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Page 63
Faraud, en effet, la casquette � la main et la t�te baiss�e, se tenait
morne et muet au bout de cette longue table qu'il avait si souvent et si
ing�nieusement recouverte de mets si vite aval�s, de cette table
th��tre passager de sa gloire fugitive, et qui, pour lui, va �tre
transform�e, dans une minute, en table de justice.
Le chef de gamelle raconte en peu de mots l'�v�nement du matin. C'est un
acte d'accusation qu'il dresse en parlant. Tous ceux qui l'�coutent,
p�n�tr�s de l'importance du d�lit, nomment par acclamation le chef de
gamelle pr�sident de la commission qui doit prononcer sur le sort du
pr�venu. Il a d�j� un accusateur, on lui donne des juges. Le plus
gourmand des aspirans se constitue son d�fenseur officieux. On prend des
plumes, de l'encre; on se procure un Code p�nal, et tout ce qu'il faut,
enfin, pour faire fusiller un homme, ou pour l'envoyer tout au moins aux
gal�res.
Faraud est constern�.
Le rapporteur prend la parole. Il tonne, il �clate, il foudroie
l'accus�, et l'accus� sanglote. Le d�fenseur, qui a eu le temps de
pr�parer sa plaidoirie en rongeant une galette de biscuit, se lance et
s'�panouit dans un brillant exorde: il repousse l'accusation avec
l'�loquence du coeur, et un peu aussi avec l'�loquence de l'estomac. Le
minist�re public r�plique au d�fenseur: le d�fenseur r�pond au minist�re
public. Les petits mousses qui composent l'assistance de la salle
d'audience se r�jouissent en qualit� d'ennemis naturels de Faraud, leur
sup�rieur, en pr�voyant la condamnation de celui qui si souvent s'est
permis de stimuler vigoureusement leur paresse, ou de punir, � coups de
martinet, leurs trop fr�quentes �tourderies.
L'affaire est entendue. Le conseil, apr�s avoir essuy� un d�luge de
paroles, se trouve suffisamment �clair� pour rendre un jugement
impartial. Les juges se retirent dans un coin du faux-pont, qui leur
servira de chambre de d�lib�ration. A peine nos Minos se sont-ils dit
trois ou quatre mots � l'oreille, qu'on les voit revenir � leur place.
Le pr�sident se l�ve, et d'une voix ferme et solennelle, il prononce
l'arr�t suivant au milieu du plus profond silence:
�La commission militaire institu�e � bord de la fr�gate de S. M. _la
Topaze_, en vertu du droit qu'elle tient de la justice, apr�s avoir ou�
l'accus� Faraud dans sa d�fense et le rapporteur du conseil de guerre
dans son accusation, a reconnu que le pr�venu Faraud a bien �videmment
commis un vol que rien ne saurait justifier, et dont la nature est
telle, qu'il pouvait compromettre, sans une circonstance ind�pendante de
la volont� de l'accus�, l'honneur de la gamelle des aspirans de cette
fr�gate;
�En cons�quence, ladite commission condamne Jean-Julien Faraud � sept
jours de fer et � ne plus aller � la provision � terre.�
Ici, redoublement de sanglots du condamn�, et redoublement de joie chez
les petits mousses qui viennent d'entendre prononcer l'arr�t.
Le pr�sident impose silence � l'auditoire, et il reprend: �Mais attendu
que le dit Faraud ne s'est livr� que par un z�le excessif pour le bien
de ses ma�tres, une action coupable dont la gamelle des aspirans a �t�
appel�e involontairement � recueillir les fruits, les membres de la
commission ont �t� d'avis de concilier � la fois ce qu'ils doivent �
l'�quit�, et ce qu'ils doivent � l'indulgence que leur inspirent l'�ge
et les ant�c�dens honorables du pr�venu....�
L'auditoire pr�te en ce moment la plus vive attention aux paroles que va
prononcer encore le pr�sident.
�En cons�quence, la susdite gamelle sera tenue, d�s les premiers fonds
re�us pour traitement de table, d'acheter un habillement complet, en
drap bleu ou noir, au novice Faraud, pour le r�compenser du d�vo�ment
absolu qui l'a conduit � immoler, en faveur de ses aspirans, jusqu'aux
bons principes que ceux-ci s'�taient plu � lui inculquer;
�Condamne en outre la susdite gamelle aux frais du proc�s, et le canard
ainsi que le chou-fleur, d�pos�s sur le tribunal comme pi�ces de
conviction, � �tre mang�s dans les vingt-quatre heures, attendu que ces
deux objets ont �t� d�ment acquis par un des aspirans, au profit de la
table, qui lui restituera ses avances en temps opportun.�
Il serait difficile de dire l'impression favorable avec laquelle fut
accueilli ce jugement. Faraud surtout, l'heureux Faraud semble avoir
perdu la raison par exc�s de satisfaction et de reconnaissance. Il se
jette en pleurant sur les mains de son d�fenseur g�n�reux, sur celles de
l'impartial pr�sident, et m�me sur celles du rapporteur, qui a port� �
regret, contre lui, une accusation que lui dictait bien plut�t l'�quit�
que son coeur. Puis, apr�s avoir bien pleur� d'attendrissement, le
novice se rappelle ce qu'il doit � la justice: il s'�lance dans la
batterie; il va d'un pas ferme et r�solu trouver le capitaine d'armes,
pour le prier de le mettre aux fers: c'est R�gulus venant reprendre ses
cha�nes dans les cachots de Carthage.
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