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Page 43
(Entrent Dogberry, Verges, avec Conrad et Borachio conduits par la
garde.)
CLAUDIO.--C'est alors un g�ant devant un singe; mais aussi un singe est
un docteur pr�s d'un tel homme.
DON P�DRE.--Arr�tez! laissons-le.--R�veille-toi, mon coeur, et sois
s�rieux. Ne nous a-t-il pas dit que mon fr�re s'�tait enfui?
DOGBERRY.--Allons, venez ��, monsieur. Si la justice ne vient pas � bout
de vous r�duire, elle n'aura plus jamais de raisons � peser dans sa
balance; oui, et comme vous �tes un hypocrite fieff�, il faut veiller
sur vous.
DON P�DRE.--Que vois-je? deux hommes de mon fr�re, garrott�s! Et
Borachio en est un!
CLAUDIO.--Faites-vous instruire, seigneur, de la nature de leur faute.
DON P�DRE.--Constable, quelle faute ont commise ces deux hommes?
DOGBERRY.--Vraiment, ils ont commis un faux rapport; de plus, ils ont
dit des mensonges; en second lieu, ce sont des calomniateurs; et pour
sixi�me et dernier d�lit, ils ont noirci la r�putation d'une dame;
troisi�mement, ils ont d�clar� des choses injustes; et pour conclure, ce
sont de fieff�s menteurs.
DON P�DRE.--D'abord, je vous demande ce qu'ils ont fait; troisi�mement,
je vous demande quelle est leur offense; en sixi�me et dernier lieu,
pourquoi ils sont prisonniers, et pour conclusion, ce dont vous les
accusez.
CLAUDIO.--Fort bien raisonn�, seigneur! et suivant sa propre division;
sur ma conscience, voil� une question bien retourn�e.
DON P�DRE.--Messieurs, qui avez-vous offens�, pour �tre ainsi garrott�s
et tenus d'en r�pondre? Ce savant constable est trop fin pour qu'on le
comprenne, quel est votre d�lit?
BORACHIO.--Noble prince, ne permettez pas qu'on me conduise plus loin
pour subir mon interrogatoire; entendez-moi vous-m�me; et qu'ensuite
le comte me tue. J'ai abus� vos yeux, et ce que n'a pu d�couvrir votre
prudence, ces imb�ciles l'ont relev� � la lumi�re. Ce sont eux qui, dans
l'ombre de la nuit, m'ont entendu avouer � cet homme, comment don Juan,
votre fr�re, m'avait engag� � calomnier la signora H�ro; comment vous
aviez �t� conduits dans le verger, et m'aviez vu faire ma cour �
Marguerite, v�tue des habits d'H�ro; enfin comment vous l'aviez
d�shonor�e au moment o� vous deviez l'�pouser. Ils ont fait un rapport
de toute ma trahison; et j'aime mieux le sceller par ma mort que
d'en r�p�ter les d�tails � ma honte. La dame est morte sur la fausse
accusation tram�e par moi et par mon ma�tre; et bref, je ne demande
autre chose que le salaire d� � un mis�rable.
DON P�DRE.--Chacune de ces paroles ne court-elle pas dans votre sang
comme de l'acier?
CLAUDIO.--J'avalais du poison pendant qu'il les prof�rait.
DON P�DRE, _� Borachio_.--Mais est-ce mon fr�re qui t'a incit� � ceci?
BORACHIO.--Oui, seigneur; et il m'a richement pay� pour l'accomplir.
DON P�DRE.--C'est un compos� de trahison et de perfidie!--Et il s'est
enfui apr�s cette sc�l�ratesse!
CLAUDIO.--Douce H�ro! Ton image revient se pr�senter � moi, sous les
traits c�lestes qui me l'avaient fait aimer d'abord!
DOGBERRY, _� la garde_.--Allons, ramenez les plaignants; notre
sacristain, � l'heure qu'il est, a _r�form�_ le seigneur L�onato de
l'affaire.--Et, n'oubliez pas, camarades, de faire mention, en temps et
lieu, que je _suis un �ne_.
VERGES.--Voyez, voici venir le seigneur L�onato, et le sacristain aussi.
(L�onato revient avec Antonio et le sacristain.)
L�ONATO.--Quel est le mis�rable?.... Faites-moi voir ses yeux, afin que,
lorsque j'apercevrai un homme qui lui ressemble, je puisse l'�viter;
lequel est-ce d'entre eux?
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