Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 44

Cependant Peter n'avait commis aucun d�lit tombant sous le coup de
la loi anglaise. Il s'�tait born� � dire des mensonges et �
emprunter de l'argent. J'avais continu� d'entendre parler de lui
de temps en temps, et toujours comme d'un homme � qui tout
r�ussissait, lorsqu'il y a quelques ann�es, il fit la b�vue de
conduire � Oporto un Am�ricain avide de tr�sors, mais difficile �
jouer, dont il avait fait rencontre dans un wagon de chemin de
fer. En cette occasion, l'Am�ricain revint, et ce fut Peter qui ne
revint pas, Quand on demanda � l'Am�ricain des nouvelles de son
compagnon de voyage, il r�pondit avec le plus grand sang-froid,
�qu'ayant eu des difficult�s avec Peter, il avait d� lui br�ler la
cervelle.�


X -- L'HISTOIRE DE LA M�RE.

Le voyageur... c'�tait un vieillard � l'aspect v�n�rable, qui d�s
sa premi�re jeunesse avait �t� errant sur la face du globe. H�te
des d�serts, h�te des for�ts, maintes fois il avait �chapp� aux
p�rils de l'incendie, de l'inondation, des tremblements de terre.
Mais aux �tranges aventures de ce long p�lerinage, aux �motions de
cette vie agit�e avait succ�d� enfin le repos d'une belle
vieillesse, comme apr�s les ardeurs et les temp�tes d'un jour
d'�t� viennent la s�r�nit� du soir et la paisible lumi�re de
l'astre des nuits. Dans ces courses incessantes le voyageur avait
conquis tout un monde de souvenirs, au milieu desquels sa m�moire,
sympathique et bienveillante, aimait de pr�f�rence � retrouver un
de ces �crits qui parlent au coeur et le charment comme la source
que le p�lerin rencontre apr�s une marche p�nible � travers les
sables. Il aurait pu faire trembler et p�lir ceux qui l'�coutaient
par quelque histoire terrible aux incidentes dramatiques; mais ce
vieillard, simple comme un enfant, assis � notre foyer, aima mieux
faire couler nos larmes par l'histoire touchante des douleurs et
des consolations d'une m�re.

Le hasard, nous dit-il, me fit rencontrer dans les for�ts du far-
west am�ricain un homme avec lequel je contractai une ch�re et
fid�le amiti�. Souvent parmi les vastes d�serts on trouve plus t�t
un ami que dans notre vieux monde. Le mien �tait un homme de noble
race, qui, conduit par une humeur romanesque, avait fix� sa
demeure sous la hutte du chasseur. Jeune, beau, dou� des plus
heureux dons, � la d�marche libre et fi�re, au regard vif, � la
physionomie pleine de loyaut�, il s'appelait Claude d'Estrelle. Il
avait choisi parmi les Indiennes une compagne qui embellit pour
lui ces solitudes; c'�tait la fille d'un chasseur, comme lui
laiss�e orpheline dans la tribu de sa m�re. Cette jeune fille
l'avait rencontr� mourant dans la prairie d�serte; elle avait
relev� sa t�te d�lirante pour l'appuyer sur son sein; elle avait
rafra�chi son front br�lant au contact de ses mains. Revenu � la
conscience de lui-m�me, Claude d'Estrelle l'avait aper�ue pench�e
sur lui comme le bon g�nie de la solitude; dans ses yeux noirs il
avait vu luire le premier regard de l'esp�rance, ce regard o� le
sourire brille � travers une larme, double expression de la joie
et de la crainte. Cette apparition avait fait na�tre en lui le
premier sentiment de sa passion pour celle dont la piti�
secourable l'arrachait � la mort, et il avait d�j� prononc� tout
bas le serment de lui consacrer le reste de sa vie si ses soins
parvenaient � la prolonger. Aussi avant que l'�t� se f�t �coul�,
le noble Claude d'Estrelle avait pris pour femme l'Indienne L�na.

Par une des soir�es empourpr�es de l'automne am�ricain, quand les
for�ts sont dans toute leur magnificence, au milieu de la riche
vari�t� du feuillage, je vis pour la premi�re fois la jeune femme
de mon ami. Nous nous rencontr�mes dans une clairi�re, o� de
longues perspectives de feuillages aux teintes vari�es allaient se
perdre dans le ciel; et tandis que nous regardions, une obscure
arcade de verdure s'illuminait soudain des rayons du couchant; des
bosquets d'orangers semblaient lutter d'�clat avec les nuages; �a
et l�, le feuillage de certains arbres, d'un rouge �carlate,
prenait des teintes plus fonc�es dans l'air couleur d'ambre; une
pluie d'or tombait sur d'autres arbres toujours verts; la cascade
rejaillissait en riches pierreries, et le lac �tincelait comme un
grand rubis sur le sein verdoyant de la for�t. Toute cette
splendeur du d�sert avait le calme d'un songe. On entendait le
fr�lement m�me d'une feuille qui tombait, tant la for�t enti�re
restait silencieuse! La figure de L�na se d�tachait flexible,
�lanc�e, sur ce fond lumineux. Claude avait bien raison de
demander si, de toutes les dames qui foulent les somptueuses
salles des cours, une seule pouvait rivaliser avec cette fille de
la for�t, portant pour toute couronne ses riches bandeaux de jais,
aux reflets ondoyants. L'oeil de L�na �tait aussi doux que celui
du faon; son teint, d'un brun clair, ressemblait aux derni�res
teintes rouge�tres du soleil couchant sur le ciel envahi par le
cr�puscule. Que de longues et d�licieuses soir�es je passai pr�s
de Claude, dans sa butte solitaire, � c�t� d'un bon feu de pin,
tandis que la gracieuse L�na l'entourait de ses caresses, comme
une vigne sauvage pare de ses lianes le ch�ne de sa for�t natale.
L'�trange magie de l'amour m�tamorphosait en palais cette retraite
agreste. Nous interrompions nos causeries pour �couter le bruit
des daims bondissant � travers le feuillage, ou le son de la
cascade lointaine; et L�na, heureuse comme un enfant, nous
prodiguait les richesses de son coeur, les fleurs du d�sert, les
m�lodieuses effusions d'une pens�e na�ve, la profonde po�sie
qu'avait d�velopp�e dans son �me un long isolement. Claude
souriait avec amour � sa ch�re enthousiaste. Il savourait le
parfum de ces fleurs sauvages, sans songer � quelle rude �preuve
le monde pourrait mettre un jour cette �me vierge et primitive. Il
suffisait d'observer le regard de L�na pour sentir qu'elle �tait
destin�e � de grandes souffrances, car la fatale puissance
d'aimer, h�las! semble n'�tre donn�e par la Providence qu'aux �lus
de la douleur, qui sont aussi les �lus de Dieu.

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Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 15:27