Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 42

�Il faut toujours jeter la mouche derri�re ces grosses truites,
master Charles, si vous voulez qu'elles mordent. Jamais elles ne
se donnent la peine de regarder une mouche plac�e devant leur
museau.�

�C'est comme les gens riches!� ajouta Peter avec un gros �clat de
rire.

La capture de la truite devint l'occasion d'une causerie sur
l'herbe, et, petit � petit, nous arriv�mes aux campagnes de Peter
en Espagne et en Portugal. Je ne saurais rendre la flatterie
onctueuse du personnage, la sympathie qu'il exprimait pour un
v�ritable gentleman et un v�ritable amateur de sport, comme moi,
ne ressemblant en rien � ces mendiants de colporteurs et de
boutiquiers. Il me fit ais�ment comprendre que j'�tais homme �
d�penser de l'argent dans le grand style, si j'avais cet argent;
et, apr�s m'avoir donn� � entendre qu'une belle jeune dame du
voisinage avait confi� � Peter (tout le monde faisait des
confidences � Peter) sa pr�f�rence pour master Charles, il me
confia, non sans beaucoup de circonlocutions artificieuses,
l'histoire suivante, cl� de la faveur qu'il avait acquise dans les
rangs de l'honn�te population de Muddleborough.

Durant la retraite sur Torres-Vedras on lui avait confi�, ainsi
qu'� deux de ses camarades, un fourgon charg� de caisses pleines
de doublons d'or; mais � la suite d'une vive escarmouche, ils
avaient d� se replier sur un couvent dans le puits profond duquel
il avait fallu jeter pour le soustraire � l'ennemi le chargement
du fourgon, sauf une seule caisse. Le m�me jour tous les
compagnons de Peter avaient �t� tu�s; Peter lui-m�me bless� et
port� � l'h�pital. En cet endroit de son histoire, il me montra
une terrible cicatrice dans son c�t�.

Le contenu de la derni�re caisse avait �t� en partie divis� entre
eux, en partie enterr�. Apr�s sa lente gu�rison, Peter �tait all�
rejoindre son r�giment, alors en marche sur les Pyr�n�es. C'est �
Toulouse qu'il avait perdu sa main. � son arriv�e en Angleterre,
on lui avait donn� son cong� et une pension. Ici il produisit ses
papiers. Apr�s bien des �preuves, il �tait enfin parvenu �
retourner en Portugal, o� il avait trouv� le couvent d�sert� et le
puits � demi combl� de d�combres. Il avait d�couvert aussi les
quelques rouleaux de doublons enterr�s, mais il s'�tait bien
convaincu que, sans l'influence et le concours de quelque
v�ritable gentleman, il ne parviendrait jamais � sortir le tr�sor
du puits et du pays. Arriv� � ce dernier chapitre de l'histoire,
Peter tira d'une des profondeurs de ses v�tements, un v�ritable
doublon d'or, envelopp� dans une infinit� de chiffons.

Comment ne pas ajouter foi � une histoire aussi circonstanci�e,
avec de pareilles pi�ces � l'appui! Il poursuivit en me disant que
l'aubergiste, le droguiste, le cordonnier, l'armurier et beaucoup
d'autres notables habitants �taient d�sireux de s'associer avec
lui et de partir pour le Portugal. Tammy, le marguillier, ne se
montrait pas moins dispos� � mettre une somme ronde dans une aussi
bonne sp�culation; mais lui, Peter, pr�f�rait avoir affaire � un
jeune gentleman intelligent et entreprenant; et si je pouvais
d�cider ma riche tante � avancer l'argent n�cessaire au voyage,
une bagatelle de deux cents livres sterlings, il �tait pr�t �
renoncer aux plus belles offres de Tammy, de Kinine, de Tiles, de
Smoker et de tout la monde enfin pour partir avec moi tout seul et
d�valiser cette nouvelle caverne d'Aladin,. Tous les plans �taient
faits d'avance: nous devions louer un vignoble, d�pendant des
anciens domaines du couvent, et apr�s avoir retir� le tr�sor du
puits, le bien empaqueter dans des barriques de vin de Porto, �
double fond, et revenir en Angleterre partager le butin.
J'�pouserais alors une belle lady; j'entretiendrais une meute et
je serais � la t�te des gentilshommes du comt�; quant � Peter, il
�tait plus modeste et il se contenterait d'avoir un cheval, un
couple de chiens d'arr�t et de mener la vie d'un squire de
campagne.

Le roman n'�tait pas mal agenc� et Peter le racontait de la
mani�re la plus insinuante; mais j'�tais trop gai et trop plein de
petits projets � moi, pour mordre � l'hame�on. Il �tait fort
douteux d'ailleurs que ma tante Rebecca consent�t � me donner deux
cents livres sterlings, pour suivre en Portugal un Irlandais venu
on ne savait d'o�. L'id�e d'abandonner Anne Blondie, ma favorite,
aux soins exclusifs de mon rival, le jeune vicaire anglican, ne
pouvait non plus me sourire. En cons�quence, apr�s avoir donn� �
Peter ma parole d'honneur de ne parler � �me qui vive d'un secret
si important, je me s�parai de lui � la Taverne du P�cheur, o� je
lui payai quelques verres de grog et o� je lui donnai pour le
r�compenser d'avoir contribu� � la prise de la truite, l'unique
demi-souverain dont j'aurais sans doute � disposer pendant toute
la semaine.

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Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 11:53