Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 77

--C'est vrai; mais j'ai re�u aussi l'ordre de ne donner le navire qu'au
prix de seize mille piastres. C'est, du reste, un excellent b�timent,
sortant des chantiers, construit pour une grande marche, et qui navigue
aussi bien qu'on peut le d�sirer.

--J'ai envie d'acheter ton brick; car je te dirai avec franchise, et
entre nous seulement, que j'ai un plan en t�te. Je veux enfin faire
encore quelques petites affaires sur mer pour mon compte, et c'est un
fin voilier que je cherche. Le prix ne me fera rien, si je puis me
procurer ce que je d�sire.

--En ce cas-l�, mon cher, je pourrai faire ton affaire et la mienne.

--C'est cela, et voil� entre nous deux un march� presque termin�. Mais
cependant, malgr� toute la confiance que j'ai en toi, je sais qu'il
n'est pas de capitaine qui n'ait un faible pour le navire qu'il
commande, et, involontairement, tu pourrais bien m'avoir exag�r�
l'excellente marche et les qualit�s de ton brick, par cela seul qu'il
est ton brick.

--Mais il ne tient qu'� toi, si tu le veux, de te convaincre, autant que
possible, de la r�alit� d'une partie des qualit�s que je lui ai
trouv�es.

--En l'essayant un peu dans la baie, n'est-ce pas?

--Sans doute.

--C'est justement l� ce que je voulais te proposer. Je sais fort bien
que ce n'est pas en courant �a et l� quelques petits bords sous terre,
que l'on peut �prouver compl�tement un navire et juger exactement de ce
qu'il doit �tre � la mer; mais, n�anmoins, un marin devine bien � peu
pr�s, en _bordaillant_ pendant quelques heures, si un b�timent vire bien
ou mal de bord, s'il est facile ou difficile � gouverner, et s'il porte
ou ne porte pas la voile. Quel jour veux-tu que nous essayions ton
bateau ou plut�t notre bateau, puisque d�j� nous sommes en march�?

--Demain, si tu le veux, si la brise est bonne.

--C'est cela, demain. Le plus t�t possible est toujours le mieux avec
moi. Ainsi, c'est entendu. Demain matin, d�s que l'amante de C�phale
ouvrira en souriant les portes de l'Orient, comme disent les po�tes,
j'arrive � ton bord: nous appareillons deux minutes apr�s, et nous
faisons torcher � ton _ship_ autant de toile qu'il pourra en porter.

--C'est une affaire convenue. Tout sera pr�t pour te recevoir.�

Le reste de la soir�e se passa entre nous deux en entretiens intimes, et
je vis avec un plaisir extr�me que Mainfroy n'avait rien perdu de son
ancienne ga�t�. En nous s�parant, moi pour retourner � mon bord, et lui
pour aller coucher je ne sais o�, nous nous embrass�mes comme d�j� nous
l'avions fait, en nous retrouvant, quelques heures auparavant.

Le lendemain matin, exact au rendez-vous qu'il m'avait donn�, j'�tais �
peine lev�, que je le vis arriver � mon bord dans une grande embarcation
charg�e de provisions et mont�e de douze � quinze robustes lurons qui
m'avaient l'air d'�tre des matelots.

--Que veux-tu faire de tout ce monde-l�? lui demandai-je d�s qu'il fut
rendu assez pr�s de mon brick pour pouvoir m'entendre.

--Ce que je veux faire de tout ce monde-l�, dis-tu? Mais de quel monde
veux-tu parler?

--Pardieu! de cet �quipage complet que tu m'am�nes-l�!

--Comment! tu ne devines pas ce que je veux en faire? Je reconnais bien
� cette question ton peu de pr�voyance ordinaire. Crois-tu qu'avec le
peu d'hommes que vous avez presque toujours � bord de vos barques
marchandes l'on puisse manoeuvrer un navire ou louvoyer de mani�re �
l'essayer? J'ai trouv� sur ce port ces quelques hommes de bonne volont�,
et je leur ai pay� une journ�e de travail pour qu'ils vinssent nous
aider afin de ne pas harasser trop tes gens.

--Ce secours-l�, je t'assure, nous serait compl�tement inutile. J'ai un
�quipage assez exerc� et tr�s-nombreux qui nous suffira. Ainsi, fais-moi
le plaisir de renvoyer ces gaillards-l� � terre. Nous ferons notre
affaire tout seuls.

--Oui, mais c'est que je leur ai pay� une journ�e � ces braves gens! Il
faut au moins leur faire gagner leur argent: c'est bien la moindre des
choses.

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 24th Feb 2026, 1:51