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Page 59
H�las, il n'�tait que trop vrai! Le soir, en revenant accabl� de
tristesse vers l'hospice de Saint-Louis, j'appris de la bouche m�me des
compagnes de soeur Sainte-Marie, que la pauvre Marie, attach�e depuis
cinq ans, par des voeux indissolubles, � l'ordre des Soeurs de la
Charit�, avait termin� au S�n�gal des jours remplis pour elle d'une
longue et cruelle amertume!
Cinq ans! c'�tait juste le temps qui s'�tait �coul� depuis la mort du
malheureux Fournerat!
J'ai cherch� bien long-temps depuis dans le monde un pareil exemple de
constance et d'amour: je ne l'ai pas encore trouv�. Peut-�tre est-ce
pour cela que je me suis rappel� si bien, comme la chose la plus rare,
tant de fid�lit� et de tendresse. Je chercherai long-temps encore sans
doute!
LE NOVICE DES ASPIRANS DE MARINE.
Les anciennes ordonnances de la marine, que l'on a refaites sans r�ussir
� faire quelque chose de bien meilleur qu'elles, permettaient aux
aspirans de choisir, parmi les �quipages des navires o� ils servaient,
quelques petits mousses et un novice que l'on chargeait des d�tails du
m�nage et de la cuisine du _poste_[I]; triste cuisine qu'alimentaient
les 22 francs de traitement accord�s par mois � chaque commensal! Il ne
fallait rien moins qu'une continence � la Scipion ou une vertu d'estomac
� la Spartiate, pour se contenter de si peu. Mais la gloire se chargeait
de payer tout le reste, et de compenser, en esp�rances brillantes, ce
qu'il y avait de d�sesp�rant dans le positif d'une telle vie.
[I] On nomme _le poste_ des aspirans, la partie du faux-pont o� logent
et mangent les aspirans de marine.
Le _chef de gamelle_ sous les ordres duquel se trouvait toute la
marmaille du _poste_, �tait celui des aspirans que ses coll�gues avaient
charg� de d�penser le traitement de table, le plus convenablement
possible. C'�tait la femme de m�nage ou plut�t l'�conome de toute la
confr�rie: le novice et les petits mousses en �taient les fr�res
servans.
A bord de la fr�gate _la Topaze_, il existait un jeune marin sale et
vif, actif et intelligent: il s'appelait Faraud. Il �tait novice: les
aspirans de la fr�gate le choisirent pour en faire leur cuisinier.
Faraud d�buta dans sa nouvelle charge en faisant un dur apprentissage du
m�tier pour ses ma�tres et pour lui. Il manqua d'abord toutes les
sauces, et il re�ut quelques taloches; il consomma d'abord aussi,
beaucoup trop de beurre, et il re�ut encore des taloches; mais � force
de faire des �coles et de subir des corrections, il se forma et devint
moins prodigue. Les vieilles paires de bottes, les habits us�s et les
doubles rations � la cambuse commenc�rent alors � pleuvoir sur lui.
Encourager les �mes actives et nobles, c'est semer en bonne terre.
Faraud, largement r�mun�r� par ses jeunes ma�tres, devint bient�t la
perle des novices des aspirans, et ce n'�tait pas peu de chose, au
moins, dans toute une division navale.
Pendant tout le temps que le traitement de table avait �t� r�guli�rement
pay� aux aspirans, le cuisinier de ces messieurs avait trouv� le moyen
de faire faire assez bonne ch�re � ses Lucullus. Rien n'est plus facile,
en effet, que de faire quelque chose avec beaucoup d'argent. Mais par
une circonstance trop ordinaire, h�las! sous ce gouvernement imp�rial
que tout le monde regrette tant aujourd'hui qu'il est d�j� si loin, il
arriva que le traitement cessa d'�tre pay� pendant trois �ternels mois.
Durant ce temps de famine et de st�rilit�, il fallut bien vivre
d'industrie et de la maigre ration du bord: une livre et demie de pain,
quelquefois une demi-livre de mauvaise viande, de lard rance ou six
onces de haricots!... Quelle dure extr�mit� pour de futurs amiraux de
France! C'est cependant ainsi que l'on entre dans ce chemin de la
gloire, au bout duquel on meurt encore quelquefois de faim et de soif.
La cambuse fournissait de tout cela. Avec un bon sign� par le chef de
gamelle, sous la responsabilit� de tout le poste, le commis aux vivres
d�livrait autant de rations qu'il en fallait pour assouvir l'app�tit de
dix ou douze voraces aspirans.
Mais comment, avec du lard et des _fayots_[J], faire autre chose que
des fayots et du lard? Faraud �tait d�sesp�r� en pensant que toute la
science qu'il avait apprise ou plut�t qu'il avait devin�e, �tait
impuissante � varier, par la forme, des alimens qui, par le fond,
restaient toujours les m�mes. Cependant, toujours ing�nieux � d�guiser
l'uniformit� de la nourriture quotidienne qu'il offrait au palais rebut�
de ses ma�tres, on le voyait tant�t leur servir un gros morceau de lard
au milieu d'un lac de haricots.
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