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Page 73
On m'avait donn� pour consignataire d'un beau navire que je conduisis �
Bahia en 1820, un excellent homme chez lequel on d�nait fort bien alors.
Un dimanche, �tant � table avec plusieurs personnes que je ne
connaissais pas, la conversation vint � rouler sur les jeunes Fran�ais
qui avaient rempli les mers de l'Am�rique du Sud du bruit de leurs
exploits flibustiers. Je ne sais comment je trouvai le moyen de placer
le nom de mon ami Mainfroy, au milieu de tous les contes que l'on
d�bitait au dessert; mais ce que je sais fort bien, c'est qu'il m'arriva
de parler en termes assez gais du caract�re et des fredaines de mon
ancien camarade. Un officier fran�ais, devenu g�n�ral bu�nos-ayrien, qui
se trouvait au nombre des convives, m'arr�ta tout court � moiti� de ma
narration pour m'adresser ces s�v�res paroles:
�Monsieur le capitaine, je connais particuli�rement la personne sur le
compte de laquelle vous vous �gayez avec un peu trop de l�g�ret�
peut-�tre. Son nom n'est pas _Mainfroy_, comme vous le dites, mais bien
Manfredo. C'est un des hommes � qui la r�publique que j'ai l'honneur de
servir doit le plus: et si, comme vous nous l'avez donn� � entendre, le
capitaine Manfredo vous fait l'honneur d'�tre un de vos amis, je ne puis
que vous en faire mon tr�s-sinc�re compliment. Je bois � sa glorieuse
sant�.�
Le ton de cette solennelle remontrance me coupa net le fil de l'histoire
que j'avais commenc�e. D�s que je me trouvai un peu remis de mon
embarras, je m'empressai, du mieux qu'il me fut possible, de
recueillir, de la bouche du g�n�ral ind�pendant, des informations sur le
compte de mon ex-coll�gue. Mais le g�n�ral se montra si r�serv� dans
toutes les r�ponses qu'il daigna faire � mes pressantes questions, que
je n'appris rien de plus que ce qu'il m'avait d�j� dit sur son compte.
Enfin, je venais de savoir que Mainfroy existait encore, qu'il s'�tait
distingu� au service de la r�publique, et qu'un jour je pourrais
peut-�tre le revoir couvert de gloire et charg� des riches d�pouilles
des ennemis qu'il avait vaincus.
Peu de jours apr�s mon singulier entretien avec le g�n�ral de
Bu�nos-Ayres, mon consignataire me convia � d�ner chez lui, avec un air
de finesse et d'espi�glerie qu'il ne mettait pas ordinairement dans les
formes de ses invitations ordinaires. �Vous rencontrerez � ma table, me
dit-il, une personne que vous ne serez pas m�content d'y voir!
--Une jolie personne, quelque dame de votre connaissance, peut-�tre?
--Oui, une fort jolie personne m�me, et que je connais depuis peu. Oh!
vous la connaissez aussi, mon gaillard.... Mais je ne puis vous en dire
davantage aujourd'hui: c'est une surprise agr�able que je vous ai
m�nag�e. A demain donc!
--A demain!�
Je crus �tre tomb� en une bonne fortune, et quoiqu'� Bahia la chose soit
assez rare, je n'attachai pas une grande importance � l'espoir flatteur
que j'aurais pu concevoir sur l'aventure du lendemain.
Je me rendis un peu tard � l'invitation du brave M. R.... Tout le monde
�tait d�j� � table, et l'on mangeait silencieusement les premiers plats
qui venaient d'�tre servis. Une place �tait vide: c'�tait la mienne, et
je m'en emparai sans que les convives levassent la t�te de dessus leur
assiette, pour remarquer mon arriv�e. Je me trouvai plac� entre le
g�n�ral que j'avais d�j� vu, et un invit� que je ne connaissais pas.
Je me disposais � manger le potage que le ma�tre de la maison venait de
me faire passer, lorsque mon voisin l'inconnu, en me regardant le visage
et en me donnant une grande tape sur l'�paule, s'�cria avec l'accent de
la surprise et de la joie:
�Et comment va mon brave et digne camarade?�
Je l�ve les yeux sur l'individu qui m'adresse ainsi la parole: c'�tait
mon ami Mainfroy.
Les t�moins de cette rencontre si impr�vue sembl�rent prendre plaisir �
nous voir nous embrasser et nous serrer l'un contre l'autre avec toutes
les marques d'une vieille et sinc�re amiti�. Mon ami s'�tait essuy� la
bouche du coin de sa serviette, pour mieux me coller sur le visage ses
l�vres encore barbouill�es de sauce. Je ne restai pas, comme on peut
bien le croire, en reste de d�monstrations de tendresse avec lui. Notre
reconnaissance fut parfaite.
�Et par quel hasard, lui demandai-je apr�s le premier coup de feu,
ai-je le bonheur de te retrouver ici, toi que pendant six � sept ans
j'ai cru mort?
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