ses l�vres cette bouche br�lante, la disputant
aux baisers de la mort. Elle r�pandit sur cet esprit en proie au
remords, la ros�e du pardon; la colombe c�leste finit par se poser
sur la couche fatale avec un rameau d'olivier. Il restait un
dernier d�sir � la mourante, celui d'entendre l'air qui l'avait
berc�e. L�na ne voulut pas lui refuser cette consolation. Elle
chanta donc au milieu de la chambre lugubre o� commen�ait �
s'�tendre l'ombre de la mort; elle chanta son air favori; mais si
sa voix s'effor�ait d'�tre calme, son coeur saignait, car elle
savait que celle qui l'�coutait, mourrait avec les derniers
accords. Quand le chant qui ber�ait l'enfance de la malade eut
cess� de r�sonner, nous la trouv�mes endormie du dernier sommeil.
Nous devions encore nous rencontrer souvent, L�na et moi. Sa
vieillesse ressemblait � une belle soir�e apr�s une journ�e de
pluie et d'orage. Elle lisait d'un oeil serein le Livre de la Vie
arriv� pour elle � ses derni�res pages. Entour�e de ses petits
enfants et de tous les petits enfants comme le divin ma�tre, cette
femme simple et na�ve, mais grande par l'amour et la foi, semblait
d�j� appartenir au ciel.
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