Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 76

--Et as-tu r�ussi � satisfaire ton ambition?

--J'ai r�ussi au-del� de mes esp�rances. Pendant la guerre entre le
Mexique et l'Espagne, j'ai �t� tour � tour Mexicain pour prendre les
navires espagnols, et Espagnol pour courir sur les b�timens mexicains.
Lorsque les hostilit�s ont ensuite �clat� entre le Br�sil et
Bu�nos-Ayres, je suis devenu Br�silien contre les Bu�nos-Ayriens, et peu
de temps apr�s Bu�nos-Ayrien contre les Br�siliens, mes anciens
compagnons d'armes. Et dans ce changement de nations et de patrie, il
m'est arriv� souvent, � bord des corsaires que je commandais, de
reprendre, sous un pavillon, les navires marchands que j'avais d�j� pris
pour le compte du gouvernement que je ne servais plus. J'ai enfin, tel
que tu me vois, d�fendu ou combattu sept � huit causes diff�rentes, mais
toujours avec loyaut�. J'ai �t� naturalis� Mexicain, Colombien,
Br�silien, Bu�nos-Ayrien, Chilien et P�ruvien, sans jamais avoir abjur�
int�rieurement ma qualit� de Fran�ais. Si tous les pays ont voulu de
moi, ce n'est pas de ma faute. Je n'ai voulu sinc�rement adopter aucun
d'eux pour ma patrie. Je n'ai cherch� � m'approprier que leur argent, et
� le d�penser le plus joyeusement possible sur la terre m�me que mes
profusions avaient pour but de f�conder.

--Et la fortune que tu as cherch�e par tant de moyens et en, bravant
tant de p�rils, a second� tes voeux, il n'y a pas de doute?

--Oui, je suis tr�s-riche, mais je n'ai fait aucune �pargne. Je
m'enrichis � tout moment, � la minute, parce que j'ai toujours de
l'argent sous la main; mais je n'en prends que lorsque j'en ai besoin.

--Et de la consid�ration, tu en as acquis beaucoup � Bu�nos-Ayres, � ce
que l'on m'a assur�, du moins?

--Oui, mais de la consid�ration de Bu�nos-Ayres. L� on m'estime assez,
parce que je puis valoir, au bout du compte, un peu mieux que ceux qui
m'ont fait une r�putation. Mais ailleurs on m'a souvent regard� comme un
_�cumeur de mer_. Ce n'est pas l'embarras, j'ai assez passablement
_�cume_ les mers que j'ai parcourues depuis quelques ann�es.�

Je parlai � mon ami de femmes, de conqu�tes et de plaisirs, et de toutes
ces choses enfin qu'on n'oublie jamais � notre �ge dans les entretiens
intimes.

�Les femmes, me r�pondit-il, n'ont jamais occup� une grande place dans
mes id�es ni dans l'ordre des choses de ma vie presque �pop�tique. Je
les ai toujours regard�es comme des trouvailles agr�ables que l'on
pouvait faire en route, mais jamais comme un but ou m�me comme un moyen
d'arriver � ce but. J'en ai eu de toutes les esp�ces, et je pourrais
dire de toutes les couleurs; mais aucune d'elles, quelque s�duisante
qu'elle p�t �tre, ne m'aurait pas fait oublier dix minutes l'heure
d'aller � ce que j'appelais mon devoir. On peut cueillir �� et l� une
jolie fleur que l'on trouve sous ses pas; mais je donne comme le plus
grand fou d'entre tous les fous du globe, le monomane qui emploie toute
sa vie � cultiver une tulipe sur laquelle d'autres monomanes mettront
une somme de vingt � trente mille francs. Parlons maintenant d'autre
chose. Tu sais � pr�sent toute ma vie; tu connais ma position. Que
puis-je faire pour toi?

--Mais rien, mon bon ami, je pense.

--Je reconnais bien l� ta vieille et sinc�re amiti�. Rien! Cependant
s'il t'arrivait � la mer d'�tre rencontr� par quelque pirate, ne
serais-tu pas bien aise � avoir un laissez-passer de la main du
capitaine Manfredo? Heim! dis donc, si nous venions � nous rencontrer �
la mer tous deux, quelle bonne peur je ferais � ton �quipage, et quel
plaisir j'aurais � te prot�ger au lieu de te piller, comme souvent j'ai
�t� r�duit � le faire pour de pauvres diables de navires!

--Oui, ce serait assez dr�le. Mais, � mon tour, ne puis-je pas l'offrir
aussi quelques petits services?

--Si, ma foi. Tu peux m�me me servir plus que tu ne le penses peut-�tre.

--Et comment cela?

--Voici l'affaire:

�L'estimable Amphytryon dont nous venons de manger le d�ner, qui n'�tait
pas d�j� trop bon comme cela, M. R.... enfin, ton cosignataire � Bahia,
m'a appris que tes armateurs, en t'envoyant ici, t'avaient donn�
l'autorisation de traiter pour le joli brick que tu commandes, dans le
cas o� tu trouverais � faire un march� avantageux.

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Books | Photos | Paul Mutton | Tue 24th Feb 2026, 0:05