Contes de bord by Édouard Corbière


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Page 61

Pendant plusieurs jours n�anmoins on le vit revenir � bord non-seulement
avec quelques carottes, un chou et un paquet de radis, mais encore avec
un poulet, une tranche de saumon ou une c�telette. Puis, apr�s avoir
soumis ses provisions au rapide examen du chef de gamelle, Faraud allait
dans la cuisine pr�parer son d�ner pour l'offrir le plus t�t possible �
l'avide app�tit de ses ma�tres.

�tonn�s, � la fin, de voir figurer sur leur table des morceaux que le
peu d'argent qu'ils donnaient � leur novice ne lui permettait pas
d'acheter, ceux-ci voulurent avoir une explication cat�gorique sur la
singularit� d'un fait qu'ils ne pouvaient concevoir.

�Comment fais-tu, demanda le chef de gamelle � son novice, pour nous
rapporter chaque jour un tas de choses que tu ne peux pas bien
�videmment payer avec les dix ou douze sous que nous te donnons?

--Allez toujours, messieurs; mangez cela en attendant mieux. Le reste
est mon secret.

--C'est justement ton secret que nous voulons conna�tre. Il doit �tre
beau! Voil�, par exemple, ce petit poulet que tu nous as servi
aujourd'hui....

--Eh bien! ce petit poulet n'�tait-il pas bon? Il n'en est pas seulement
rest� un os!

--Je le crois bien, � douze! Tu nous donnes, pour toute la table, des
choses qui seraient tout au plus suffisantes pour deux ou trois
personnes.

--Que voulez-vous? quand on ne peut pas faire mieux!

--Mais encore, comment fais-tu pour te procurer ces objets que l'on
croirait le fruit d'une maraude plut�t que....

--Allons, je vois bien qu'il faut que je vous dise comment je m'y
prends.

--Voyons, parle.

--Rien n'est plus facile � vous expliquer. Quand les femmes du march�, �
qui j'avais l'habitude d'acheter mes provisions dans le bon temps, me
voient passer sur lest devant elles, le panier sous le bras, elles me
crient toutes:

�Eh bien! mon pauvre Faraud, vous ne nous prenez donc rien
aujourd'hui?� Moi je leur r�ponds du mieux que je peux: �Non, pas
aujourd'hui, la m�re Pignon ou la m�re Mariette,� c'est selon. Mais ces
braves femmes, qui devinent mon embarras et qui ne veulent pas me faire
honte, me disent alors: �Allons, tenez, prenez ce petit poulet, prenez
ces deux artichauts, ce morceau de saumon; vous nous paierez plus tard,
et quand vous pourrez.� C'est du cr�dit qu'elles font � une ancienne
pratique. Voil� tout mon secret, messieurs, et je vous l'aurais dit plus
t�t si je n'avais pas craint de recevoir _un poil_ de votre part.�

Cette explication parut suffire; mais il fut ordonn� express�ment �
Faraud de ne pas se laisser aller dor�navant aux offres trop g�n�reuses
de ses anciennes marchandes. Faraud n'en continua pas moins, malgr� les
remontrances de ses ma�tres, � rapporter chaque jour � bord du _butin
d�pareill�_, comme il disait. Il aurait mieux aim� recevoir
quotidiennement vingt � trente taloches, que de renoncer � faire aller
sa cuisine.

On avait depuis long-temps cess� de le tracasser sur son �trange
monomanie de _fricoter_, lorsqu'un beau matin un des aspirans de corv�e
de _la Topaze_, en montant paisiblement la grande rue de Brest, entendit
crier _au voleur! au voleur_! Des marchands de l�gumes et de volailles,
des archers de ville, poursuivaient � outrance un petit marin qui leur
�chappait � toutes jambes, un canard d'une main et un chou-fleur de
l'autre. L'aspirant se met en devoir de barrer le chemin au fugitif qui
court vers lui. Mais quelle est sa surprise, lorsque, dans l'individu
qu'il va pour saisir au collet, il reconna�t Faraud! Un ventru aurait
recul�; un Brutus aurait m�me peut-�tre balanc�. Mais un aspirant de
marine! L'aspirant, d'une main vigoureuse, arr�te son novice. Les hommes
qui poursuivent celui-ci, accourent tout essouffl�s pour l'accuser
d'avoir vol� un canard et un chou-fleur. La foule arrive aussi, et le
scandale va grossir avec elle. L'aspirant, apr�s avoir entendu toutes
les plaintes, ne trouve d'autre moyen d'apaiser les marchands et de
renvoyer les archers de ville, qu'en fouillant dans sa poche et en
jetant � l'avidit� des plaignans une pi�ce de cinq francs, qu'il avait
�t� assez heureux pour rencontrer ce jour-l� dans son gousset.

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Books | Photos | Paul Mutton | Sun 22nd Feb 2026, 14:48