Escal-Vigor by Georges Eekhoud


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Page 11

Claudie, sautillant au bras de son p�re, lui vantait le comte de
la Digue ou plut�t sa fortune et son luxe, mais sans avouer encore
au fermier le grand projet qu'elle avait con�u.

Le petit Guidon, t�te droite, jouait sa partie avec une bravoure
inusit�e. Son bugle semblait provoquer les �toiles. Et, tout le
temps, Guidon songeait au ma�tre de l'Escal-Vigor. Dans les �chos
de sa fanfare, il esp�rait retrouver les accents de la voix
�vang�lique du Dykgrave, et c'�tait aussi un peu de son regard
profond qu'il �piait dans les t�n�bres velout�es. Bizarre
contradiction: nonobstant cet enthousiasme, le pauvret se sentait
le coeur gros, la gorge nou�e, les yeux tout dispos�s aux larmes -
- et c'�taient parfois des appels de d�tresse, des cris au
secours, que son cuivre adressait au lointain protecteur qui les
�coutait encore, non moins navr� de sympathie, bien apr�s qu'ils
se fussent �teints sous les ormes particuli�rement solennels.


IV

Blandine, la jeune femme qui donnait de l'ombrage � l'ambitieuse,
Claudie, celle que le comte avait appel�e, non sans persiflage,
l'�conome, le r�gisseur de l'Escal-Vigor, approchait de la
trenti�me ann�e. Jamais � la voir, blanche, d�licate, les allures
r�serv�es, les traits empreints d'une extr�me noblesse, la
physionomie m�lancolique et fi�re, la mise soign�e, on ne se f�t
dout� de son humble extraction.

Fille a�n�e de tout petits paysans, laitiers et mara�chers,
originaire d'une de ces rudes contr�es flamandes que se sont
partag�es la France, la Hollande et la Belgique, jusque vers sa
seizi�me ann�e elle e�t pu le disputer en formes plantureuses et
en fa�ons pataudes avec la jeune fermi�re des P�lerins! Son p�re
se remaria et, pour combler le malheur de la petiote, seule enfant
du premier lit, il mourut apr�s lui avoir donn� quantit� de fr�res
et soeurs. La mar�tre de Blandine l'exc�dait de travail et de
coups. Elle fut courageuse et sto�que, vraie b�te de somme: non
seulement elle aida sa seconde m�re dans les besognes du m�nage,
s'occupa de d�barbouiller, de veiller et de soigner ses pu�n�s,
mais elle travaillait au potager, gardait les vaches, se rendait
toutes les semaines � pied au march� de la ville, charg�e de
jarres � lait et de mannes de l�gumes.

Par la suite, souvent aux heures de solitude, pench�e sur un
ouvrage de couture, Blandine devait �voquer la contr�e natale et,
notamment, la chaumi�re paternelle.

Celle-ci s'encapuchonne de joubarbe et de mousse; les murs
effrit�s dissimulent leurs l�zardes derri�re l'enchev�trement du
ch�vre-feuille et de la vigne folle. Dans la cour, des porcs
s'�battent pr�s du fumier, entre des poules qu'ils effarent et des
pigeons blancs qui s'envolent sur le toit avec ce frou-frou
plaintif que font leurs ailes; un chien noir, � poil ras, de la
race des _spits_, � la fois gardien vigilant et solide b�te de
trait, b�ille dans sa niche et, par la chati�re ouverte dans la
porte de l'�table, s'estompent deux vaches mastiquant le tr�fle
nouveau.

Blandine se sugg�rera bien des ann�es encore, � Smaragdis, les
alentours de sa borde familiale au pays de Campine. La N�the court
non loin de l� et se livre � des m�andres buissonniers; un de ses
bras morts se perd derri�re le courtil dans les pacages
mar�cageux. Les vertes _dr�villes, _ou petites all�es d'aulnes
hirsutes et de saules gibbeux que circonviennent � la saison les
ch�vrefeuilles parfum�s, accompagnent en chaperons jaloux, la
course de la rivi�re argent�e, qui, l�-bas, aux confins du
village, fait tourner un moulin � eau pour la grande joie de la
marmaille.

L'intendante de l'Escal-Vigor se rappelle, derri�re les prairies
et les cultures, une morne �tendue de bruy�re, au milieu de
laquelle se renfle un mamelon o� des gen�vriers noirs et difformes
s'accroupissent comme un conventicule de _cabouters_, -- farfadets
de la garigue -- autour d'un h�tre isol� -- arbre si rare dans
cette r�gion, qu'un oiseau de passage dut en laisser choir la
graine.

Cet arbre miraculeux appelait �videmment une de ces petites
figurines de la Vierge, renferm�es sous verre, dans une miniature
de reposoir, que les simples appendent avec un instinct �tonnant
aux endroits les plus romantiques de leurs paroisses. Ce tertre
rappelle l'oratoire en plein air sur lequel Jeanne d'Arc �coutait
ses �voix...�

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Books | Photos | Paul Mutton | Sat 5th Apr 2025, 22:18