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Page 34
CL�OPATRE.--Oui, sur mer, sans doute.
CANIDIUS.--Pourquoi mon g�n�ral a-t-il ce projet?
ANTOINE.--Parce qu'il nous en a d�fi�.
�NOBARBUS.--Mon seigneur l'a aussi d�fi� en combat singulier?
CANIDIUS.--Oui, et vous lui avez offert le combat � Pharsale, o� C�sar
vainquit Pomp�e; mais toutes les propositions qui ne servent pas � son
avantage, il les rejette. Vous devriez en faire autant.
�NOBARBUS.--Vos vaisseaux sont mal �quip�s, vos matelots ne sont que des
muletiers, des moissonneurs, des gens lev�s � la h�te et par contrainte.
La flotte de C�sar est mont�e par des marins qui ont souvent combattu
Pomp�e: leurs vaisseaux sont l�gers, les v�tres sont pesants; il n'y a
pour vous aucun d�shonneur � refuser le combat sur mer, puisque vous
�tes pr�t � l'attaquer sur terre.
ANTOINE.--Sur mer, sur mer.
�NOBARBUS.--Mon digne seigneur, vous perdez par l� toute la sup�riorit�
que vous avez sur terre: vous d�membrez votre arm�e, qui, en grande
partie, est compos�e d'une infanterie aguerrie; vous laissez sans emploi
votre habilet� si justement renomm�e; vous abandonnez le parti qui vous
promet un succ�s assur�: vous vous exposez au simple caprice du hasard.
ANTOINE.--Je veux combattre sur mer.
CL�OPATRE.--J'ai soixante vaisseaux; C�sar n'en a pas de meilleurs.
ANTOINE.--Nous br�lerons le surplus de notre flotte; et avec les autres
vaisseaux bien �quip�s, nous battrons C�sar, s'il ose avancer vers le
promontoire d'Actium. Si la fortune nous trahit, nous pourrons alors
prendre notre revanche sur terre. (_A un messager qui arrive_.) Ton
message?
LE MESSAGER.--Les nouvelles sont vraies, seigneur, C�sar est signal�; il
a pris Toryne.
ANTOINE.--Peut-il y �tre en personne? Cela est impossible; il est m�me
�trange que son arm�e y soit arriv�e. Canidius, tu commanderas sur terre
nos dix-neuf l�gions et nos douze mille chevaux; nous, nous allons �
notre flotte. Partons, ma Th�tis. (_Un soldat para�t_.) Que veux-tu,
brave soldat?
LE SOLDAT.--O noble empereur, ne combattez point sur mer; ne vous fiez
pas � des planches pourries. Est-ce que vous vous d�fiez de cette �p�e
et de ces blessures? Laissez aux �gyptiens et aux Ph�niciens l'art de
nager comme les oisons: nous, Romains, nous avons l'habitude de vaincre
sur terre, et en combattant de pied ferme.
ANTOINE.--Allons, allons, partons.
(Antoine, Cl�op�tre, �nobarbus sortent.)
LE SOLDAT.--Par Hercule, je crois que j'ai raison.
CANIDIUS.--Oui, soldat; mais Antoine ne se repose plus sur ce qui fait
sa force. C'est ainsi que notre chef se laisse mener, et nous sommes les
soldats de ces femmes.
LE SOLDAT.--Vous gardez � terre les l�gions et toute la cavalerie,
n'est-ce pas?
CANIDIUS.--Marcus Octavius, Marcus Just�ius, Publicola et Caelius sont
pour la mer; mais nous restons tranquilles � terre.--Cette diligence de
C�sar passe toute croyance.
LE SOLDAT.--Pendant qu'il �tait encore � Rome, son arm�e marchait par
l�gers d�tachements, qui ont tromp� tous les espions.
CANIDIUS.--Quel est son lieutenant, le sais-tu?
LE SOLDAT.--On dit que c'est un certain Taurus.
CANIDIUS.--Oh! je connais l'homme!
(Un messager arrive.)
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