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Page 33
L�ONATO.--J'ose r�pondre pour lui; aucun.
CLAUDIO.--Que n'osent point les hommes? Que ne font les hommes, que ne
font les hommes chaque jour, sans se douter de ce qu'ils font?
B�N�DICK.--Quoi! des exclamations! Comment donc, ce sont des
exclamations de rire, comme ah! ah! ah!
CLAUDIO.--Pr�tre, arr�tez.--P�re, avec votre permission, me donnez-vous
cette vierge, votre fille d'une volont� libre et sans contrainte?
L�ONATO.--Aussi librement, mon fils, que Dieu me l'a donn�e.
CLAUDIO.--Et qu'ai-je en retour, moi, � vous offrir, qui puisse �galer
ce don riche et pr�cieux?
DON P�DRE.--Rien, � moins que vous ne la rendiez � son p�re.
CLAUDIO.--Cher prince, vous m'enseignez une noble gratitude. Tenez,
L�onato, reprenez-la, ne donnez point � votre ami cette orange g�t�e;
elle n'est que l'enseigne et le masque de l'honneur. Voyez-la rougir
comme une vierge! Oh! de quelle imposante apparence de v�rit� le vice
perfide sait se couvrir! Cette rougeur ne semble-t-elle pas un modeste
t�moin qui atteste la simplicit� de l'innocence? Vous tous qui la voyez,
ne jureriez-vous pas � ces indices ext�rieurs, qu'elle est vierge? mais
elle ne l'est pas; elle conna�t la chaleur d'une couche de d�bauche, sa
rougeur prouve sa honte et non sa modestie.
L�ONATO.--Que pr�tendez-vous, seigneur?
CLAUDIO.--N'�tre pas mari�, ne pas unir mon �me � une prostitu�e av�r�e!
L�ONATO.--Cher seigneur, si l'ayant �prouv�e vous-m�me, vous avez vaincu
les r�sistances de sa jeunesse, et triomph� de sa virginit�...
CLAUDIO.--Je vois ce que vous voudriez dire.--Si je l'ai connue, me
direz-vous, elle m'embrassait comme son mari; et vous att�nueriez par-l�
sa faiblesse anticip�e.--Non, L�onato, je ne l'ai jamais tent�e par un
mot trop libre. Comme un fr�re aupr�s de sa soeur, je lui montrais une
sinc�rit� timide et un amour d�cent.
H�RO.--Et vous ai-je jamais montr� une apparence contraire?
CLAUDIO.--Maudite soit votre apparence! je m'inscris en faux contre
elle. Vous me semblez telle que Diane dans son orbe, chaste comme le
bouton avant d'�tre �panoui; mais vous avez un sang plus impudique que
celui de V�nus ou celui de ces cr�atures lascives qui l'abandonnent �
une brutale sensualit�.
H�RO.--Monseigneur se porte-t-il bien qu'il tienne des discours si
extravagants?
L�ONATO.--G�n�reux prince, pourquoi ne parlez-vous pas?
DON P�DRE.--Que pourrai-je dire? Je reste d�shonor� par les soins que
j'ai pris pour unir mon digne ami � une vile courtisane.
L�ONATO.--Dit-on r�ellement ces choses, ou est-ce que je r�ve?
DON JUAN,--On le dit, seigneur, et elles sont vraies.
B�N�DICK.--Ceci n'a pas l'air d'une noce.
H�RO.--Vraies! � Dieu!
CLAUDIO.--L�onato, suis-je debout ici? Est-ce l� le prince? Est-ce l� le
fr�re du prince? Ce front est-il celui d'H�ro? Nos yeux sont-ils � nous?
L�ONATO.--Oui sans doute; mais qu'en r�sulte-t-il, seigneur?
CLAUDIO.--Laissez-moi adresser une seule question � votre fille, et par
ce pouvoir paternel que la nature vous donne sur elle, commandez-lui de
r�pondre avec v�rit�.
L�ONATO.--Je te l'ordonne comme tu es mon enfant.
H�RO.--O Dieu, d�fendez-moi! Comme je suis assi�g�e! A quel
interrogatoire suis-je donc soumise?
CLAUDIO.--A r�pondre fid�lement au nom que vous portez.
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