Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 62

Et voil� Faraud tout confus rest� libre, son canard et son chou-fleur �
la main, en face de son ma�tre justement irrit�!...

�C'est donc ainsi, mis�rable, que tu te procurais les provisions que tu
nous faisais manger!

--Monsieur, je vous demande mille fois pardon de vous avoir tromp�s
comme je l'ai fait jusqu'ici. Mais je puis vous assurer que jamais
l'envie de voler quelque chose pour moi, ne me serait venue toute seule.
C'est l'ambition de notre _gamelle_ qui m'a perdu.

--Allons, marche devant moi! Je vais te conduire � bord, et une fois
arriv�, tu verras comment on punit les voleurs.

--Ah! oui, monsieur, vous avez bien raison, je suis un gueux, un
sc�l�rat. J'ai escroqu�, je ne m'en cache pas, bien des petites choses
au march�. Mais au moins aujourd'hui le canard et le chou-fleur, que
vous avez pay�s de votre poche, sont bien � moi, et vous me permettrez
bien de les servir � table, avant de me faire corriger comme je le
m�rite.

--Marche devant moi, te dis-je, et plus vite que cela!�

Le pauvre Faraud, les yeux en pleurs et les provisions sous le bras,
chemine piteusement escort� par son aspirant.

On arrive � la poste-aux-choux. On s'embarque pour retourner � bord du
vaisseau; et � chaque coup d'aviron que donnent les canotiers, le
malheureux novice des aspirans sent qu'il se rapproche du moment
in�vitable o� la voix redout�e de ses ma�tres l'accusera avec trop de
justice d'avoir compromis l'honneur de _la gamelle_ du poste. La
contenance du coupable, dans l'embarcation, est loin d'�tre arrogante ou
d'indiquer la r�signation de son �me. Son air, au contraire, est
p�n�tr�, r�veur et presque suppliant. Le patron et les canotiers, qui
ignorent encore l'aventure arriv�e � Faraud, se demandent, de l'oeil, en
le voyant ainsi afflig�, ce qui peut lui �tre advenu de f�cheux.
L'infortun� ne dit mot, et sa bouche ne s'entr'ouvre que pour laisser de
temps � autre passer quelques soupirs, longs et sourds, qui le
suffoqueraient s'il ne les exhalait pas � la d�rob�e. Il tient ses yeux
confus attach�s obstin�ment sur la surface de la mer qui coule, h�las!
si rapidement le long du canot qui porte � bord de _la Topaze_ le t�moin
impassible de sa faute, les remords de son coeur, et la crainte du
ch�timent que lui r�serve le sort!...

Bient�t la lourde poste-aux-choux, qui, ce jour-l�, semble avoir march�
si vite, accoste le flanc de babord de la fr�gate. L'aspirant monte �
bord: il faut bien que Faraud le suive, et il grimpe aussi, tenant
toujours dans sa main tremblante le panier dans lequel barbote encore le
canard fatal, et s'�l�ve la t�te panach�e du chou-fleur accusateur.

On descend au poste des aspirans, dans ce faux-pont obscur o� se trouve
une longue table autour de laquelle l'aspirant arrivant de terre a
bient�t rassembl� tous ses camarades, pour leur faire entendre une
communication importante.

Les douze camarades, qui ne se sont pas fait prier pour se rassembler,
examinent d'abord avec curiosit� les provisions que contient le panier.
L'un se confond en �loges sur la sagacit� de Faraud, en t�tant avec une
sorte de volupt� gastronomique, les flancs dodus du canard qui crie
entre ses doigts fr�missans; l'autre agite, avec orgueil, le chou-fleur
parfum� qu'il se propose d�j� de manger � la sauce blanche, ou � l'huile
et au vinaigre, si le beurre manque. Un mot du chef de gamelle vient
mettre fin � cette sc�ne, moiti� plaisante et moiti� s�rieuse.

�Messieurs, dit-il en s'adressant � ses camarades avec un ton qui sent
un peu la gravit� d'une justice solennelle, ce n'est pas de cela qu'il
s'agit, une action inf�me vient de m'�tre r�v�l�e. Les provisions que
vous venez d'�taler sur notre table avec tant de complaisance attestent
un fait qui portera l'affliction et l'indignation dans tous vos coeurs:
elles ont �t� vol�es!

--Vol�es! s'�cri�rent ensemble, comme avec une seule voix, tous les
aspirans.

--Oui, _vol�es_, messieurs!

--Et par qui?

--Par le dr�le que vous voyez l�, et dont la contenance coupable
attesterait seule le crime, si un t�moin irr�cusable ne l'avait pas d�j�
d�nonc� � notre s�v�rit�.�

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Books | Photos | Paul Mutton | Sun 22nd Feb 2026, 16:59