Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 68

Une chose bien douce venait encore le consoler un peu du triste veuvage
auquel la fortune l'avait condamn�. Ses jeunes ma�tres, en le perdant,
lui avaient conserv� toute leur ancienne bienveillance. Jamais un grand
d�ner ne se donnait au poste des aspirans, sans que Faraud ne f�t
invit� � jeter un coup d'oeil sur les pr�paratifs du festin. Avec ses
conseils tout allait bien. Sans son approbation tout aurait paru aller
mal. C'�tait un vieil ami de la maison, sans lequel rien n'aurait �t�
bon, avant qu'il y e�t mis le doigt. Faraud, malgr� sa r�clusion forc�e
dans son nouveau grade, n'avait jamais cess�, au reste, d'�tre commensal
du _poste_. Il partageait, avec le personnel des serviteurs des
aspirans, tous les rares d�bris des repas ordinaires ou extraordinaires.
Outre ces petites douceurs, il recevait encore, pour les bons offices
qu'il rendait � ses ex-patrons, les vieilles paires de bottes, les vieux
habits que ceux-ci ne pouvaient plus porter. Des cadeaux fastueux, faits
� Faraud par d'autres mains que celles des aspirans, auraient r�volt� sa
dignit�; mais venant d'eux, tout lui semblait acceptable et presque
sacr�.

Tant de d�vo�ment devait un jour recevoir son prix, obtenir sa couronne,
et cette couronne fut celle du martyre.

Dans une rixe sanglante, au milieu de laquelle un de ses ma�tres
d'autrefois s'�tait vu forc� de mettre le sabre � la main pour r�sister
� l'attaque de plusieurs matelots furieux, Faraud, n'�coutant que
l'instinct de toute sa vie, se pr�cipita au-devant du coup qui mena�ait
un de ses aspirans. Le coup destin� au jeune officier alla frapper la
victime qui s'immolait pour lui. Le malheureux succomba quelques heures
apr�s que son g�n�reux sang eut �teint l'ardeur des r�volt�s, et en
expirant sur un lit d'h�pital, il fit entendre, avec l'accent d'une �me
satisfaite, ces mots touchans, que le corps des aspirans n'oubliera
jamais: _Je meurs content: j'ai sauv� l'un d'eux_!




LE FORBAN MON AMI.


Dans l'�troit logement que l'on nous avait affect� � bord d'un petit
b�timent convoyeur, et que l'on nommait pompeusement � bord _le Poste
des aspirans_, le hasard ou plut�t la destin�e m'avait donn� pour
camarade de hamac un bon et excellent petit aspirant de seconde classe,
dont le caract�re arrangeant convenait au mieux � mon humeur un peu
exigeante.

N'ayant qu'un hamac pour deux, il fallait que l'un de nous se trouv�t
toujours sur le pont quand l'autre �tait couch�, et mon ami Mainfroy,
sans cesse dispos� � s'accommoder de tout ce qui pouvait me faire
plaisir, se promenait plus souvent qu'� son tour sur le pont, pendant
que je dormais pour lui. Il ne reculait jamais, au reste, devant
quelques heures de quart, qu'il fit beau ou mauvais temps; et, par un
go�t tout particulier � sa nature de marin, il arrivait toujours que
c'�tait lorsqu'il ventait le plus fort ou que la pluie tombait avec le
plus de violence, que mon camarade se plaisait � affronter en face la
temp�te ou l'orage. Rien ne lui allait aussi bien que le gros temps et
les choses p�rilleuses.

Le partage de hamac que je faisais avec lui, d'une mani�re au reste
assez in�gale, nous avait conduits � mettre aussi en commun, comme dans
une tirelire, notre peu d'argent, nos peines et nos plaisirs, et jusqu'�
nos v�temens.

Voici comment s'ex�cutaient, par exemple, les articles de notre
communaut� d'habits.

Les aspirans ne pouvaient aller en corv�e, ni s'absenter du bord, sans
�tre d�cor�s des tr�fles en or qu'ils portaient sur leur petit frac
bleu, en guise d'�paulettes, comme marque distinctive de leur grade.

Comme nous n'avions � nous deux qu'une paire de tr�fles par �conomie, et
que nous n'�tions jamais de service ensemble, lorsque je quittais le
quart, je remettais mes insignes � Mainfroy, et avec ces insignes
quelquefois aussi le frac r�p� auquel ils tenaient.

Tout s'arrangeait ainsi au mieux entre lui et moi, et le plus simplement
du monde, � la satisfaction des deux parties contractantes.

L'ami Mainfroy avait embrass� le m�tier de marin par go�t, et l'on
pouvait m�me dire par passion; l'id�e de devenir un jour amiral de
France lui �tait venue � Paris en lisant _Robinson Cruso�_ ou les
_M�moires de Duguay-Trouin_.

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Books | Photos | Paul Mutton | Mon 23rd Feb 2026, 6:41