Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 45

Ce temps d'�preuve arriva enfin: cinq ann�es de d�lices s'�taient
�coul�es pour Claude et L�na; j'errais alors loin de leur demeure.
Pour la seconde fois, Claude appuya sa t�te fi�vreuse sur ce sein
fid�le, mais il ne la releva plus... Pour ob�ir aux volont�s du
mourant, L�na alla trouver le fr�re a�n� de Claude d'Estrelle avec
ses deux enfants, pr�sent qui devait �tre bien accueilli d'une
orgueilleuse famille priv�e d'h�ritiers. Le fr�re prit les
enfants, mais il n'eut que des regards d�daigneux pour la m�re,
dont le visage portait l'empreinte de la souffrance. Il lui
ordonna durement de s'�loigner, si elle voulait que ces m�mes
enfants oubliassent un jour la tache de leur naissance; car
l'union d'un blanc avec une Indienne ne pouvait �tre plus
l�gitime, � ses yeux, que celle d'un blanc avec une n�gresse;
cette union ne r�pugnait pas moins � l'orgueil du mauvais fr�re.
Quoi! les abandonner! abandonner le pr�cieux legs de Claude! Non,
rien ne saurait �touffer l'amour maternel! Cependant, d'un regard
r�sign�, car le d�sespoir lui enseignait tout � coup la feinte,
L�na demanda � rester quelques instants encore. La nuit venue,
elle vola ses enfants et les cacha dans la for�t. Pendant sept
jours et sept nuits, elle endura bien des souffrances, forc�e
d'aller chercher leur nourriture en secret; mais un soir, elle
trouva son nid vide. Les cris de la m�re, redemandant ses enfants,
ne purent fl�chir la volont� de fer du fr�re de Claude; mais pour
n'en plus �tre importun�, il donna L�na au chef d'une tribu
indienne, qui, pour un peu d'or, se chargea de la tenir dans un
humiliant esclavage, car, parmi les siens, le sang blanc de son
p�re faisait sa honte; mais le coeur de la femme, de quelque nom
qu'on la nomme, Indienne ou Anglaise, est toujours le m�me. Une
m�re comprit les douleurs de L�na et lui rendit la libert�.

La pauvre Indienne se mit alors � la recherche de ses enfants, �
travers des r�gions sauvages, et h�riss�es de p�rils! Parvenue
dans l'�tat lointain de l'Union, o� habitait le tyran de sa
destin�e, elle le pria de l'admettre au nombre de ses esclaves, et
de lui laisser respirer au moins le m�me air que ses enfants bien-
aim�s. Comme elle se r�signait � ne plus porter le nom de m�re, il
consentit d'abord � lui laisser prendre sa part du travail sur le
sol arros� des sueurs et des larmes des autres esclaves. Mais il
savait si peu ce que c'est que le coeur d'une m�re, qu'il crut le
dompter par le travail. Plus fort que la volont� du ma�tre,
l'instinct des enfants ne les trompait pas. Pour effacer dans leur
esprit jusqu'� la m�moire de leur m�re, il fit secr�tement
transporter L�na dans une plantation lointaine, sous le ciel
br�lant et meurtrier de l'Afrique, horrible lieu, tout plein de
mis�re et de larme. Comment put-elle y vivre vingt ann�es? Dieu
seul le sait, Dieu, qui pour adoucir son cruel exil, lui envoyait
toutes les nuits un songe o� elle revoyait Claude et ses petits
enfants (car dans son coeur, ils ne grandissaient jamais). Oh!
dans quelle amertume s'�coul�rent son printemps et son �ge m�r!
Que le temps lui parut long et qu'il exer�a sur elle de ravages!
Ses cheveux noirs blanchirent. Le feu de ses yeux s'�teignit dans
les larmes; mais son opini�tre et robuste esp�rance grandissait �
mesure que les ann�es d�tachaient les plus fr�les rameaux de la
tige. La fuite du temps ne pouvait rien contre son amour;
l'absence ne faisait que le nourrir; ses larmes m�mes
l'entouraient d'une esp�ce d'aur�ole. Les fatigues, les douleurs,
la cruaut� ne l'�prouvaient que pour montrer que cet amour ne
pouvait p�rir. La vie de L�na se r�sumait dans une seule pens�e:
revoir ses enfants! Durant vingt ann�es, elle lutta donc contre le
d�sespoir, et le d�sespoir fut vaincu. Enfin, elle atteignit le
rivage de l'Am�rique. Le ciel mit dans le coeur d'un pauvre marin
plus de g�n�rosit� que dans celui d'un des puissants du monde; il
prit L�na � son bord sans lui demander le prix du passage.

L�na atteignit le sol natal au d�clin de l'ann�e. �taient-ils
morts ces chers enfants? L'avaient-ils oubli�e?... oublier leur
m�re! Oh! non, cela est impossible! Elle allait, demandant son
chemin; l'ardeur du but la rendait forte. Des �trangers
insouciants lui donnaient des nouvelles qui la faisaient tour-�-
tour br�ler et frissonner. Ils lui disaient qu'au bout d'un
certain nombre d'ann�es, son cruel pers�cuteur �tait mort; qu'un
autre fr�re de Claude d'Estrelle, �galement c�libataire, avait
voulu alors prendre chez lui les deux enfants; mais que le fils
avait pr�f�r�, comme son p�re, la for�t sauvage � une cha�ne
dor�e, et qu'il �tait devenu habile chasseur. D'autres le disaient
mort en bas �ge. Quant � sa fille, elle, �tait l'orgueil de
l'opulente maison de son oncle, et partout on citait sa rare
beaut�. L�na n'a pas besoin d'en savoir davantage. Ce n'est donc
pas en vain qu'elle sera revenue. Ses yeux se remplissent de
larmes. L'un, au moins, de ses enfants vit encore.

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Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 17:14