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Page 34
TIMON.--Si je te ressemblais, je renoncerais � moi-m�me.
AP�MANTUS.--Tu as renonc� � toi-m�me en restant tel que tu �tais, jadis
extravagant, sot aujourd'hui.--Quoi! attends-tu que cet air froid,
brusque chambellan, te vienne rev�tir d'une chemise chaude? Ces
arbres moussus, et plus vieux que l'aigle, suivront-ils tes pas, et
bondiront-ils sur ton signe? L'onde du froid ruisseau recouvert de glace
pr�parera-t-elle ton repas du matin pour r�parer tes exc�s de la nuit?
Appelle toutes les cr�atures qui vivent expos�es � l'incl�mence de
l'air; ces arbres dont les troncs nus et sans abri, en butte au choc des
�l�ments, ne r�pondent qu'� la nature; dis-leur de te flatter.--Oh! tu
trouveras....
TIMON.--Un fou en toi: va-t'en.
AP�MANTUS.--Je t'aime plus maintenant que je n'ai jamais fait.
TIMON.--Et moi, je te hais davantage.
AP�MANTUS.--Pourquoi?
TIMON.--Tu flattes la mis�re.
AP�MANTUS.--Je ne flatte pas; je te dis seulement que tu es un pendard.
TIMON.--Pourquoi m'es-tu venu chercher?
AP�MANTUS.--Pour te vexer.
TIMON.--C'est toujours le r�le d'un l�che ou d'un fou: te plais-tu dans
ce r�le?
AP�MANTUS.--Oui.
TIMON.--Quoi, tu es aussi un coquin?
AP�MANTUS.--Si tu avais adopt� ce genre de vie sauvage pour ch�tier ton
orgueil, � la bonne heure; mais tu ne l'as fait que par force. Tu serais
un courtisan, si tu n'�tais pas un gueux.--L'indigence volontaire survit
� une opulence inqui�te et arrive plus t�t au comble de ses d�sirs.
L'une les remplit sans cesse et ne les compl�te jamais, l'autre est
toujours satisfaite. La fortune la plus brillante, sans contentement,
est un �tat de peine et de mis�re, pire que ce qu'il y a de pis avec le
contentement. Tu devrais d�sirer de mourir, puisque tu es mis�rable.
TIMON.--Non par la sentence de celui qui est plus mis�rable que moi. Tu
es un esclave que jamais la fortune ne pressa avec faveur dans ses bras
caressants; tu es n� comme un chien. Si tu avais, comme moi, d�s ton
berceau, pass� successivement par toutes les douceurs que ce monde
de passage prodigue � ceux qui peuvent librement jouir de toutes
ses drogues assoupissantes, tu te serais plong� tout entier dans la
d�bauche; ta jeunesse se serait us�e dans tous les rendez-vous de la
volupt�, tu n'aurais jamais appris les froids pr�ceptes de l'ob�issance
aux lois, tu aurais suivi le jeu sucr� qui t'�tait offert.--Mais moi,
qui avais le monde entier pour confiseur, je r�gnais sur la bouche, la
langue, le coeur et les yeux de plus de serviteurs que je n'en pouvais
employer; ils �taient attach�s � moi comme les feuilles innombrables le
sont au ch�ne: mais le souffle d'un seul hiver les a fait tomber des
rameaux, et m'a expos� nu � toutes les fureurs de la temp�te. Ce n'est
pas sans quelque peine que je supporte ceci, moi, qui n'ai connu jamais
que le bonheur; mais toi, ton existence a commenc� dans la souffrance,
et le temps t'a endurci. Pourquoi ha�rais-tu les hommes? Ils ne t'ont
pas flatt�. Quels dons leur as-tu faits? Va, si tu veux maudire, maudis
ton p�re; ce pauvre mis�rable qui, dans son d�pit, s'unit � quelque
malheureuse errante, et forma en toi un pauvre mis�rable h�r�ditaire.
--Hors d'ici, va-t'en; si tu n'�tais pas n� le pire des hommes, tu
aurais �t� un fripon et un flatteur.
AP�MANTUS.--As-tu encore de l'orgueil?
TIMON.--Oui, j'en ai de ne pas �tre toi.
AP�MANTUS.--Et moi de n'avoir pas �t� un prodigue!
TIMON.--Et moi d'en �tre encore un � pr�sent. Si tout ce que je
poss�de �tait renferm� en toi, je te permettrais d'aller te pendre;
va-t'en.--Que la vie d'Ath�nes enti�re n'est-elle dans cette racine! je
la d�vorerais ainsi!
(Il mange une racine.)
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