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Page 34
VII -- L'HISTOIRE DE LA FEMME DE JOURN�E.
Une personne n'est pas sans �prouver un certain embarras, quand
elle se voit appel�e par les ma�tres dans la salle � manger, pour
y porter de joyeux toasts de No�l; et Dieu sait si je souhaite �
toutes les personnes pr�sentes autant de bonnes f�tes qu'elles
peuvent s'en souhaiter � elles-m�mes; mais aussi on me demande mon
histoire du Revenant. Vraiment!... ce n'est pas aussi ais� qu'on
le croirait de se rappeler tout de suite, comme cela, les
circonstances d'une apparition qu'on a vue et vue de ses propres
yeux! Heureusement je n'ai pas pr�cis�ment vu moi-m�me la chose,
car ce fut Thomas qui la vit et qui l'entendit. Cependant, puisque
l'histoire du Revenant semble �tre arriv�e aux oreilles des jeunes
ladies par la bonne, et qu'elles veulent en savoir les d�tails
exacts, je vais vous les dire.
J'�tais cuisini�re chez l'alderman Playford, quand il mourut
subitement; et nous e�mes un bien beau deuil, nous autres, les
domestiques. Je dis nous, quoique je ne sois plus aujourd'hui
qu'une femme de journ�e, gagnant p�niblement ma pauvre vie.
L'alderman tenait deux maisons sa maison de ville � Dewcester,
pour son commerce et sa maison de campagne � Brownham, � cinq ou
six milles de distance. J'�tais � Brownham, et je pr�f�rais y
�tre, parce que les jeunes ladies le pr�f�reraient aussi;
c'�taient de vraies ladies, sur mon �me. Tout �tait confortable �
Brownham; je puis m�me dire dans le grand style: il y avait des
jardins, des �tangs pleins de poissons, une brasserie, une
laiterie, sans parler des �curies et de tout ce qui suit.
Dans les derni�res ann�es, l'alderman passait aussi la plus grande
partie de son temps � Brownham. Thomas, le cocher, le conduisait
et le ramenait quand il �tait oblig� d'aller � Dewcester, o� il
couchait quelquefois, s'il y avait une affaire importante en train
dans la chambre des aldermen ou une prochaine �lection dans le
district; car l'alderman, vous le savez, �tait fameux pour les
�lections. Mais Thomas revenait toujours � la maison, et son
ma�tre, lors m�me qu'il restait � Dewcester, le renvoyait �
Brownham pour nous prot�ger, nous autres femmes, et faire son
service.
Maintenant il faut vous dire que l'alderman avait eu une attaque
de paralysie peu d'ann�es auparavant, et que depuis lors, malgr�
son r�tablissement, il avait conserv� une mani�re de marcher tr�s
curieuse, car un de ses souliers faisait entendre un craquement
singulier, ne ressemblant � aucun autre bruit. Lorsqu'il
descendait l'all�e de gravier devant la fa�ade ou qu'il allait
d'un endroit � l'autre dans la maison, son soulier craquait,
craquait si bien, que sans voir l'alderman on savait toujours o�
il �tait. Il ne marchait ni lourdement, ni vite, et longtemps
avant qu'il f�t en vue nous �tions avertis qu'il arrivait par le
craquement de son soulier, m�me avant d'entendre le bruit de ses
pas. J'ai bien entendu des souliers craquer en ma vie, mais jamais
comme celui-l�!
Nous �tions tr�s bons amis, Thomas et moi. J'ai cru longtemps
qu'il avait des intentions plus s�rieuses, et je ne peux penser,
m�me aujourd'hui, que ce fut uniquement de l'amour � l'office,
comme on dit, mais il y avait quelque chose de cela. Qui peut dire
ce qui f�t arriv�, s'il n'avait pas �pous� la veuve Rogers que
tout le monde croyait si bien pourvue apr�s la mort de son d�funt,
et qui, pourtant, n'avait rien. Pauvre Thomas! Le lendemain de ses
noces fut un triste jour pour lui; mais il n'y avait plus �
revenir l�-dessus. Nous n'en rest�mes pas moins bons amis �
Brownham, comme il convient aux personnes attach�es au m�me
service. J'�tais ma�tresse absolue dans ma cuisine, et il n'en
faisait pas plus mauvaise ch�re.
Un soir, il �tait revenu de conduire l'alderman � Dewcester, et il
devait aller le chercher le lendemain dans l'apr�s-midi. La nuit
�tait humide et pluvieuse; il faisait grand vent. Assis dans la
cuisine, nous entendions battre la pluie contre les volets et
l'eau ruisseler des goutti�res. Le vent s'�poumonait comme un
homme en col�re, et tourbillonnait autour de la maison comme s'il
cherchait un endroit pour y p�n�trer. Thomas avait �t� ses grandes
gu�tres et ses autres effets mouill�s pour mettre ses habits de
service. Rassembl�s tous autour du feu, nous bavardions un peu
plus tard qu'� l'ordinaire. Les jeunes ladies �taient d�j� mont�es
se coucher et les autres servantes finirent par gagner leur lit,
nous laissant un moment � nous-m�mes, Thomas et moi. Alors nous
recommen��mes � causer de la famille et des voisins. Je pensai que
Thomas profiterait de l'occasion pour me faire ses confidences;
mais il fut comme tous les jours. Quand l'horloge de la cuisine
marqua minuit moins un quart, je pris ma chandelle et je lui dis:
�Bonsoir, Thomas, je vais me coucher. -- Bonne nuit, dit-il,
cuisini�re. Apr�s avoir d�barrass� la table dans la salle �
manger, je gagnerai aussi mon lit, car je suis tr�s fatigu�.�
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