Antoine et Cléopâtre by William. Spurious and doubtful works Shakespeare


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Page 16

L�PIDE.--Le temps presse; il nous faut chercher tout de suite Pomp�e, ou
il va nous pr�venir.

ANTOINE.--Et o� est-il?

C�SAR.--Pr�s du mont Mis�ne.

ANTOINE.--Quelles sont ses forces sur terre?

C�SAR.--Elles sont grandes et augmentent tous les jours: sur mer, il est
ma�tre absolu.

ANTOINE.--C'est le bruit qui court. Je voudrais avoir eu une conf�rence
avec lui: h�tons-nous de nous la procurer; mais avant de nous mettre en
campagne, d�p�chons l'affaire dont nous avons parl�.

C�SAR.--Avec la plus grande joie, et je vous invite � venir voir ma
soeur; je vais de ce pas vous conduire chez elle.

ANTOINE.--L�pide, ne nous privez pas de votre compagnie.

L�PIDE.--Noble Antoine, les infirmit�s m�mes ne me retiendraient pas.

(Fanfares; Antoine, C�sar, L�pide sortent.)

M�C�NE.--Soyez le bienvenu d'�gypte, seigneur �nobarbus.

�NOBARBUS.--Seconde moiti� du coeur de C�sar, digne M�c�ne!--Mon
honorable ami Agrippa!

AGRIPPA.--Bon �nobarbus!

M�C�NE.--Nous devons �tre joyeux, en voyant tout si heureusement
termin�.--Vous vous �tes bien trouv� en �gypte?

�NOBARBUS.--Oui, M�c�ne. Nous dormions tant que le jour durait, et nous
passions les nuits � boire jusqu'� la pointe du jour.

M�C�NE.--Huit sangliers r�tis pour un d�jeuner[15]! et douze convives
seulement! Le fait est-il vrai?

[Note 15: On peut voir dans Plutarque quel �tait le luxe des repas
d'Antoine.]

�NOBARBUS.--Ce n'�tait l� qu'une mouche pour un aigle; nous avions, dans
nos festins, bien d'autres plats monstrueux et dignes d'�tre remarqu�s.

M�C�NE.--C'est une reine bien magnifique, si la renomm�e dit vrai.

�NOBARBUS.--D�s sa premi�re entrevue avec Marc-Antoine sur le fleuve
Cydnus, elle a pris son coeur dans ses filets.

AGRIPPA.--En effet, c'est sur ce fleuve qu'elle s'est offerte � ses
yeux, si celui qui m'en a fait le r�cit n'a pas invent�.

�NOBARBUS.--Je vais vous raconter cette entrevue:

La gal�re o� elle �tait assise, ainsi qu'un tr�ne �clatant, semblait
br�ler sur les eaux. La poupe �tait d'or massif, les voiles de pourpre,
et si parfum�es, que les vents venaient s'y jouer avec amour. Les rames
d'argent frappaient l'onde en cadence au son des fl�tes, et les flots
amoureux se pressaient � l'envie � la suite du vaisseau. Pour Cl�op�tre,
il n'est point d'expression qui puisse la peindre. Couch�e sous un
pavillon de tissu d'or, elle effa�ait cette V�nus fameuse o� nous voyons
l'imagination surpasser la nature; � ses c�t�s �taient assis de jeunes
et beaux enfants, comme un groupe de riants amours, qui agitaient des
�ventails de couleurs vari�es, dont le vent semblait colorer les joues
d�licates qu'ils rafra�chissaient comme s'ils eussent produit cette
chaleur qu'ils diminuaient.

AGRIPPA.--O spectacle admirable pour Antoine!...

�NOBARBUS.--Ses femmes, comme autant de N�r�ides et de Sir�nes,
cherchaient � deviner ses ordres dans ses regards et s'inclinaient avec
gr�ce. Une d'elles, telle qu'une vraie sir�ne, assise au gouvernail,
dirige le vaisseau: les cordages de soie ob�issent � ces mains douces
comme les fleurs, qui manoeuvrent avec dext�rit�. Du sein de la gal�re
s'exhalent d'invisibles parfums qui frappent les sens, sur les quais
adjacents. La ville envoie tous ses habitants au-devant d'elle: Antoine,
assis sur un tr�ne au milieu de la place publique, est rest� seul,
haranguant l'air, qui, sans son horreur pour le vide, e�t aussi �t�
contempler Cl�op�tre et e�t abandonn� sa place dans la nature.

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 13th Jan 2026, 10:24