Les conteurs à la ronde by Charles Dickens


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Page 13

-- Continuez de ramer, vilain singe! s'�cria Carl en lui donnant
un l�ger coup.

L'�trange batelier s'assit d'un air sombre, se remit � ramer et ne
fit plus de mauvais tours ce jour l�. Carl chanta une des chansons
inspir�es par la �Klar,� pendant que le bateau poursuivait sa
route � travers des prairies dont les rives �taient bord�es de
joncs, et souvent autour de petites �les, jusqu'� ce que la brume
descend�t du ciel. La surface de la rivi�re brillait d'une faible
lueur blanch�tre; les arbres du bord devenaient de plus en plus
sombres, et les �toiles se montraient � l'ouest. Carl regardait
les poissons, qui faisaient des cercles dans le courant et,
laissant pendre sa main au-dessus du bord, il sentait avec plaisir
l'eau glisser rapidement entre ses doigts. La fatigue finit par le
gagner; il s'enveloppa dans son manteau, pla�a son maillet � c�t�
de lui, s'�tendit sur l'arri�re du bateau et s'endormit. La ville
o� ils devaient s'arr�ter cette nuit-l� �tait plus loin qu'ils ne
l'avaient cru. Carl dormit longtemps et eut un r�ve; dans son
sommeil, il entendit un bruit tout pr�s de sa t�te, comme le bruit
d'un corps qui fait rejaillir l'eau en tombant, et il s'�veilla.
D'abord il crut que c'�tait le batelier qui venait de tomber � la
rivi�re, mais il le vit debout au milieu du bateau.

-- Qu'y a-t-il donc? demanda Carl.

-- J'ai laiss� tomber votre maillet dans le courant, r�pondit le
batelier.

-- Mis�rable! s'�cria Carl en s'�lan�ant sur lui, qu'as-tu fait
l�?

-- �pargnez-moi, ma�tre, r�pondit le batelier avec une affreuse
grimace; votre maillet s'est �chapp� de ma main au moment o� je
voulais frapper une chauve-souris qui volait autour de ma t�te�
Carl, furieux, porta plusieurs coups au batelier; mais celui-ci
les �vita, et, glissant sous son bras, il se mit de nouveau �
courir sur le rebord du bateau. De plus en plus furieux, Carl
finit par l'atteindre et par se jeter sur lui si violemment, que
le bateau chavira et qu'ils tomb�rent tous deux dans la rivi�re.
S'apercevant alors que le batelier ne savait pas nager, Carl
oublia son maillet pour saisir le pauvre diable et gagner la rive
avec lui. Le courant �tait si fort, qu'il les entra�na bien plus
loin; mais ils finirent par arriver � terre. On pouvait alors
apercevoir les lumi�res de la ville, qui �tait proche. Carl se mit
en marche, le coeur triste, apr�s avoir ordonn� au batelier de le
suivre. Mais quand, arriv� pr�s des portes, il se retourna, le
batelier avait disparu. Il l'appela � haute voix et revint un peu
sur ses pas pour l'appeler encore, sans recevoir aucune r�ponse. �
la fin il se d�cida � gagner la ville, et il n'entendit plus
jamais parler du batelier.

Comme on le pense bien, Carl ne ferma pas l'oeil cette nuit-l�. Au
point du jour, il offrit presque tout l'argent qui lui restait
pour un bateau, et il descendit seul la rivi�re. Il pensait que
son maillet avait pu flotter sur l'eau, malgr� le poids des pi�ces
d'or, et il esp�rait encore le rattraper. Mais il eut beau
regarder de tous c�t�s et ramer tout le jour sans prendre de
repos, il ne d�couvrit rien. Le Geber baignait maintenant des �les
plus nombreuses. Ses deux rives prenaient un aspect tout-�-fait
solitaire et d�sol�. Le vent tomba. L'eau devenait aussi noire que
si le ciel �tait couvert d'une nu�e orageuse, et la rivi�re
courait toujours plus rapide, serpentant, comme la �Klar,� entre
des rochers. Ces murailles gris�tres devenaient de plus en plus
hautes, et le bateau allait de plus en plus vite, en sorte que
Carl semblait descendre dans l'int�rieur de la terre, quand il
aper�ut l'entr�e de la caverne dont l'�tranger lui avait parl�. Au
m�me moment, il vit son maillet flottant � quelques brasses devant
lui. Mais le bateau commen�ait � tournoyer dans un tourbillon.
Carl sentait sa t�te et son coeur tourner aussi. Cependant le
maillet entrait dans la caverne et le bateau approchait de son
embouchure. Alors, l'instinct de sa propre conservation
l'emportant, Carl s'accrocha aux anfractuosit�s des rochers et
s'arr�ta. Plongeant les yeux dans les t�n�bres, il vit plusieurs
petites flammes flotter et reluire dans l'obscurit�, mais il ne
voyait rien de plus, et il entendait les eaux se pr�cipiter, comme
une cascade, avec de grands mugissements. Ce n'�tait pas tout de
renoncer � la poursuite de son maillet, il fallait remonter le
courant, et la t�che �tait difficile, les rames ne pouvant plus
lui �tre d'aucun secours pour cela. Il serra cependant la rive o�
le courant �tait le plus faible, et, se cramponnant aux saillies
des rochers, il parvint � rebrousser chemin. Durant toute la nuit
il avan�a ainsi lentement, et un peu avant l'aube du jour il se
trouva hors des murailles de pierre. Harass� de fatigue, il amarra
son bateau, descendit sur la rive, se coucha sur la terre nue et
s'endormit. � son r�veil, il mangea un petit pain dont il s'�tait
muni, et il poursuivit son voyage.

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 13th Jan 2026, 3:31