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Page 37
Le premier de la classe �tait toujours le plus rapproch� du sous-
ma�tre ou du docteur, quand il faisait r�citer lui-m�me les
le�ons. Cette place me fut assign�e d'une mani�re permanente. Je
n'eus plus � la disputer contre personne. Apr�s cela, tous les
�l�ves, et Charley en particulier, se montr�rent de nouveau bons
pour moi; et j'ose dire que, si j'avais eu un meilleur caract�re,
tout serait bien all�; mais je ne sais pourquoi tout semblait
aller de travers partout o� j'�tais, et je d�sirais toujours �tre
ailleurs. Il me tardait maintenant de voir arriver les vacances.
Tous les �coliers, sans doute, les d�siraient comme moi, mais moi
plus que tous les autres, parce que tout � la maison me semblait
si gai, si distinct, si brillant, dans mon souvenir au moins,
comparativement � l'�cole pendant ce dernier semestre. On e�t dit
que tout le monde avait appris � parler bas. La plupart des
oiseaux semblaient s'�tre exil�s, ce qui me faisait d'autant plus
d�sirer de voir mes tourterelles, dont Peggy m'avait promis de
prendre soin. La cloche m�me de l'�glise paraissait assourdie; et
quand l'orgue jouait, il y avait dans la musique de grandes
lacunes qui me faisaient penser qu'il vaudrait mieux ne pas
entendre de musique du tout. Mais ces souvenirs-l� sont trop
d�sagr�ables. J'en reviens � Charley.
Son p�re et sa m�re m'invit�rent � venir passer la premi�re
semaine des vacances avec lui. Mon p�re me dit d'y aller; j'ob�is,
et jamais de ma vie je ne fus si mal � mon aise. Je n'entendais
pas ce qu'ils se disaient les uns aux autres, � moins d'�tre tout
� fait au milieu d'eux, et je ne pouvais manquer d'avoir l'air
stupide quand ils riaient aux �clats et que je ne savais pas m�me
ce dont il s'agissait. J'�tais s�r que les soeurs de Charley se
moquaient de moi, Catherine en particulier. Il me semblait
toujours que tout le monde me regardait et je sais qu'on parlait
quelquefois de moi; je le sais par quelque chose que j'entendis
dire � mistress Felkin, un jour qu'il y avait du bruit dans la
rue, et qu'elle parlait tr�s haut sans le savoir, �on ne nous a
jamais pr�venus, disait-elle, que ce pauvre enfant �tait sourd.�
Je ne sais pourquoi, mais cela me parut insupportable; et � dater
de ce moment, plusieurs personnes prirent l'habitude de me dire
les moindres choses d'un ton si criard que tout le monde se
retournait pour me regarder. Parfois aussi je me trompais sur ce
qu'on me disait; et une de mes b�vues fut si ridicule que je vis
Catherine se tourner pour rire et elle ne cessa plus de rire
pendant bien longtemps. C'�tait plus que je n'en pouvais
supporter; je m'enfuis. Il y avait sans doute folie � moi d'agir
ainsi. Je sais que j'avais fini par avoir un tr�s mauvais
caract�re, je sais que M. et mistress Felkin durent trouver qu'ils
s'�taient bien tromp�s � mon �gard et dans leur choix d'un
camarade pour Charley; mais que me servait-il de rester plus
longtemps pour �tre l'objet de la commis�ration ou du ridicule,
sans faire de bien � personne? Je m'enfuis donc au bout de trois
jours; j'aspirais au moment d'�tre de retour � la maison, car l�,
je n'en doutais pas, je trouverais tous les conforts r�unis. Je
savais o� passait la diligence, � un mille et demi de l'habitation
de M. Felkin, de tr�s grand matin. Je sortis donc par la crois�e
du cabinet d'�tude, et je me mis � courir; j'avais tort d'�tre si
effray�, car personne n'�tait encore lev� dans la maison; je fus
seulement forc� de demander au jardinier la cl� de la porte de
derri�re, qu'il me jeta par la crois�e de sa loge. Une fois dehors
je lui criai de recommander � Charley de m'envoyer mes effets chez
mon p�re. Au bord de la route, il y avait un �tang au pied d'une
grande haie que couvraient des arbres tr�s sombres; il me vint
subitement l'id�e de m'y noyer, de n'�tre plus un embarras pour
personne et d'en finir avec mes peines. Ah! quand j'aper�us le
clocher de notre �glise, je n'en fus pas moins heureux! et quand
je vis la porte de notre maison, je crus � la dur�e de ce bonheur!
Mon espoir s'�vanouit bient�t. Je n'entendais pas ce que murmurait
ma m�re quand elle m'embrassait. Toutes les voix �taient confuses
et tout me semblait devenu plus silencieux et plus triste;
j'aurais d� savoir cela d'avance, mais je ne m'y attendais pas.
J'avais �t� vex� d'�tre appel� sourd par les Felkins, et
maintenant je me sentais bless� de la mani�re dont mes fr�res et
mes soeurs me trouvaient en faute, parce que je n'entendais pas
toujours. �Il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas
entendre;� me dit un jour Ned, et ma m�re r�p�tait sans cesse que
c'�tait pure faute d'attention; que si je n'avais pas l'esprit
distrait j'entendrais aussi bien que personne. Je ne crois pas que
je fusse jamais distrait; je d�sirais tellement entendre, je
faisais tant d'efforts pour cela, que souvent les larmes m'en
venaient aux yeux; alors je courais m'enfermer dans ma chambre
pour pleurer tout � mon aise. S�rement j'�tais � moiti� fou alors,
� en juger par ce que je fis � mes tourterelles dans un moment de
fureur. Peggy en avait pris grand soin pendant mon absence; elles
me reconnurent tout de suite et vinrent, selon leur ancienne
habitude, percher sur ma t�te et mes �paules, comme si je n'avais
jamais quitt� la maison; mais leurs roucoulements quand elles
n'�taient pas sur moi, ne ressemblaient plus du tout � ce qu'ils
avaient �t�. Pour les entendre j'�tais forc� de mettre ma t�te
contre leur cage; j'entendais cependant bien d'autres oiseaux. Je
m'imaginai que c'�tait la faute des tourterelles et qu'elles ne
voulaient plus roucouler pour moi. Un jour j'en pris une hors de
la cage; je la caressai d'abord et j'employai tous les moyens de
douceur. � la fin je pressai un peu son cou dans mon impatience,
puis saisi d'un acc�s de fr�n�sie parce qu'elle s'obstinait � ne
pas roucouler, je la tuai... oui, je lui tordis le cou! Vous vous
rappelez tous cette triste histoire-l�, comme je fus puni
s�v�rement et justement, et ce qui s'en suivit; mais personne ne
sut combien je me sentais mis�rable, je me faisais horreur � moi-
m�me pour ma cruaut�. Je n'en dirai pas davantage, et si j'ai fait
mention de ce malheur, c'est pour expliquer ses cons�quences.
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