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Page 52
Il faisait un beau clair de lune quand notre cabriolet entra dans
le village. J'avais encore un mille � faire � pied, car je voulais
me d�barrasser du bavardage peu r�cr�atif de Joe. Laissant donc
l'ex-postillon se r�galer d'un souper chaud et noyer ses soucis
dans des flots d'ale, je marchai rapidement jusqu'� proximit� de
la vieille maison, autrefois le manoir patrimonial; mais les
terres en avaient �t� depuis longtemps divis�es. Je m'arr�tai. Mon
courage faiblit au moment o� je traversai la grille, dont le bruit
fit aboyer violemment les chiens. J'�tais un �tranger pour eux,
Les chiens qui me connaissaient �taient morts depuis longtemps.
Deux fois je fis le tour de la maison, r�primant avec peine mon
�motion, avant de trouver le courage d'approcher de la porte. Les
�clats de rire, la joyeuse musique qui r�sonnait de temps en
temps, les lumi�res qui voltigeaient d'une crois�e � l'autre dans
les chambres d'en haut, me remplissaient d'�motions � la fois
douces et p�nibles qui depuis longtemps m'�taient inconnues. Il y
avait du roman dans ma myst�rieuse arriv�e; mais le roman a
toujours sa part dans une vie de solitude. Tr�s d�raisonnablement,
j'�prouvai d'abord une certaine vexation de voir qu'on �tait si
joyeux en mon absence; mais, l'instant d'apr�s, de meilleurs
sentiments pr�valurent. Je m'approchai de la porte que je
reconnaissais si bien, et je frappai un grand coup. La servante
ouvrit sans me faire de question, car on attendait beaucoup de
convives. Au moment o� je me baissais pour me d�barrasser de mon
manteau et de mon chapeau, une jolie enfant en robe blanche
descendit l'escalier en courant, jeta ses bras autour de mon cou,
m'appliqua un gros baiser et s'�cria: �Je vous ai attrap� sous le
gui, cousin Alfred.� Puis, presque aussit�t, en me regardant avec
ses grands yeux bruns timides: �Qui �tes-vous donc? �tes-vous
encore un nouvel oncle?� Oh! combien mon coeur se sentit soulag�!
L'enfant avait saisi une ressemblance; je ne serais donc pas
m�connu par les miens! Tous mes plans, tous mes pr�paratifs furent
oubli�s; j'�tais au milieu d'eux; et je voyais, apr�s quinze ans,
le foyer de No�l, la table de No�l, les visages de No�l dont
j'avais si souvent r�v�.
D�crire cette nuit-l� me serait impossible. Longtemps apr�s
minuit, nous �tions encore assis tous ensemble. Les enfants ne
voulaient pas quitter mes genoux pour aller au lit; mes fr�res ne
se lassaient pas de me regarder; mes soeurs �taient group�es
autour de moi, baisaient mes joues barbues et brunies, et
pressaient mes mains br�l�es du soleil. Je verrai peut-�tre encore
bien de nouvelles et riantes sc�nes de No�l, mais jamais une No�l
semblable � celle qui accueillit le banni volontaire � son retour.
Cependant, quoique l'Angleterre ait ses bienheureuses saisons et
ses joyeuses f�tes, en t�te desquelles figure la No�l, et quoique
cette No�l-l� doive bien des fois encore revivre dans ma m�moire,
je ne puis rester en Angleterre. Ma vie a pris le moule de mon
pays adoptif. L� o� j'ai fait ma fortune, l� je dois en jouir. Les
entraves, les conventions, les liens cr��s par les divisions
infinies de la soci�t�, sont plus que je ne puis supporter. Le
souci semble si�ger sur tous les fronts, et, sur un trop grand
nombre, le d�daigneux orgueil d'une sup�riorit� sociale
imaginaire.
J'ai trouv� le visage au teint de rose et le loyal coeur de
l'inconnue dont j'avais souvent r�v� dans mes nuits solitaires.
Une jeune personne �coutait d'une oreille attentive, �mue, durant
la semaine de No�l, les r�cits de l'Australien, que mes amis ne se
lassaient pas d'entendre; elle est pr�te � tout quitter pour me
suivre dans ma demeure pastorale. Je fais actuellement mes
pr�paratifs de d�part, et ni la soci�t�, ni les livres, ni la
musique ne manqueront dans ce qui n'�tait, quand j'y arrivai pour
la premi�re fois, qu'une for�t et un d�sert d'herbages, peupl�
d'oiseaux sauvages et de kangourous. Pr�s de vingt parents
m'accompagnent, dont plusieurs passablement pauvres; mais l�-bas
peu importe. Dans quelques ann�es, vous verrez figurer
l'�tablissement de Barnard-Town sur toutes les cartes d'Australie;
et l�, au temps de la No�l, comme en tout temps, les hommes au
coeur franc, les femmes au bon coeur, trouveront toujours aide et
sympathique accueil, car je n'oublierai jamais comment j'ai d�but�
moi-m�me dans ce monde lointain, berger perdu dans la solitude,
regardant luire les �toiles dans un ciel sans nuages.
[1] L'�quivalent fran�ais du �Ch�teau en l'air, a Castle
in the air�, est le �Ch�teau en Espagne�; mais le
traducteur a cru devoir conserver le sens litt�ral de
l'expression anglaise.
[2] Hauteurs d�bois�es couvertes de bruy�res et
servant g�n�ralement de p�turages.
[3] Sic
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