De la littérature des nègres, ou Recherches sur leurs facultés intellectuelles, leurs qualités m


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 66

Pour comparer des peuples, il faut les placer dans les m�mes
conjonctures; et quelle parit� peut s'�tablir entre les Blancs, �clair�s
des lumi�res du christianisme qui m�ne presque toutes les autres � sa
suite, enrichis des d�couvertes, entour�s de l'instruction de tous les
si�cles, stimul�s par tous les moyens d'encouragement; et d'autre part,
les Noirs priv�s de tous ces avantages, vou�s � l'oppression, � la
mis�re? Si aucun d'eux n'avoit fait preuve de talens, on n'auroit pas
lieu d'en �tre surpris; ce qu'il y a vraiment d'�tonnant, c'est qu'un
si grand nombre en ayent manifest�. Que seroient-ils donc si, rendus �
toute la dignit� d'hommes libres, ils occupoient le rang que la nature
leur assigne, et que la tyrannie leur refuse?

Souvent en politique les r�volutions brusques, � raison des d�sastres
qu'elles entra�nent, peuvent s'assimiler aux grandes convulsions de la
nature. De la part des planteurs, c'est encore une nouvelle imposture
d'avoir confondu la question de l'�mancipation avec celle de la traite,
d'avoir d�bit� que les amis des Noirs vouloient un affranchissement
subit et g�n�ral. Ils opinoient pour une marche progressive qui
op�reroit le bien sans secousse; tel �toit l'avis de l'auteur de cet
ouvrage, lorsque dans un �crit adress� aux N�gres et Mul�tres libres, et
qui lui a valu tant d'injures, il annon�oit (et il l'annonce encore),
qu'un jour sur les rivages des Antilles, le soleil n'�clairera plus que
des hommes libres, et que les rayons de l'astre qui r�pand la lumi�re
ne tomberont plus sur des fers et des esclaves[340]; mais les planteurs
fran�ais ont repouss� avec acharnement tous les d�crets par lesquels
l'assembl�e constituante vouloit _graduellement_ amener des r�formes
salutaires; leur orgueil a perdu pour eux les colonies du _nouveau
Monde_, qui ne fleuriront jamais, dit Le Genty, que sous les auspices de
la libert� personnelle; le trafic r�voltant que l'homme ose y faire de
son semblable, ne les conduira jamais � une prosp�rit� constante...


[Note 340: _V._ Lettre aux citoyens de couleur et N�gres libres,
in-8�, Paris 1791, p. 12.]

Ce continent am�ricain, asile de la libert�, s'achemine vers un ordre
de choses qui sera commun aux Antilles, et dont toutes les puissances
combin�es ne pourront arr�ter le cours. Les N�gres r�int�gr�s dans leurs
droits, par la marche irr�sistible des �v�nemens, seront dispens�s de
toute reconnoissance envers ces colons, auxquels il eut �t� �galement
facile et utile de s'en faire aimer.

Le travail � la t�che, dont on reconnoit d�j� l'utilit� au Br�sil et �
Bahamas, l'introduction de la charrue pour les cultures � la Jama�que,
justifi�e par des succ�s[341], suffiroient pour renverser ou modifier le
syst�me colonial. Cette r�volution aura un mouvement acc�l�r�, lorsque
l'industrie et la politique, connoissant mieux leurs rapports mutuels,
appelleront autour d'elles, dans les colonies, les pompes � feu, et
tous les moyens m�caniques � l'aide desquels on abr�ge le travail, on
facilite les manipulations; lorsqu'une nation �nergique et puissante,
� laquelle tout pr�sage de hautes destin�es, �tendant ses bras sur les
deux Oc�ans Atlantique et Pacifique, �lancera ses vaisseaux de l'un �
l'autre, par une route abr�g�e, soit en coupant l'isthme de Panama,
soit en formant un canal de communication, comme on l'a propos�, par
la rivi�re Saint-Jean et le lac de Nicaragua; elle changera la face du
monde commercial, et la face des empires. Qui sait si l'Am�rique ne se
vengera pas alors des outrages qu'elle a re�us, et si notre vieille
Europe, plac�e dans un rang de puissance subalterne, ne deviendra pas
une colonie du nouveau Monde?

[Note 341: V. _Dallas_, t. I, p. 4. _Barr�-Saint-Venant_ propose
�galement l'introduction de la charrue dans nos colonies.]

Il n'y a d'utile et de durable que ce qui est juste; aucune loi �man�e
de la nature ne place un homme dans la d�pendance d'un autre, et toutes
les loix que la raison d�savoue, sont par l� m�me frapp�s de nullit�.
Chacun apporte, en naissant, son titre � la libert�[342]; les
conventions sociales en ont circonscrit l'usage, mais la limite doit
�tre la m�me pour tous les membres de la cit�, quelles que soient leur
origine, leur couleur, leur religion. Si vous avez droit de rendre un
autre homme esclave, disoit _Price_, il a droit de vous rendre esclave;
et si l'on n'a pas droit de le vendre, personne n'a le droit de
l'acheter.

[Note 342: _Le Genty_.]

Puissent les nations europ�ennes expier enfin leurs crimes envers les
Africains! Puissent les Africains, relevant leurs fronts humili�s,
donner l'essor � toutes leurs facult�s, ne rivaliser avec les Blancs
qu'en talens et en vertus, oublier les forfaits de leurs pers�cuteurs,
ne s'en venger que par des bienfaits, et dans les effusions de la
tendresse fraternelle, go�ter enfin la libert� et le bonheur! D�t-on
ici bas n'avoir que r�v� ces avantages pour soi-m�me, il est du moins
consolant d'emporter au tombeau la certitude, qu'on a travaill� de
toutes ses forces � les procurer aux autres.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Sat 17th Jan 2026, 20:59