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Page 45
La France eut jadis ses Trouv�res et ses Troubadours, comme l'Allemagne
ses _Min-Singer,_ et l'�cosse ses _Minstrells._ Les N�gres ont les
leurs, nomm�s _Griots,_ qui vont aussi chez les rois faire ce qu'on fait
dans toutes les cours, louer et mentir avec esprit. Leurs femmes,
les _Griotes,_ font � peu pr�s le m�tier des _Alm�es_ en �gypte, des
_Bayad�res_ dans l'Inde[263]. C'est un trait de conformit� de plus avec
les femmes voyageuses des Troubadours. Mais ces _Trouv�res,_ ces
_Min-Singer,_ ces _Minstrells_ furent les devanciers de Malherbe,
Corneille, Racine, Shakespeare, Pope, Gesner, Klopstok, etc. Dans tout
pays le g�nie est l'�tincelle rec�l�e dans le sein du caillou; d�s
qu'elle est frapp�e par l'acier, elle s'empresse de jaillir.
[Note 263: V. _Golberry,_ ibid.]
Au seizi�me si�cle, Louise Labb�, de Lyon, surnomm�e _la belle
Cordi�re,_ par allusion � l'�tat de son mari.
Au dix-septi�me si�cle, Billaut, surnomm� ma�tre Adam, menuisier �
Nevers.
Hubert Pott, simple journalier en Hollande; Beronicius, ramoneur de
chemin�es dans le m�me pays, avoient pr�sent� le ph�nom�ne du talent
po�tique uni � des professions qui repoussent commun�ment l'id�e d'un
esprit cultiv�; le go�t le plus s�v�re les maintient au Parnasse,
quoiqu'il ne leur assigne pas les premi�res places. Le voyageur Pratt
proclame Hubert Pott le p�re de la po�sie �l�giaque en Hollande[264]; et
dans l'�dition donn�e � Middelbourg des Oeuvres de Beronicius, l'estampe
plac�e au frontispice repr�sente Apollon couronnant de lauriers le po�te
ramoneur[265].
[Note 264: V. _Pratt,_ t. II, p. 208.]
[Note 265: _Beronicius_ a fait des po�sies latines; son po�me en deux
livres, intitul�: _Georgarchontomachia,_ ou Combat des paysans et des
grands, a �t� traduit en vers hollandais, et le tout a �t� r�imprim�
in-8�, � Middelbourg, en 1766.]
De nos jours, un domestique de Glats, en Sil�sie, s'est fait remarquer
par ses romans[266]. Bloomfield, valet de charrue, a publi� des po�sies
imprim�es plusieurs fois, et dont une partie a �t� traduite dans notre
langue[267]. Greensted, servante � Maidstone, et une simple laiti�re de
Bristol, Anne Yearsley, se sont plac�es au rang des po�tes. Les malheurs
des N�gres ont �t� l'objet des chants de cette derni�re, dont les
oeuvres ont eu quatre �ditions. De m�me on a vu quelques-uns de ces
Africains, que l'iniquit� voue au m�pris, franchir tous les obstacles
que cette situation leur opposoit, et cultiver leur raison. Plusieurs
sont entr�s comme �crivains dans la carri�re litt�raire.
[Note 266: _V._ La Prusse litt�raire, par _Denina,_ article Peyneman.]
[Note 267: _V._ Contes et Chansons champ�tres, par _Robert
Bloomfield,_ traduit par _de La Vaisse,_ in-8�, Paris 1802.]
Lorsqu'en 1787, Toderini publia trois volumes sur la litt�rature des
Turcs[268], beaucoup de personnes qui doutoient s'ils en avoient
une, furent �tonn�es d'apprendre que Constantinople poss�de treize
biblioth�ques publiques. La surprise sera-t-elle moindre � l'annonce
d'ouvrages compos�s par des N�gres et des Mul�tres? Parmi ceux-ci, je
pourrois nommer Castaing, qui a montr� du talent po�tique, ses pi�ces
ornent divers recueils; Barbaud-Royer, Boisrond, l'auteur du _Pr�cis des
G�missemens des Sang-m�l�s_[269], Milscent, qui dans un de ses �crits
a pris le nom de Michel Mina, tous Mul�tres des Antilles; et Julien
Raymond, �galement Mul�tre, associ� de la classe des sciences morales et
politiques de l'Institut, pour la section de l�gislation. Sans avoir la
pr�tention de justifier en tout la conduite de Raymond, on peut louer
l'�nergie avec laquelle il a d�fendu les hommes de couleur et N�gres
libres. Il a publi� une foule d'opuscules, dont la collection importante
pour l'histoire de Saint-Domingue, peut servir d'antidote aux impostures
d�bit�es par des colons[270].
[Note 268: Litteratura torchesca d'all 'abate Giambatista Toderini, 3
vol. in-8�, Venezia 1787.]
[Note 269: Par _P.M.C._ Sang-m�l�, in-8�, chez _Baudoin_.]
[Note 270: _V_. surtout, la v�ritable origine des troubles de
Saint-Domingue, par _Raymond_.]
J'aurois pu nommer la N�gresse Belinda, n�e dans une contr�e charmante
de l'Afrique; elle y fut vol�e � douze ans, et vendue en Am�rique.
Quoique pendant quarante ans j'aye servi, dit-elle, chez un colonel, mes
travaux ne m'ont obtenu aucun soulagement; �g�e de soixante-dix ans, je
n'ai pas encore joui des bienfaits de la cr�ation. Avec ma fille, je
tra�ne le reste de mes jours dans l'esclavage et la mis�re; pour elle et
pour moi, je demande enfin la libert�. Telle est la substance du m�moire
qu'elle adressa, en 1782, � la l�gislature de Massachusetts. Les auteurs
de l'_American Museum_[271] ont recueilli cette pi�ce �crite sans art,
mais dict�e par l'�loquence de la douleur, et par l� m�me plus propre �
�mouvoir les coeurs.
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