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Page 8
-- Pauvres enfants! remarqua la grosse fille. Ils s'embrassent
comme des amoureux...
-- Ils s'aimaient bien! murmura Kehlmark comme s'il e�t dit
_amen._ Et il entra�na plus loin sa compagne. Comme elle
constatait na�vement la profusion de statues et d'acad�mies
d'hommes parmi les tableaux et les marbres: �En effet, ce sont des
machines comme il s'en trouve � Upperzyde et dans d'autres
mus�es!... Cela meuble! Faute de mod�les je travaille d'apr�s
cela!� r�pliqua Kehlmark, et cette fois d'un ton indiff�rent,
contrefaisant, aurait-on dit, les intonations profanes de ceux
qu'il pilotait.
Moquait-il ses invit�s ou se surveillait-il lui-m�me?
Selon la mode villageoise, on s'�tait mis � table � midi.
Il �tait neuf heures et le soir tombait.
Tout � coup on entendit sonner et ronfler des cuivres.
Des torches se rapproch�rent avec des rythmes de s�r�nades
foraines et projet�rent, dans la p�nombre des salons, un
rougeoiement d'aurore bor�ale.
III
-- Qu'est cela? une trahison, un guet-apens! se r�cria Kehlmark en
prenant un air intrigu�.
-- Nos jeunes gens de la Ghilde de Sainte-C�cile, notre
�harmonie�, qui viennent vous souhaiter la bienvenue, monsieur le
comte! annon�a c�r�monieusement le fermier des P�lerins.
Les yeux de Kehlmark brill�rent d'un feu oblique: �Une autre fois,
je vous montrerai mon atelier... Allons les recevoir!� dit-il, en
rebroussant chemin et en se h�tant de descendre l'escalier
d'honneur, heureux, semblait-il, de cette diversion contre
laquelle pestait int�rieurement la rus�e Claudie.
Les Govaertz et les autres invit�s le suivirent en bas dans la
vaste orangerie dont on avait ouvert sur l'ordre de la toujours
invisible Blandine, les larges portes vitr�es.
Les musiciens de la Ghilde se sont form�s en demi-cercle au pied
du perron.
Ils soufflent � pleins poumons dans les tubes � larges pavillons
et mart�lent en conscience la peau d'�ne des caisses.
Tous portaient, � quelques variantes pr�s, le costume pittoresque
des gars du pays. Chez beaucoup, l'accoutrement, �lim� et m�me
rapi�c�, contractait plus de patine et de rago�t que les nippes
trop neuves des convives. Il y en avait de franchement d�braill�s,
sans veste, en manches de chemise, la vareuse d�gageant leur col
robuste jusqu'� la naissance des pectoraux.
C'�taient presque tous de grands et fermes gar�ons, des bruns bien
d�coupl�s, recrut�s dans toutes les castes de l'�le, dans les
fermes de Zoudbertinge aussi bien que dans les taudis de
Klaarvatsch. La Ghilde, d'essence tr�s d�mocratique, fondait les
fils de notables avec la prog�niture m�le des pillards d'�paves et
des coureurs de gr�ves.
Les plus jeunes de ces petits-fils de naufrageurs, des gamins aux
cheveux �bouriff�s, aux yeux brillants mais farouches, � la figure
brunie comme celle des anges du Guide, d�j� membrus, le pantalon
tenu par des cordes d'�toupe en guise de bretelles, et finissant
aux genoux par des d�chiquetures orn�es d'�pines et de feuilles
mortes, remplissaient, moyennant quelques deniers de pourboire,
l'office de porteurs de torches. Et sous pr�texte de raviver
l'�clat du luminaire, mais � la v�rit� pour s'amuser, � tout bout
de champ ils retournaient leurs falots et aspergeaient le sol des
langues enflamm�es de la r�sine qu'ils tr�pignaient ensuite pour
les �teindre, sans crainte de br�ler leurs pieds nus dont la
plante �tait devenue dure comme la corne.
En l'honneur du Dykgrave, la Ghilde Sainte-C�cile joua de tr�s
vieux airs du pays, qui contractaient une indicible patine
harmonique dans la ti�deur parfum�e de ce soir. Un, surtout, navra
et surprit d�licieusement Henry par sa m�lodie plaintive comme le
jusant, la rafale sur la bruy�re et les ahanements onomatopiques
des diguiers enfon�ant des pilotis. Ces manoeuvres, ou plut�t
leurs chefs d'�quipe, le chantent en effet pour donner du coeur �
leurs hommes pendant le travail. Attel�s chacun � une corde,
simultan�ment ils guindent en l'air le lourd mouton et le laissent
retomber. Les jambes se tendent, les torses se prosternent, et les
croupes se redressent en cadence. On entend aussi cet air � bord
des sloops de p�che. Des marins prennent leur instrument avec eux
et, par leurs rhapsodies et leurs bucoliques, ils trompent les
heures parfois mornes et les calmes plats du large, accordant leur
plainte et leur langueur au rythme haletant des vagues.
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