Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 36

Les choses all�rent ainsi assez longtemps, jusqu'� l'�poque o� je
commen�ai � avoir mon mal d'oreille. D'abord Charley fut tr�s bon
pour moi. Je me rappelle qu'un jour il me dit de m'appuyer sur son
�paule, et me tint la t�te chaudement jusqu'� ce que la douleur
f�t pass�e: pendant tout ce temps-l� il ne bougea pas. Peut-�tre
finit-il par se fatiguer de toutes ses complaisances; peut-�tre
bien aussi ce fut moi qui eus tort. Je sentais mon caract�re
s'alt�rer; je redoublais mes efforts pour me contenir; mais
quelquefois la douleur �tait si vive et durait si longtemps, que
j'aurais voulu �tre mort. Je crois bien qu'alors je devais �tre
d'une f�cheuse humeur ou taciturne, ce que les �coliers aiment
encore moins. Charley ne semblait pas croire que j'eusse aucun
motif d'�tre ainsi. J'avais pris l'habitude de grimper sur le
pommier et de l� sur le mur, o� je faisais semblant de dormir,
pour me d�barrasser des autres; mais eux ils accouraient tout
expr�s de ce c�t�, et disaient: �Voil� encore le boudeur assis sur
son mur, comme Humpty Dumpty.� Un jour que j'entendais Charley en
dire autant, je lui criai, d'un ton de reproche, ces deux mots:
�Oh! Charley!� Et il me r�pondit: �Pourquoi grimpez-vous toujours
l� pour bouder?� Il pr�tendait aussi que je faisais beaucoup
d'embarras pour rien. Je sais qu'il ne le croyait pas r�ellement,
mais il s'impatientait de me voir comme cela. Je le sais, parce
qu'il �tait toujours si bon pour moi, si joyeux quand mon mal
semblait s'apaiser et que je revenais jouer avec les autres.
Alors, j'�tais content aussi, et je croyais que j'avais eu tort de
penser ce que j'avais pens�. Nous n'avions donc jamais
d'explications; cela nous aurait pourtant �pargn� bien des choses
arriv�es plus tard. Pl�t � Dieu que nous nous fussions franchement
expliqu�s tous les deux.

Charley, � son arriv�e chez le docteur Owen, �tait fort en arri�re
de moi, car il avait une ann�e de moins, et c'�tait sa premi�re
pension. Je croyais alors pouvoir me maintenir en t�te de toute la
classe, � l'exception de trois �l�ves, et je faisais de grands
efforts pour cela; mais, au bout d'un certain temps, je commen�ai
� descendre. J'apprenais aussi bien mes le�ons qu'auparavant, mais
les autres �coliers �taient plus prompts dans leurs r�ponses, et
il y en eut bient�t six qui s'empar�rent de ma place habituelle
avant que je susse comment cela se faisait. Le docteur Owen,
m'apercevant un jour au dernier rang de la classe, dit qu'il ne
m'avait jamais vu l�. Le sous-ma�tre ajouta que j'�tais stupide,
mais le docteur pr�f�ra attribuer la chose � ma paresse. Les
autres �l�ves en diront autant et me donn�rent des sobriquets. Je
commen�ais moi-m�me � croire comme eux, et j'en ressentis bien de
la peine. Charley entra dans notre classe avant que j'eusse �t�
moi-m�me jug� capable d'entrer dans une autre, et le fait est que
je n'en sortis jamais. Je crois que son p�re et sa m�re m'avaient
d'abord cit� � lui comme un exemple, car il avait d� lui-m�me bien
parler de moi quand il m'aimait.

� la fin, il parut s'appliquer � me repasser dans la classe. Je
fis tout mon possible pour l'en emp�cher. Il s'en aper�ut et
redoubla d'application. Je ne pouvais gu�re l'aimer alors. J'avoue
m�me que j'�tais de tr�s mauvaise humeur, et cela l'exasp�rait �
son tour. J'avais beau me fatiguer jusqu'� tomber malade pour bien
apprendre mes le�ons et bien r�pondre aux questions du ma�tre,
Charley l'emportait sur moi et abusait de son triomphe. Je ne
voulais pas me battre avec lui, parce qu'il n'�tait pas aussi fort
que moi; et d'ailleurs, je devais convenir qu'il savait mieux ses
le�ons. Nous allions nous coucher sans nous dire un mot. C'en
�tait fait depuis longtemps des histoires que nous nous racontions
la nuit. Un matin, Charley me dit en se levant que j'�tais l'�tre
le plus morose qu'il ait jamais vu. Je craignais bien depuis
quelque temps de devenir morose, mais je ne voyais aucune raison
pour qu'il me le d�t justement ce matin-l�. Il y en avait une
pourtant, comme je le sus plus tard. Je lui dis tout ce que je
pensais, c'est-�-dire qu'il �tait devenu tr�s malveillant pour
moi, et que s'il ne se conduisait pas comme autrefois, je ne
supporterais pas son injustice. Il me r�pondit que, lorsqu'il
essayait de le faire, je le boudais. Je ne savais pas alors la
raison qu'il avait pour le dire, ni ce que signifiait tout cela.
La v�rit� est, qu'�prouvant la veille au soir du remords de sa
conduite envers moi en une circonstance, il m'avait parl� �
l'oreille pour me demander pardon; mais il faisait noir, il
parlait bas: je n'avais rien vu, rien entendu. Il m'avait pri� de
me retourner et de lui parler; mais, naturellement, je n'avais pas
boug�, et il avait d� croire que je lui gardais rancune. Tout cela
est tr�s f�cheux: je passe � d'autres choses.

Mistress Owen �tant un jour dans le verger, et venant � regarder
par-dessus la haie, me vit couch� la face contre terre. J'avais
pris l'habitude de me coucher ainsi, car j'�tais stupide � tous
les jeux o� l'on devait s'appeler, et les autres �l�ves se
moquaient de moi. Mistress Owen avertit le docteur: le docteur dit
que je n'�tais certainement pas dans mon �tat normal, et que pour
sa satisfaction personnelle, il consulterait M. Prat. M. Prat vint
en effet me voir, et trouva que j'�tais sourd, sans pouvoir dire
ce que j'avais aux oreilles. Il conseillait une application de
ventouses, et je ne sais quoi encore; mais le docteur fit observer
que, vu la proximit� des vacances, il valait mieux attendre mon
retour chez mes parents. J'y gagnai, toutefois, de n'avoir plus �
disputer les places. Le docteur dit � tous les �coliers qu'on
voyait bien maintenant pourquoi j'avais sembl� tant reculer. Non
seulement il s'en faisait un reproche � lui-m�me, disait-il, mais
il s'�tonnait que personne n'e�t d�couvert plus t�t la v�ritable
raison.

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Books | Photos | Paul Mutton | Thu 15th Jan 2026, 0:01