Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 40

Trois ou quatre clercs, sans me compter, faisaient cahin-caha la
besogne de l'�tude. Le vieux Closeleigh portait g�n�ralement un
habit vert garni de boutons d'or � coquille, des culottes courtes
et des bottes � retroussis. Rarement il s'asseyait ou prenait une
plume, si ce n'est pour �crire une lettre � un client du premier
ordre; mais il tenait audience les jours de march�, et dans les
saisons des chasses il instrumentait aussi en plein air, dans les
rendez-vous des chasseurs.

La forte prime pay�e pour mon apprentissage me donnait
naturellement le droit de ne rien faire. Un effort fut bien tent�,
quand j'�tais tout � fait novice, par le vieux Foumart, le clerc
plus sp�cialement charg� de la proc�dure, pour me d�cider � porter
des assignations; mais, cette tentative ayant �chou�, on me laissa
prendre soin d'une des deux chambres de la maison d�serte o� nous
avions notre office, et causer avec les clients tandis qu'ils
attendaient leur tour.

La monotonie et la� respectabilit� �taient les traits
caract�ristiques de notre ville. Nous avions peu de pauvres, ou du
moins nous n'en entendions gu�re parler. Les m�mes gens se
livraient aux m�mes occupations, et se permettaient les m�mes
amusements plus ou moins graves tout le long de l'ann�e. Le
commencement de la saison des p�ches et la foire annuelle �taient
nos seuls �v�nements. Personne ne faisait fortune, et nul ne
perdait celle qu'il pouvait avoir. La contrebande, sous l'empire
des nouveaux r�glements, �tait devenue trop hasardeuse et trop peu
lucrative pour que des gens respectables voulussent s'y aventurer.
On racontait pourtant de singuli�res histoires au sujet des
risques courus en ce genre par les p�res de la g�n�ration
actuelle.

Chaque ann�e, les jeunes hommes les plus remuants et les plus
ambitieux de toutes les classes partaient comme un essaim pour des
r�gions o� l'industrie �tait plus active. En un mot, notre ville
�tait bien la plus tranquille, la plus somnolente r�union
imaginable de gens routiniers, �conomes, ennemis de toute
sp�culation. Leurs plus grands efforts collectifs aboutissaient �
peine � entretenir la fontaine publique et la toiture de l'h�tel-
de-ville; mais jamais on ne put les d�cider � faire les fonds
n�cessaires pour construire une jet�e, bien qu'on en sentit
l'imp�rieux besoin, ni � faire remise des droits d'octroi � un
bateau � vapeur d'invention r�cente, qui passait devant notre
port, pour le d�cider � s'y arr�ter et � entrer en concurrence
avec les lents caboteurs dont d�pendent nos communications avec la
ville voisine.

Dans ce recoin des domaines du Sommeil... arriva un jour par terre
ou par mer, dans un bateau de p�cheur ou sur ses jambes nerveuses,
on n'en sut jamais rien, un homme grand, maigre, p�le, bronz�,
semblant �tre un ancien soldat, �g� de quarante � cinquante ans,
n'ayant qu'une seule main, et pour remplacer l'autre un crochet de
fer viss� dans un bloc de bois; pauvrement, salement v�tu, du
reste, et dont l'accoutrement ne ressemblait pas mal � celui d'un
garde-chasse.

Une compagnie compos�e du recteur, du docteur et de mon patron,
ma�tre Closeleigh, partait pr�cis�ment pour aller chasser dans une
r�serve abondante de coqs de bruy�re, et d�plorait am�rement
l'absence du vieux Phil Snare, le meilleur batteur du comt�, quand
le manchot offrit ses services d'une mani�re si convenable, si
polie, si respectueuse, qu'ils furent accept�s malgr� leur l�ger
assaisonnement d'accent irlandais, mauvaise recommandation dans
notre comt�, o� les fils de l'Irlande n'�taient pas en grande
faveur. Une longue baguette de noisetier fut bient�t dans les
mains du nouveau venu, et avant la fin de la journ�e, le manchot
Peter �tait universellement reconnu pour le meilleur batteur et le
dr�le le plus amusant qu'aucun des chasseurs e�t jamais connu.
D'apr�s son histoire, il jouissait d'une pension de retraite, et
s'en allait rendre visite � un parent qu'il esp�rait trouver bien
�tabli dans une autre ville, � cent milles au nord de
Muddleborough. Un verre de grog achevant de d�lier sa langue, il
raconta avec beaucoup de verve et de tact quelques-unes de ses
aventures.

� dater de ce jour, Peter devint le factotum de la ville, et
chacun de s'�tonner qu'on e�t pu se passer si longtemps d'un
personnage si indispensable. Il portait les lettres; il nettoyait
les fusils et fabriquait des mouches pour la p�che; il gu�rissait
les chiens malades; il portait, dans une singuli�re enveloppe de
son invention, les messages des femmes aux maris qui s'attardaient
aux d�ners du club; il suppl�ait au besoin l'aide du docteur et
portait les assignations du procureur. En un mot, Peter �tait
toujours � la disposition de tout le monde, avec son visage
s�rieux et ses r�parties comiques. Jamais il ne semblait fatigu�;
rarement il avait l'air press�. Il allait et venait dans toutes
les maisons comme un chat familier, et il faisait d'opulentes
affaires, comme tous les gens qui savent se rendre indispensables
pour la solution de mille petites difficult�s que chaque jour
am�ne. En tr�s peu de temps Peter sortit ainsi, comme un v�ritable
papillon, de son cocon ou de sa chrysalide. La jaquette de chasse
d�guenill�e fut mise � la r�forme et remplac�e par un habit vert
d'ample dimension, garni d'une infinit� de poches et assez pimpant
pour �tre port� par le premier garde-chasse de milord Browse. Son
gilet ouvert laissait voir un linge d'une blancheur irr�prochable.
De la t�te aux pieds, il �tait un exemple de ce que l'on gagnait �
�tre en cr�dit pr�s des principaux marchands, et cependant il ne
s'�tait pas donn� de ma�tre. Il commen�a m�me � ne plus se charger
de simples commissions, except� pour les gens de qualit�. Un �tat-
major de jeunes gar�ons manoeuvrait sous ses ordres; et lorsqu'il
accompagnait une partie de chasse, pourvu lui-m�me d'un excellent
fusil que lui pr�tait un aubergiste chasseur, il avait tout l'air
d'�tre l� pour sa sant�, pour prendre de l'exercice et se livrer
au plaisir du sport. Rien ne rappelait en lui le pauvre diable
d�penaill� et mourant de faim qui s'estimait trop heureux de
coucher dans une grange et d'accepter une assiett�e de d�bris de
viande.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 8:33