Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 41

La faveur dont jouissait Peter n'�tait pas limit�e � nos amateurs
de sport. Il semblait �galement dans la confiance de personnes qui
n'avaient jamais mani� un fusil, ni jet� une mouche � une truite.
S'il commen�a par les petits marchands, bient�t il devint
indispensable aux boutiquiers les plus hupp�s. M. Tammy, le
marchand de nouveaut�s de la place du March�, M. Tammy qui portait
toujours une cravate blanche et des escarpins, se promena un soir
dans son jardin, pendant plus d'une heure, avec Peter; miss Spark
le regardait par un trou de la porte; elle ne le perdit pas un
seul instant de vue, et elle d�clara � qui voulait l'entendre que
Peter avait donn� une petite tape sur l'�paule de Tammy en la
quittant... � Tammy, �lu marguillier pour l'ann�e courante! Cette
histoire trouva d'abord des incr�dules; mais on ne put s'emp�cher
de remarquer que les progr�s de la toilette de Peter, en fait de
linge, dataient de cette promenade. Peu de temps apr�s, Kinine,
notre principal pharmacien et droguiste, grand orateur dans les
meetings de la paroisse et premi�re autorit� scientifique de
l'endroit, fut observ� � son tour. Son gar�on de pharmacie le vit
�tudier la g�ographie avec une vaste carte sous les yeux. Peter
�tait souvent avec lui, et le crochet de fer voyageait rapidement
sur la carte. � dater de ce moment, la ville enti�re sembla saisie
d'une v�ritable rage, celle de rafra�chir ses �tudes
g�ographiques. L'Espagne et le Portugal �taient les localit�s
sp�cialement en faveur. Tout le monde demandait au cabinet de
lecture des livres sur la guerre de la P�ninsule; et le libraire
de la place du March� re�ut en une seule semaine l'ordre de faire
venir plus de trois dictionnaires portugais.

Quant � Peter, il devint le lion de l'endroit. Il d�jeunait avec
Smoker, l'aubergiste, amateur de chasse, d�nait avec Tiles, le
cordonnier, prenait le th� avec Jolly, le boucher, soupait avec
Kinine, le droguiste, et se livrait � de longues causeries avec le
barbier et avec M. Closeleigh lui-m�me. On le priait de raconter
l'histoire de ses campagnes, t�che dont il s'acquittait avec une
grande onction. Chose assez �trange! les gens ne semblaient jamais
se fatiguer d'entendre les marches et les contre-marches de Peter,
les batailles livr�es par Peter, et comment Peter avait perdu sa
main. Seulement les curieux faisaient remarquer qu'� la fin de ces
r�cits, Peter �tait toujours conduit avec myst�re dans quelque
arri�re-salle ou dans le jardin, et que l� il chuchotait une heure
ou deux avec le ma�tre de la maison en fumant une pipe et en
buvant quelques verres de grog; jamais on n'avait vu Peter s'en
trouver plus mal, ni s'en tenir moins d'aplomb. Il semblait au
contraire s'impr�gner de silence en sablant les liqueurs fortes.

Cependant, malgr� les plus rigoureux efforts pour garder le
myst�re, on ne put l'emp�cher de s'�bruiter; et on commen�ait � se
dire � l'oreille que Peter poss�dait un inappr�ciable secret,
concernant un tr�sor enterr� durant les guerres. Les personnes qui
n'�taient pas encore dans sa confidence affectaient un doute
railleur; mais le nombre des amis de Peter croissait tous les
jours.

Pour ma part, je n'�tais pas encore arriv� � l'�ge o� l'on court
apr�s l'argent. Mon coeur appartenait tout entier aux chevaux, aux
chiens, aux gilets brod�s, aux toilettes de fantaisie, tout cela
m�l� � des songes de Gulnares, de Medoras et de la jolie Anne
Blondie, la fille du recteur. Un tr�sor cach� m'e�t fait bien
moins d�sirer le patronage de Peter, que son habilet� � fabriquer
une mouche de mai; et ce fut, en effet, � ma passion pour la p�che
que je dus d'�tre � mon tour initi� au grand secret, qui depuis
longtemps d�j� courait les principales rues de la ville.

Par une belle soir�e d'�t�, j'avais �puis� en pure perte toute ma
science pour capturer une grande truite de quatre livres au moins,
qui s'amusait � monter et � descendre nonchalamment � l'extr�mit�
d'un �tang profond, sous les racines d'un saule noueux � demi
d�terr�; lorsque Peter se glissant sans bruit, avec ses grandes
enjamb�es, � travers la prairie, fit soudain son apparition
derri�re mon coude:

�Voulez-vous me laisser essayer, master Charles, si je serais plus
heureux que vous avec cette grosse friponne?�

Je ne demandais pas mieux: Peter jeta ou plut�t laissa tomber la
mouche, une mouche de son invention, aussi l�g�re que le duvet du
chardon, juste derri�re la grosse truite, qui la goba en un clin
d'oeil; ce ne fut qu'un bond et un plongeon; mais dix minutes
apr�s, captive sous mon filet de d�barquement, elle exhalait sa
vie en palpitant dans l'herbe.

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Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 10:12