Contes de bord by Édouard Corbière


Main
- books.jibble.org



My Books
- IRC Hacks

Misc. Articles
- Meaning of Jibble
- M4 Su Doku
- Computer Scrapbooking
- Setting up Java
- Bootable Java
- Cookies in Java
- Dynamic Graphs
- Social Shakespeare

External Links
- Paul Mutton
- Jibble Photo Gallery
- Jibble Forums
- Google Landmarks
- Jibble Shop
- Free Books
- Intershot Ltd

books.jibble.org

Previous Page | Next Page

Page 79

--Que veux-tu? Je suis peut-�tre n� pour ne remplir qu'une obscure
vocation. Chacun son lot dans ce monde.

--Ah �a, dis-moi, mais ne va pas t'effrayer au moins de ma question, et
interpr�ter avec effroi une simple plaisanterie, dis-moi, mon ami, si je
venais � enlever ton navire, une supposition, par un moyen quelconque,
mais � te l'enlever l� d'amiti�, tout en louvoyant comme nous faisons
pour l'essayer, que dirais-tu?

--Je dirais que j'ai �t� un imb�cile.

--Je ne dirais pas le contraire non plus. Mais que penserais-tu de moi
apr�s cela?

--Je penserais.... Pardieu! que veux-tu que l'on pense d'un camarade qui
surprend votre confiance pour vous piller en vous mettant le couteau sur
la gorge?

--J'entends: tu penserais que je suis un forban, un pirate, un brigand.
Parle, va, ne te g�ne pas. J'y suis fait depuis long-temps.

�Mais si, en te _soutirant_ ton b�timent avec adresse et �l�gance, je te
proposais de prendre tout le crime sur mon compte, en te r�servant en
sous-main, bien entendu, la moiti� des b�n�fices de l'op�ration, et cela
sans alt�rer le moindrement ta r�putation d'honn�te capitaine, et en
allant m�me jusqu'� t'offrir la facilit� d'all�guer la violence pour te
justifier, que dirais-tu, voyons?

--Je ne dirais rien, attendu que jamais je ne me trouverai dans une
position semblable, et qu'il faudrait m'arracher la vie avant de
s'emparer ainsi de mon navire.

--Allons donc! r�ponds-moi mieux que cela; voyons, ne fais pas ainsi la
cruelle. Et tiens, malgr� ton air chaste et un peu irrit�, je devine,
tant je te connais, que tu ne serais pas f�ch� de te laisser faire une
douce violence, n'est-ce pas?

--Capitaine Manfredo, lui r�pondis-je pour mettre fin � cet entretien,
voulez-vous bien me faire un plaisir?

--Et lequel, mon cher coll�gue?

--Celui de vous rappeler que vous n'avez que quatre hommes � votre
disposition, et qu'en commen�ant � louvoyer ce matin, j'ai donn� l'ordre
� mon second de distribuer � chacun de mes vingt hommes un poignard bien
affil� et un pistolet charg� de deux bonnes balles.

--Tu plaisantes!

--Je dis vrai, et je parle tr�s-sinc�rement; et pour mieux vous en
convaincre, voici dans la poche de ma veste un pistolet � deux coups
qui ne m'a pas quitt�. Ainsi donc, � moi encore le droit de commander
ici.

--C'est juste. En ce cas ordonne donc, si bon te semble, � ton second,
de regagner le mouillage, car il me semble qu'� pr�sent il ne me reste
plus rien � faire � ton bord.�

Je revins jeter l'ancre au poste que j'avais quitt� le matin pour
essayer mon pauvre brick, qui risquait fort de ne pas �tre vendu. Le
capitaine Manfredo ne m'adressa plus la parole que pour me dire des
choses tr�s-insignifiantes et tout-�-fait �trang�res au march� dont il
m'avait parl� la veille. Pour lui c'�tait un coup manqu�, et pour moi un
danger �vit�.

A peine �tions-nous revenus dans la rade de Bahia, qu'il se fit mettre �
terre avec les quatre hommes que le matin j'avais laiss� embarquer �
bord � sa sollicitation. Il me quitta, le dr�le, eu me donnant un coup
sur l'�paule, et en me disant, comme � son ordinaire: �Adieu l'ami;
porte-toi bien, et moi aussi.�

Je remarquai que pendant qu'il se rendait de mon bord sur le quai, il se
tenait sur l'arri�re de l'embarcation qui le portait, et qu'il semblait
jeter encore sur mon navire des regards de regret et de convoitise. Ce
fut pour moi un avertissement de me tenir en garde contre les tentatives
que pourrait encore imaginer le pirate pour rattraper la proie qui
venait de lui �chapper.

La nuit qui suivit notre promenade sur l'eau, je fis tenir sur mon pont
la moiti� de mes hommes arm�s jusqu'aux dents. J'avais jug� prudent de
faire faire le grand quart comme en temps de guerre. L'�v�nement me
prouva que j'avais bien jug�.

Previous Page | Next Page


Books | Photos | Paul Mutton | Tue 24th Feb 2026, 5:46