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Page 67
Une distinction aussi flatteuse, un avancement aussi subit �taient bien
faits pour exciter un z�le nouveau chez celui qui venait d'�tre l'objet
de tant de marques de bienveillance. Pendant tout le reste de la
croisi�re, Faraud continua � m�riter de plus en plus l'attachement que
d�j� lui avaient vou� ses jeunes ma�tres. Ceux-ci, croyant m�me avoir
fait trop peu pour r�compenser un d�vo�ment aussi long et aussi
inalt�rable, r�solurent de pr�lever, une fois arriv�s � terre, une
certaine somme sur les fonds � venir de la _gamelle_, pour procurer �
leur novice les moyens n�cessaires d'acqu�rir la petite instruction qui
pourrait le mettre � m�me de s'�lever un jour au-dessus de la classe des
simples matelots.
L'heureux Faraud ne savait que se trouver confondu de tant de
t�moignages d'int�r�t et de sollicitude.
_La Topaze_ revint enfin � Brest, apr�s plusieurs mois de victorieuse et
de productive campagne. En arrivant en quarantaine, car c'est toujours
par des quarantaines ou l'h�pital que se terminent, pour les marins, les
plus glorieuses croisi�res, le commandant s'empressa de signaler, en
style �nergique et pressant, au ministre de la marine, les officiers et
les matelots qui s'�taient le plus distingu�s pendant le voyage.
Les r�compenses avaient du prix alors, parce qu'elles avaient un motif,
et qu'un m�rite reconnu les justifiait presque toujours; et quoique l'on
touch�t d'assez pr�s � la fin du r�gne de Napol�on, les croix d'honneur
ne pleuvaient pas aussi fort qu'aujourd'hui. Cependant alors nous �tions
en guerre, et aujourd'hui nous sommes en paix. Mais revenons � notre
affaire et au seul fait dont nous ayons encore � nous occuper.
Quinze �toiles de la L�gion-d'Honneur arriv�rent, courrier pour
courrier, pour �tre r�parties entre les plus braves des braves de la
fr�gate _la Topaze_. La plus stricte impartialit� devait pr�sider � la
distribution de ces nobles r�compenses.... L'opinion publique, qui
existe � bord d'un vaisseau aussi bien que dans le plus grand des
royaumes de la terre, avait d�j� prononc�... le matelot Faraud fut
nomm� membre de la L�gion-d'Honneur, et voil� le cuisinier des aspirans
devenu chevalier!
Dites � pr�sent, contempteurs d'un temps que vous n'avez pas connu ou
que vous n'avez pas bien vu, dites-nous qu'alors tout se donnait aussi �
l'intrigue et � la servilit�!
Les aspirans de la fr�gate, en apprenant l'illustration subite de leur
novice, comprirent assez tous les devoirs que leur imposaient les
convenances, pour prendre une r�solution qui p�t s'accorder avec le rang
auquel venait d'�tre �lev� Faraud. Ils ne voulurent plus souffrir que
celui-ci continu�t � _fricoter_ pour eux. Mais Faraud, plus attach� �
son ancien m�tier que s�duit par la grandeur de son nouvel �tat,
s'obstina � vouloir encore cuisiner pour le compte de ses chers
aspirans. Un grand d�bat s'�mut � ce sujet. A la d�licatesse des
scrupules de ses ma�tres, � la sagesse de leurs remontrances, le
serviteur z�l� opposait l'irr�sistibilit� de ses go�ts, la consid�ration
qu'on devait � l'anciennet� de ses services. Le combat fut long et
opini�tre; la voix imp�rieuse du devoir militaire fut oblig�e de se
faire entendre pour mettre fin � cette querelle de proc�d�s et de
sacrifices. Le commandant ordonna � Faraud de quitter le poste des
aspirans, pour prendre rang � un plat de matelots � vingt et un.
Fatale �l�vation, d�cevant honneur, qui venaient de condamner Faraud �
abandonner une profession, au prix de laquelle tous les honneurs du
monde et leur vain �clat n'�taient rien pour lui! Pourquoi, se disait-il
souvent, ai-je �t� chercher, le sabre � la main, � bord de la fr�gate
anglaise, cette diable de croix qui me force de renoncer au m�tier que
je faisais depuis si long-temps? La belle avance � pr�sent! N'aurais-je
pas cent fois mieux fait de rester tranquillement dans ma cuisine?
c'�tait l� le vrai poste o� je devais mourir. L'ambition, que je
n'aurais jamais d� avoir, m'a perdu. Oh! que si je pouvais remettre
cette croix d'honneur � qui me l'a donn�e, je quitterais bient�t tout ce
_bataclan_, pour le plaisir seulement de faire cuire encore une bonne
grillade pour ces messieurs!... Mais il n'y a plus moyen: un autre m'a
remplac� dans mes fonctions, et me voil� condamn� au _matelotage_ pour
le restant de mes jours!
Que de fois, c�dant � la tentation qui le tourmentait jour et nuit, on
vit l'infortun� se glisser � l'improviste dans la bien-aim�e cuisine qui
lui �tait interdite! Avec quelle volupt� il s'empressait alors de jeter
une poign�e de sel dans la chaudi�re de ses aspirans, de fourrer un
morceau de bois dans le feu qu'il accusait son successeur de ne pas
faire assez p�tiller! Puis, apr�s avoir ainsi contribu� clandestinement
� faire bouillir sa ch�re marmite, il se sentait plus content de
lui-m�me et moins fatigu� du poids de son insupportable dignit�.
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