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Page 65
[Note 339: _V._ The American Museum, in-8�, t. IV, Philadelphie 1788,
p. 161; et t. IX, 1791, p. l92 et suiv.]
Des hommes qui ne consultent que leur bon sens, et qui n'ont pas suivi
les discussions relatives aux colonies, douteront peut-�tre qu'on ait
pu ravaler les N�gres au rang des brutes, et mettre en probl�me leur
capacit� intellectuelle et morale. Cependant cette doctrine, aussi
absurde qu'abominable, est insinu�e ou profess�e dans une foule
d'�crits. Sans contredit les N�gres, en g�n�ral, joignent � l'ignorance
des pr�jug�s ridicules, des vices grossiers, surtout les vices inh�rens
aux esclaves de toute esp�ce, de toute couleur. Fran�ais, Anglais,
Hollandais, que seriez-vous, si vous aviez �t� plac�s dans les m�mes
circonstances? Je maintiens que parmi les erreurs les plus stupides, et
les crimes les plus hideux, il n'en est pas un que vous ayez droit de
leur reprocher.
Long-temps en Europe, sous des formes vari�es, les Blancs ont fait
la traite des Blancs; peut-on caract�riser autrement la _presse_ en
Angleterre, la conduite des _vendeurs d'ames_ en Hollande, celle des
princes allemands qui vendoient leurs r�gimens pour les colonies? Mais
si jamais les N�gres, brisant leurs fers, venoient (ce qu'� Dieu ne
plaise), sur les c�tes europ�ennes, arracher des Blancs des deux sexes �
leurs familles, les encha�ner, les conduire en Afrique, les marquer d'un
fer rouge; si ces Blancs vol�s, vendus, achet�s par le crime, plac�s
sous la surveillance de g�reurs impitoyables, �toient sans rel�che
forc�s, � coups de fouet, au travail, sous un climat funeste � leur
sant�, o� ils n'auroient d'autre consolation � la fin de chaque jour que
d'avoir fait un pas de plus vers le tombeau, d'autre perspective que de
souffrir et de mourir dans les angoisses du d�sespoir; si, vou�s � la
mis�re, � l'ignominie, ils �toient exclus de tous les avantages de la
soci�t�; s'ils �toient d�clar�s l�galement incapables de toute action
juridique, et si leur t�moignage n'�toit pas m�me admis contre la classe
noire; si, comme les esclaves de Batavia, ces Blancs, esclaves �
leur tour, n'avoient pas la permission de porter des chaussures; si,
repouss�s m�me des trottoirs, ils �toient r�duits � se confondre avec
les animaux au milieu des rues; si l'on s'abonnoit pour les fouetter en
masse, et pour enduire de poivre et de sel leurs dos ensanglant�s, afin
de pr�venir la gangr�ne; si en les tuant on en �toit quitte pour une
somme modique, comme aux Barbades et � Surinam; si l'on mettoit � prix
la t�te de ceux qui se seroient, par la fuite, soustraits � l'esclavage;
si contre les fuyards on dirigeoit des meutes de chiens form�s tout
expr�s au carnage; si blasph�mant la divinit�, les Noirs pr�tendoient,
par l'organe de leurs Marabouts, faire intervenir le ciel pour pr�cher
aux Blancs l'ob�issance passive et la r�signation; si des pamphl�taires
cupides et gag�s discr�ditaient la libert�, en disant qu'elle n'est
qu'une _abstraction_ (actuellement telle est la mode chez une nation qui
n'a que des modes); s'ils imprimoient que l'on exerce contre les Blancs
_r�volt�s, rebelles_, de justes repr�sailles, et que d'ailleurs les
esclaves blancs sont heureux, plus heureux que les paysans au sein
de l'Afrique; en un mot, si tous les prestiges de la ruse et de la
calomnie, toute l'�nergie de la force, toutes les fureurs de l'avarice,
toutes les inventions de la f�rocit� �toient dirig�es contre vous par
une coalition d'�tres � figure humaine, aux yeux desquels la justice
n'est rien, parce que l'argent est tout; quels cris d'horreur
retentiroient dans nos contr�es! Pour l'exprimer, on demanderoit � notre
langue de nouvelles �pith�tes; une foule d'�crivains s'�puiseraient en
dol�ances �loquentes, pourvu toutefois que n'ayant rien � craindre, il y
e�t pour eux quelque chose � gagner.
Europ�ens, prenez l'inverse de cette hypoth�se, et voyez ce que vous
�tes.
Depuis trois si�cles, les tigres et les panth�res sont moins redoutables
que vous pour l'Afrique. Depuis trois si�cles, l'Europe, qui se dit
chr�tienne et civilis�e, torture sans piti�, sans rel�che, en Am�rique
et en Afrique, des peuples qu'elle appelle sauvages et barbares. Elle
a port� chez eux la crapule, la d�solation et l'oubli de tous les
sentimens de la nature, pour se procurer de l'indigo, du sucre, du caf�.
L'Afrique ne respire pas m�me quand les potentats sont aux prises pour
se d�chirer; non, je le r�p�te, il n'est pas un vice, pas un genre de
sc�l�ratesse dont l'Europe ne soit coupable envers les N�gres, et dont
elle ne leur ait donn� l'exemple. Dieu vengeur, suspens ta foudre,
�puise ta mis�ricorde en lui donnant le temps et le courage de r�parer,
s'il est possible, ses scandales et ses atrocit�s.
Je m'�tois impos� le devoir de prouver que les N�gres sont capables de
vertus et de talens; je l'ai �tabli par le raisonnement, plus encore
par les faits; ces faits n'annoncent pas des d�couvertes sublimes; ces
ouvrages ne sont pas des chefs-d'oeuvres; mais ils sont des argumens
sans r�plique contre les d�tracteurs des N�gres. Je ne dirai pas avec
Helv�tius que chacun en naissant apporte d'�gales dispositions, et que
l'homme n'est que le produit de son �ducation; mais cette assertion,
fausse dans sa g�n�ralit�, est vraie � bien des �gards. Un concours
d'heureuses circonstances d�veloppa le g�nie de Copernic, de Galil�e, de
Leibnitz et de Newton; des circonstances f�cheuses ont peut-�tre emp�ch�
d'�clore des g�nies qui les auroient surpass�s; chaque pays a sa B�otie,
mais en g�n�ral on peut dire que le vice et la vertu, l'esprit et la
sottise, le g�nie et l'ineptie appartiennent � toute sorte de contr�es,
de nations, de cr�nes et de couleurs.
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