Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 66

Cet avertissement, attendu avec une certaine impatience, r�tablit pour
un instant le silence dans le poste des aspirans. On se met � table,
comme s'il s'agissait de faire un bon repas.

Le chef de gamelle, apr�s s'�tre plac� � l'une des extr�mit�s du cordon
form� par ses camarades assis par ordre d'anciennet�, se met en devoir
de d�couper la pi�ce de boeuf, qui r�siste long-temps sous le tranchant
du large couteau dont il est arm�; et tout en divisant les rations, il
adresse � Faraud quelques mots que celui-ci �coute avec respect, sa main
appliqu�e sur celle de ses joues qui a re�u provisoirement l'empl�tre
destin� � couvrir sa blessure.

�Eh bien! Faraud, on dit, mon ami, que tu t'es vaillamment comport� dans
le combat.

--Mais on dit qu'oui, monsieur. Quant � moi, ce que je sais, c'est que
j'ai fait mon possible. J'ai march� devant moi, en tapant le mieux que
j'ai pu.... Que voulez-vous! on ne peut pas toujours se sauver et
prendre chasse, comme je l'ai fait, vous savez bien, dans la grande rue
de Brest.

--Qui te parle de ta grande rue de Brest? je te parle du combat,
aujourd'hui.

--Vous, je sais bien, messieurs. Mais tout l'�quipage n'�tait pas comme
vous: � chaque instant j'entendais dire, tribord et babord, de moi, des
choses qui ne m'allaient pas trop. J'ai voulu faire voir � quelques-uns
du bord que je savais aussi bien aller de l'avant que battre en
retraite. Et avec �a, un sabre d'abordage, c'est plus facile � manier
dans la main, qu'un _canard escroqu�_.

--C'est bien cela, mon ami; tu auras de l'avancement, va; et nous
saurons reconna�tre ton z�le pour nous et le courage que tu as montr�
dans le service.... Et ton coup de sabre, qu'en dis-tu? te fait-il
beaucoup souffrir?

--Mais, monsieur, je dis que pour celui-l�, je ne l'ai pas _vol�_, comme
le canard et le chou-fleur.

--Ah �a! en finiras-tu avec ton maudit canard, qui commence � m'ennuyer
� la fin? Qui te parle de voler et de battre en retraite? Ta conduite a
tout expi� depuis long-temps, et ta blessure suffit pour effacer le
souvenir d'une bagatelle que personne, du reste, n'est en droit de te
reprocher, maintenant surtout.... Messieurs, j'ai con�u un projet pour
lequel je demanderai votre approbation et m�me votre coop�ration. Le
commandant a fait solennellement l'�loge de la conduite de notre novice.
Il para�t �tre des mieux dispos�s en sa faveur; croyez-vous que si nous
saisissions ce moment opportun pour demander de l'avancement pour
Faraud, nous ferions mal?

--Non, au contraire, nous ferions tr�s-bien. Allons en corps demander de
l'avancement pour Faraud.

--Oui, mes amis, mais apr�s que nous aurons fini de d�je�ner. Je n'ai
pas encore mang� mon morceau de fromage, dit un des aspirans.

--A propos de fromage: dis donc, chef de gamelle, s'il �tait possible
d'avoir, avec un bon � la cambuse, une demi-livre de _t�te de maure_ de
plus? Ce n'est pas tous les jours f�te, et apr�s cinq heures de combat,
c'est bien la moindre chose qu'on obtienne un petit suppl�ment.

--Vous avez raison, mes amis; le commis aux vivres est bon enfant: je
vais lui faire un bon pour une livre, afin d'obtenir, au moins, la
demi-livre de t�te-de-maure.... (_Le chef de gamelle �crit_....)

�Tiens, Faraud, va-t'en � la cambuse porter ce bon, et t�che de nous
ramener quelque chose, car ils cr�vent encore tous de faim....

--Oui, monsieur. Attendez un instant, je reviens � la minute. L'�quipage
se priverait plut�t de sa ration que de vous laisser manquer de quelque
chose, car c'est vous autres, mes aspirans, qui nous avez montr�, �
tous, le chemin pour aller � bord de la fr�gate anglaise.... Excusez,
messieurs; mais voyez-vous, c'est que je suis si content aujourd'hui....

--C'est bon; cours en double, et reviens avec ton fromage. La
sensibilit� aura son tour une autre fois que nous serons moins press�s.�

Quand le demi-pain de fromage eut �t� d�vor�, et cela fut fait vite, les
aspirans, fid�les � leur promesse, se rendirent collectivement aupr�s de
leur commandant, pour demander de l'avancement en faveur de leur novice.
La chose �tait d�j� faite, et Faraud, le soir de ce beau jour, pr�para
le maigre souper de ses ma�tres, en qualit� de matelot � vingt et un
francs par mois. C'�tait le nouveau grade auquel il venait d'�tre promu
pour sa belle action et son coup de sabre.

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Books | Photos | Paul Mutton | Mon 23rd Feb 2026, 2:57