Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 38

La premi�re chose qui en r�sulta fut que toute la famille eut plus
ou moins peur de moi. Les servantes s'enfuyaient � ma vue et ne me
laissaient jamais jouer avec la plus jeune enfant, comme si
j'allais l'�trangler! J'affectais de ne redouter aucun ch�timent
et je me conduisais, je le sais, d'une mani�re horrible. Une chose
tr�s d�sagr�able dont je m'aper�us, c'est que mon p�re et ma m�re
ne savaient pas tout. Jusqu'alors j'avais toujours cru le
contraire, mais maintenant ils me comprenaient, et me conduisant
comme je le faisais, cela n'avait rien d'�tonnant. Souvent ils me
conseillaient de faire des choses impossibles, de demander, par
exemple, ce que tout le monde disait; mais nous passions tous les
dimanches pr�s de la tombe de la vieille miss Chapman; et je me
rappelais bien ce qui avait lieu lorsqu'on la voyait de son vivant
approcher de la porte: �Mis�ricorde!� criait-on de tous c�t�s,
�voil� encore miss Chapman! Qu'allons-nous faire? elle va rester
jusqu'au d�ner et nous serons enrou�s pour une semaine. Ne faut-il
pas lui dire tout ce qu'elle demande? Jamais elle n'est contente,
quel fl�au!� Et ainsi de suite jusqu'� ce qu'elle entr�t. Tout
cela parce qu'elle voulait savoir ce que chacun disait. Je ne
pouvais supporter l'id�e d'�tre comme elle, mais je ne pouvais
comprendre non plus pourquoi on se plaignait tant d'elle, moi tout
le premier. C'�tait par une sorte d'instinct que je ne faisais pas
alors ce que mon p�re et ma m�re me disaient de faire, et je suis
s�r qu'ils n'y comprenaient rien. Maintenant je vois bien pourquoi
et eux aussi. Un sourd ne peut savoir ce qui m�rite d'�tre r�p�t�
et ce qui ne le m�rite pas. S'il ne demande rien, quelqu'un prend
toujours la peine de lui dire ce qui vaut la peine d'�tre dit;
mais s'il fait sans cesse d'ennuyeuses questions, on est bient�t
aussi las de lui que nous l'�tions de la pauvre miss Chapman.

Forc� de me suffire � moi-m�me, j'employais d'ordinaire une grande
partie de la journ�e � lire dans un coin. Je faisais tout seul de
grandes promenades sur la bruy�re, tandis que les autres se
promenaient ensemble dans les prairies ou sur les chemins. Mon
p�re m'ordonnait souvent de faire comme les autres, et alors je
changeais le lieu de mes excursions, mais je ne m'en isolais pas
moins. Il y avait sur la bruy�re un �tang si semblable � celui
dont j'ai parl�, que les m�mes id�es m'�taient revenues; je
m'asseyais des heures enti�res sur les bords de cet �tang et j'y
jetais des cailloux. Alors je commen�ai � m'imaginer que je serai
plus heureux apr�s mon retour chez le docteur Owen. C'�tait une
id�e tr�s sotte puisque la maison m�me avait r�ellement
d�sappoint� mes esp�rances; mais tout le monde, je pense, esp�re
toujours une chose ou une autre, et je ne voyais rien moi, �
esp�rer... mais me voil� encore dans les tristesses, oubliant de
parler de Charley.

Un jour, � l'heure o� les grandes personnes songeaient elles-m�mes
� aller se coucher, je descendis avec mes habits de nuit, marchant
dans mon sommeil, les yeux grands ouverts. Les dalles de pierre de
la salle, si froides pour mes pieds nus, me r�veill�rent; mais
alors m�me je ne pouvais �tre compl�tement �veill�, car j'entrai
dans la cuisine au lieu de retourner dans mon lit, et je me
rappelle fort peu ce qui se passa cette nuit. On dit que pendant
tout le temps j'�carquillais les yeux devant les chandelles. Je me
rappelle cependant que le docteur Robinson �tait l�. Je me
r�veillais souvent en sursaut et je r�vais toujours; je r�vais de
toutes sortes de musique, du vent qui soufflait, de gens qui
parlaient de toutes les peines que j'�prouvais � ne pouvoir
entendre personne. Beaucoup de mes r�ves finissaient par une
querelle avec Charley que je renversais � terre d'un coup de
poing. Ma m�re ne savait rien de cela; elle fut aussi effray�e de
mon somnambulisme que si j'�tais devenu fou. Le docteur Robinson
conseilla de me renvoyer en pension pour un semestre et de voir
comment j'irais apr�s l'essai de quelques rem�des pour mes
oreilles.

