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Page 46
Bient�t L�na debout devant une belle jeune femme dans un splendide
salon, admire les longues boucles de sa chevelure. Cependant elle
r�prime � peine un soupir en pensant combien elle �tait folle de
croire qu'un petit enfant accourrait � sa rencontre sur le seuil
de la porte, se laisserait couvrir de caresses et retrouverait son
nid sur le sein de sa m�re comme aux jours d'autrefois. Ce n'en
est pas moins avec un joyeux tressaillement d'orgueil qu'elle
voyait sa fille si grande et si belle. �L�na!� c'est le nom de sa
m�re et le sien, mais la jeune femme ne se retourne pas � ce nom;
ni au son de cette voix. Pauvre m�re! Cette froide surprise! Ce
doute! Quoi! si peu �mue! Elle a pourtant les yeux de son p�re.
Comment avec ces yeux-l�, peut-elle regarder d'un air si �trange
le visage que Claude aimait tant? Pauvre m�re! L�na a perdu le
petit enfant de ses songes et peut-�tre ne trouvera-t-elle pas une
nouvelle fille. Non, c'est impossible!
Elle a tant de souvenirs � �voquer pour r�veiller son instinct
filial. S�rement il lui suffira de lui apprendre qui elle est.
Elle ne lui avait pas encore dit son nom. Elle embrasse ses genoux
et cherche � attendrir son orgueil en la pressant des plus
touchantes questions de l'amour maternel; � chacune, elle s'arr�te
pour �pier quelque �motion dans ce regard si froid! n'a-t-elle
donc pas vu, l'oublieuse jeune fille, ces m�mes yeux la contempler
lorsque dans son enfance elle trouvait � son r�veil une femme
pench�e sur son berceau. Ces m�mes mains n'ont-elles pas orn�
souvent sa t�te enfantine d'une guirlande des fleurs de la for�t,
et cet air, cet air que son p�re aimait, combien de fois elle
s'est endormie en l'�coutant!
Une inspiration soudaine venait de faire jaillir cet air de la
poitrine de L�na. Ce n'�tait qu'un chant pour faire dormir les
enfants; mais elle voulait essayer de son influence. La douce et
vieille m�lodie r�veillerait peut-�tre les sympathies assoupies de
la nature. Imagination bizarre en apparence et n�e de la cr�dulit�
de l'amour! Cet air! oh, comme la voix de L�na tremblait en le
chantant! on e�t dit un long et douloureux soupir, le dernier
adieu de l'Esp�rance � la Joie et � l'Amour. Ce ne pouvait �tre un
air banal, que cette m�lodie � laquelle Claude d'Estrelle lui-m�me
avait adapt� de na�ves paroles. Ces paroles et cette m�lodie, ce
visage si r�veur et si doux, cet oeil plein de tendresse, ces
joues qui changeaient de couleur exer�aient un charme bien
puissant. La main de L�na s'�tait pos�e avec amour sur la t�te
hautaine de sa fille �mue et sa fille ne la repoussait pas. Oui,
les souvenirs de son enfance semblaient � la fin se r�veiller.
Mais silence! on entend des pas sur l'escalier, ce sont les pas de
l'homme que la fille de L�na aime et qui fier de son sang ne
voudrait jamais s'allier au sang indien. Il y a lutte entre
l'orgueil de la jeune femme et le charme dont elle sent d�j�
l'influence: c'est son orgueil qui l'emporte enfin et son orgueil
l'�gare jusqu'� lui faire dire � sa m�re: �Nous ne devons jamais
nous revoir!� Apr�s cet adieu cruel elle offrit d'acheter le
secret avec de l'or.
La pauvre m�re s'enfuit comme �pouvant�e. Durant deux jours et
deux nuits, elle poursuit sa route. Ses pieds br�lants ne
s'arr�tent plus. On �tait � l'�poque de la nativit� du Sauveur;
les portes et les coeurs �taient ouverts partout; les amis
resserraient les liens de leur amiti� et les ennemis se
r�conciliaient. Partout les lumi�res et les foyers �tincelaient
autour de L�na; mais son sentier n'en �tait pas moins glac�,
triste embl�me de sa destin�e! Cependant l'oeil qui jamais ne se
ferme et qui guide les oiseaux dans le ciel, observait aussi ses
pas.
L�na tomba enfin de lassitude, dans la troisi�me nuit, sous un
vieux ch�ne nu et d�pouill�, ignorant o� elle �tait. Pour son
imagination souffrante et malade, la neige semblait �tre la seule
chose qui n'e�t pas chang� en ce monde; et ce fut sur la neige
qu'elle posa sa t�te pour mourir.
Encore un peu plus loin, pauvre amie d�sol�e! soutiens seulement
tes pas qui chancellent jusqu'au premier coude du chemin. Mourir
ici serait une trop dure destin�e. Tu n'es plus qu'� une port�e de
fl�che du bonheur. �coute! Quelle m�lodie s'�l�ve dans l'air glac�
de la nuit. C'est un hymne de No�l dont les doux sons parviennent
sous le vieux ch�ne et excitent dans L�na au milieu de l'isolement
de la mort le vague sentiment qu'un peu plus loin quelqu'un pourra
recevoir son dernier soupir; peut-�tre son corps �puis� fut-il un
instant ranim� par la puissante et myst�rieuse impulsion de celui
qui l'avait conduit l�. Ses pieds la tra�n�rent encore jusqu'�
l'entr�e d'un grand village �cart�, � la porte d'une maison de
pri�res. D'abord elle ne put voir, car l'�clat soudain des
lumi�res aveuglait ses yeux appesantis; elle ne put voir la foule
compos�e de Peaux-Rouges et de P�les-Visages, s'agiter, sous le
souffle puissant d'un jeune et �loquent ministre de l'�vangile,
comme les �pis de bl� sous le vent.
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