Charley arriva chez le docteur Owen deux heures apr�s moi; il ne
parut pas souhaiter de me serrer les mains et s'�carta �
l'instant. Voyant bien qu'il n'avait plus l'intention �d'�tre
amis,� je supposai qu'il regardait ma faute comme un affront pour
la maison de son p�re; mais je ne sus, ni alors, ni quelque temps
apr�s, toutes les raisons qu'il avait de m'en vouloir. Quand plus
tard, nous redev�nmes camarades, j'appris que Catherine avait vu
combien ses rires m'avaient offens� et que, fort afflig�e de
m'avoir fait de la peine, elle �tait mont�e plusieurs fois pour
frapper � la porte de ma chambre et pour me prier de lui pardonner
ou du moins de lui parler. �Elle avait frapp� si fort que j'avais
d� certainement l'entendre,� disait-elle; mais je ne l'avais pas
entendue du tout. Le second grief �tait ma fuite. Naturellement
Charley ne pouvait me la pardonner; je n'avais pas maintenant de
plus grand ennemi que lui. En classe, il me battait, cela va sans
dire; tout le monde pouvait en faire autant, mais il me restait
une chance dans les choses qui ne se faisaient pas en classe et o�
l'oreille n'�tait pour rien, dans la composition latine, par
exemple, pour un prix que Charley tenait beaucoup � gagner; et il
comptait bien l'avoir, quoique plus jeune, parce qu'il �tait bien
avant moi dans la classe. J'obtins pourtant le prix. Alors
quelques-uns des �l�ves cri�rent � l'injustice; ils attribuaient
mon succ�s � la faveur, et en apparence ils avaient raison, car
j'�tais devenu stupide; ils disaient cela et Charley le disait
aussi. Charley me provoquait de toutes les mani�res, plut�t �
cause de l'injure faite � Catherine, que pour la sienne propre,
comme il me le dit plus tard. Un jour, il m'insulta tellement dans
la cour de r�cr�ation, que je le renversai � terre d'un coup de
poing. Je n'avais plus de raison pour ne pas le faire; car il
avait beaucoup grandi; il �tait aussi fort que je l'avais jamais
�t�, tandis que j'�tais bien loin de l'�tre moi-m�me autant
qu'avant cette �poque et que je le suis redevenu depuis. D�s qu'il
se fut relev�, il s'�lan�a sur moi dans la plus grande rage qu'on
puisse voir. J'�tais comme lui, et nous nous f�mes du mal tous les
deux, je vous assure, au point que mistress Owen vint nous voir
dans nos chambres, car on nous avait donn� des chambres s�par�es
durant ce semestre. Nous n'avions pas besoin de rien dire �
mistress Owen et nous n'aurions pas voulu avoir l'air de chercher
� la mettre dans nos int�r�ts; mais elle s'aper�ut bien de mani�re
et d'autre que je me sentais tr�s isol� et que j'�tais bien
malheureux. Ce fut, gr�ce � elle, j'en suis certain, que le cher
et prudent docteur me manifesta tant d'amiti� quand je retournai
dans la classe, sans cesser d'�tre bienveillant pour Charley. Il
me demanda m�me, une apr�s-d�n�e, de faire une promenade avec lui
dans son cabriolet, me donnant pour pr�texte que ses affaires le
conduisaient pr�s de l'endroit o� ils avaient �t� en classe
ensemble, lui et mon p�re; mais c'�tait plut�t, je le crois, pour
avoir une longue conversation avec moi sans �tre d�rang�.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 3:35